[LP] E-Grand – Here They Come

La pop est (ir)résolument une affaire de gnose dont la magie tient à de multiples miracles cachés, voués à embraser les cœurs. Il sera donc peine perdue de s’étendre sur toutes les raisons pour lesquelles l’éblouissant « Here They Come » vous arrache les larmes les plus secrètes.

On a découvert E-Grand de manière très obscure sur une discrète page MySpace, il y a quelques années : tout y était déjà : un songwriting indie aux plus belles allures – plutôt britanniques, de mémoire -,  des pop songs d’une facture si troublante qu’intimement, on avait la certitude d’avoir trouvé là des trésors. Les questions fusent : qui pouvait se dissimuler derrière ce nom de groupe aux chansons trempées dans la plume des mélancolies fortes ? On apprendra plus tard avec stupeur que l’aventure E-Grand est lyonnaise, portée par Dan Frahier. Pourquoi de tels sommets passent-ils au travers des pages aux postures exubérantes ? La réponse devait se trouver en creux dans ce qui est donné à entendre aujourd’hui, le scintillement pur, aux antipodes des tornades clinquantes. Et à l’intérieur, une clé qui ne se travaille pas : l’humilité face à la grandeur du geste qui vous submerge.

Dès les premières frappes musclées du titre d’ouverture, l’éponyme « Here They Come », sur les terres rouges et fusionnelles d’un Neil Young, la section rythmique bastonne dans une cour où morsures électriques crèvent de finesses harmoniques. Il est à ce titre assez rare d’avoir affaire à une autoproduction trouvant sa parfaite identité sonore (Londres en lieu béni du mastering), aux arrangements aussi soignés et judicieusement mis en place, et apte à valoriser à ce point l’excitation d’un jeu « live » palpable. Ce qui transparaît ici – et c’est l’une des grandes forces contributives du disque – est indéniablement le plaisir d’avoir joué ensemble.

La voix, remarquable de sensibilité, les chœurs lennonesques, bouleversants de justesse, convoquent les guitares tour à tour lumineuses, rugueuses, incisives et en lignes claires sur le vibrant « Safari » ou le bien-nommé « United », en forme d’hymne somptueux, d’une grandeur à la combativité touchante. Remarquable prouesse, là encore, que d’avoir aménagé un classicisme affirmé, bien loin des paillettes, dans un espace sonore aussi profondément attachant qu’identifiable. Dans la série des cœurs à faire fondre, « Memories » défie les amplitudes à coups de mélodies hypnotiques, de hauteurs si réverbérées à chacun de ses claquements que l’on se prend à rêver d’un titre sans fin.

Ce serait injustement perdre de vue le fougueux et dansant « Call of Life », autre redoutable sommet qui déchire l’air et qui – sans prévenir – arrache nos sens, brille par ses arrangements de feu, éclate les formats pop et s’étire à neuf minutes de vol plané, se lâche dans une montée dingue dont les chœurs – en voix de tête – hachent des morceaux d’étoiles, halètent sur des horloges électriques en forme de vibrato. L’extase prend alors la forme de lumières vives et surtout, d’intensités libres d’avoir sans doute un jour voulu se rêver Thomas Pesquet. C’est (a)typiquement le genre de titres-phares remarquables qui semble échapper au contrôle de leurs auteurs, et qui paradoxalement fait acte de la plus grande maestria à chaque recoin.

Plus loin, la plastique de « A Queen of a Street » plonge son splendide piano dans des profondeurs que The Blue Nile ou XTC, par lointains échos, auraient volontiers foulé : on y retrouve cette même capacité à emmener sur un point de rupture, pour habilement retomber sur nos points d’attache. Comment peut-on finir par être dévoré de l’intérieur par ces panoramas d’une beauté à couper le souffle, à l’image du titre qui clôt l’album dans sa douce accélération, aux nerfs si humbles et fiers ?

« A sign of Love », chante E-Grand. Il sera alors peine perdue de s’étendre sur toutes les raisons pour lesquelles « Here They Come » est le brûlant massif rocheux et harmonieux d’un immense album folk-rock apatride aux contours pop, long en bouche et conquérant. Sur des kilomètres, une multitude de pierres précieuses grouillent, vivantes. Unique dans le paysage made in France.

« Here They Come » de E-Grand est disponible depuis le 27 janvier 2017.


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