[Live] Equse et Harfang à la Maison de la Culture de Rivière-du-Loup

Le Rainbow Submarine n’a pas failli à sa réputation en venant fêter son sixième show autour d’une édition des plus rocambolesques, le 15 juin dernier, à la Maison de la Culture de Rivière-du-Loup. Mathieu Boucher, Bastien Banville et Maxime Varenne nous ont offert une belle démonstration de force en s’alliant avec l’association Sparages : à la clé, une version XXL des sus-nommés « Show de Cuisine » propulsée dans une grande salle, pour cette fois. Qualifié de « Show spécial » par ses organisateurs, l’évènement accueilla ainsi un rassemblement du cocon artistique Bas-Laurentien pour le plus grand plaisir de ses afficionados. Retour sur une soirée lunaire, marquée par les performances d’Harfang et d’Equse.

Les capitaines du Rainbow Submarine – crédit : Petite Ourse

Il est 20h lorsque les portes de la Maison de la Culture s’entrouvrent. De là, on découvre une signalétique artisanale faite avec amour, et de nombreux bénévoles sur le pont. On pénètre alors dans une salle disposée en « U ». Sur les côtés, on découvre un pêle-mêle d’activités artistiques locales (tatouage, pizzas maison, sérigraphie, peinture) alliant performances live et vente en direct. La spatialité d’un soir de la salle permet alors aux spectateurs de venir « butiner » aux différents stands pendant que le premier groupe se prépare à investir la scène.

C’est Harfang qui se charge d’ouvrir le bal. Ce quintet, formé dans la capitale du Québec en 2013 autour du chanteur Samuel Wagner, fait équipe avec Antoine Angers, David Boulet-Tremblay, Alexis Taillon-Pellerin et Mathieu Rompré. Harfang explore la psyché humaine dans une approche introspective et puise ses influences dans un registre contemporain allant de Radiohead à Sigur Rós et Patrick Watson. Dans un style résolument indie rock, Harfang nous plonge dès ses premières notes dans un univers onirique teinté de sonorités électro. Après « Kneel » faisant office d’introduction, le groupe nous emmène, avec « Lighthouse », sur un rythme plus rapide et des notes de guitare sèche plus prononcées. La foule de curieux réunie ce soir paraît subjuguée par la voix du chanteur. Cette dernière semble percer le manteau de la nuit grâce à une singularité très haut perchée. On notera également le caractère très planant du mariage entre ce timbre de voix et les notes psychédéliques de guitare électrique. Des titres comme « Wandering » ou encore « Grass » se retrouvent ainsi à la limite de la sensualité, tant la complicité des musiciens est palpable sur scène. Si, de prime abord, Harfang puise son inspiration dans les profondeurs d’un rock progressif aérien à la manière d’un Mogwai ou d’un Disco Anti-Napoléon, le groupe surprend par les orientations oniriques qu’il peut entreprendre, faisant ainsi des clins d’œil malicieux à des artistes instrumentaux comme Yeast, Sampha ou encore Whitney.

Pour le cinquième titre du répertoire de la soirée, Harfang nous emmène dans une atmosphère qui relève de la chorale, tant l’attention est portée sur l’organe vocal du chanteur. Les spectateurs jouent le jeu et s’assoient religieusement sur le devant de la scène. « Flatline » vient alors transcender l’ambiance orbitale de la salle avec des élans aériens, sonnant comme un hymne à l’héritage indie rock du groupe. Avant de poursuivre avec le huitième titre de son set, Harfang marque un arrêt pour interagir avec le public de ce soir. En toute humilité, le chanteur qualifie le travail abattu jusqu’ici : « On a vraiment du fun à soir. D’autant plus qu’on est contents de pouvoir partager la scène avec Equse, on les connaît depuis 10 ans. » C’est d’une voix nonchalante et vibrante, suivie de près par des notes de guitare électrique et de guitare sèche, qu’Harfang reprend les hostilités avec les très progressifs « Obvious » et « As You Sing ». On retrouvera ensuite une mélancolie plus soutenue dans « Fly away », la présence du clavier donnant lieu à une teinte musicale plus sombre. À noter que le batteur du groupe puise son inspiration dans le death metal, assurant ainsi une certaine maîtrise de la progression accordée à chaque titre.

Si, après cet interlude, l’épisode nous a paru sombre, la suite apparaît comme lumineuse. Sur les très bons « Stockholm » et « Pleasure », devenus les titres éponymes du groupe, Harfang nous peint un cadre plus rock’n’roll tout en amour et jovialité. L’exécution du plein potentiel instrumental du groupe nous transporte sur une progression rapide marquée par des refrains vengeurs dignes d’un Pégase, d’un Alt-J ou encore d’un Concrete Knives. Petit-à-petit, la pression semble monter sur scène, tant la transe du chanteur gagne en visibilité sur le dernier titre joué par le groupe. Harfang délivre ici une conclusion sous les traits d’une apothéose, ne laissant aucun autre choix au public que de se laisser porter dans une ascension musicale stratosphérique. Cette première partie s’achève à l’unisson d’un dernier accord de batterie mis en scène d’un bond en avant par les musiciens. Le public reprend alors ses esprits, pas peu fier du voyage suggéré par Harfang et de sa musique d’une énergie sans pareil. Le groupe québécois présentait à l’hiver 2017 « Laugh Away The Sun », son premier album complet. Un disque de contrastes, indiquent ses créateurs, qui alterne entre chansons légères et titres plus sombres et introspectifs.

La soirée, placée sous le haut patronage de la culture louperivoise, se poursuit avec un entracte. Le moment idéal pour assouvir ses envies de tatouage, de bières artisanales ou encore de pizza vegan. C’est la formation Equse qui poursuit l’animation musicale de ce soir. En quatre ans d’existence, Equse a produit trois albums, présenté plus de cent spectacles à travers la province, fait salle comble au Festival d’été de Québec et assuré la première partie d’artistes tels que Half Moon Run et Marie-Pierre Arthur. Bien à l’aise avec le langage coloré de l’indie pop, le groupe tire ses racines tant du rock progressif que du folk ou du dub et n’hésite pas à s’y aventurer plus souvent qu’autrement. C’est avec une introduction tout en instrumental que Equse entame son set. Composé d’une trompette, de deux guitares électriques, d’une basse, d’une batterie et d’un clavier, les intéressés sont en possession d’une puissance de frappe musicale qu’ils ne tardent pas à nous révéler. On poursuit le concert avec « Paradise », titre témoignant de l’étiquette post-rock de l’équipage.

Seulement, ce serait mal connaître Equse que de lui assigner une étiquette unique. Sur le troisième titre de son répertoire, il nous emmène sur des sonorités plus reggae, envoûtées par la voix suave du chanteur. Changement de titre, changement d’ambiance. C’est là une vraie force décelée chez Equse : soit, leur capacité à étendre les horizons de leur répertoire. Ils en parlent d’eux-mêmes : « On a tellement de misère à répondre à quelqu’un qui nous demande quel genre de musique on fait. On est inspirés par un paquet de monde, on ne se contraint pas à un style spécifique. Une tune va être plus folk, une autre va être plus reggae, plus rock. On va chercher toutes ces textures, toutes ces inspirations-là. »

Sur le titre suivant, Equse laisse place à une mélancolie et une dose d’émotion certaines. L’apport du trompettiste, à la manière d’un Ibrahim Maalouf, est clairement à haute valeur ajoutée ici, dans la mesure où il vient embellir la voix parfois trop « chuchotante » du chanteur. Sur le même ton, Equse entame le cinquième titre de son set avec une orientation très jazzy, à la limite du funk, avec toutefois un avertissement à son public : « Soyez indulgents, c’est une tune d’adolescent ». Cette nouvelle teinte, le collectif va en user le plein potentiel jusqu’à se mettre en danger avec des compositions jamais encore pratiquées en live. Ces dernières appellent des passages rock’n’roll transcendés à la manière d’un Foals ou d’un Concrete Knives, tout en conservant leur capacité à revenir à une certaine mélancolie instrumentale digne d’un hymne à la Balmorhea. Avant de quitter définitivement la scène de cette soirée haute en couleurs, Equse exerce un dernier périple musical avec des tentatives aventureuses vers des univers cavaliers rappelant ceux de Matmatah ou encore Allah-Las, via une démonstration de force instrumentale de haute voltige.

Vers minuit, les projecteurs se tamisent du côté de Rivière-du-Loup, les organisateurs n’en reviennent pas tant l’engouement du public est palpable : « Accueillir deux bands bien connus de la scène québecoise, c’était voir les choses en grand pour ce sixième show à notre actif. Le Rainbow Submarine, c’est une recette d’artistes musicaux, d’artistes visuels, d’artisans gastronomiques. Quand on mélange ça, on obtient une espèce de grand cocon de créativité live, et on est fiers de ça. » Chapeau les artistes !

Le prochain Show de Cuisine accueillera Prince Mychkine au Rainbow Submarine le jeudi 22 juillet à 20h.


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