[LP] Durango – Technological Advances

Un circuit électrique sur le point d’exploser, soumis à une surtension énergétique crépitante et infaillible.

Durango - Technological Advances

Depuis les prémisses de l’époque bénie de l’intelligence artificielle, on constate cette régulière tendance à la dématérialisation de nos habitudes mais également de nos émotions. Une structure qui s’effrite, qui parfois tombe en lambeaux mais que l’on ne peut s’empêcher de voir nous échapper, petit-à-petit. Cependant, elle est parfois bénéfique, car elle permet de creuser plus loin vers la source de la compréhension, du sentiment à l’état brut et de sa composition. Mécanique pour les uns, psychiatrique pour les autres, elle éveille la curiosité en revenant malmener l’essence de l’âme ou, musicalement parlant, du son. Certains n’interprètent plus seulement : ils bricolent, avec les moyens du bord, des successions de bruits formant de surprenantes mélodies et chansons, froides mais intenses et réfléchies. Le duo américain Durango, avec « Technological Advances », a décidé de creuser les terres noircies du rock pour en tamiser des pépites franches, intelligentes et directes. Le plaisir dans la distorsion, l’afflux sanguin dans l’industrialisation.

Dénaturée et rentre-dedans, la musique de Durango ne s’embarrasse pas d’arrangements inutiles aptes à surcharger leur propos ; on s’installe tranquillement (Technological Advances) et à peine a-t-on pris une respiration brève que le tumulte opère et se déchaîne autour de nous (The Experiment). Tout ici est question de recherche, d’étude des corps par deux laborantins sous amphétamines (A Hero’s Welcome) ou hypnose (les battements saccadés et les sons synthétiques et litaniques de « Born Into Light Years »). Entrer dans le disque revient à pénétrer dans un trou noir où cellules et atomes se percutent avec fracas (Programmed For Failure), flottent pour retrouver des débris de mélodies (Is Anyone Here Not Dead) avant d’être entraînés dans une évanescence éthérée de comètes en fusion (Wasted Power). S’il est possible d’illustrer le temps suspendu entre plénitude et catastrophe, l’imminence de la perte de contrôle succédant à l’illusion de toujours tout maîtriser, l’album en est la bande-son idéale ; elle frémit puis impose ses tracas et désillusions sans que l’on puisse réagir ou s’opposer aux événements qui nous plongent dans la frénésie et la schizophrénie.

Le timbre vocal de Mat Rat, frère caché de Trent Reznor, berce les instants de fougue et d’hydrocution de nos esprits embrumés par cette succession de chocs électriques qui ralentissent le temps, voire le suspendent. Tout n’est qu’ombre et les circuits internes fondent, détruits par ces vagues de neutrons qui viennent de parcourir nos membres avant de rendre toute autre source d’énergie rigoureusement obsolète. Faisant tomber les barrières électromagnétiques pour créer un magma de foudre et de molécules brisées les unes contre les autres dans une explosion bruitiste et lumineuse, « The Decision », moment de bravoure de plus de onze minutes, résume toute la portée émotionnelle à la fois glaçante et motivante du duo. Cette fascination pour le négatif d’une image, pour ces formes en mouvement que l’on voit sous l’œil du microscope, ces machines en série dont on dépend mais qui peuvent devenir le plus grand péril de l’homme. « Technological Advances «  est une impulsion hydraulique qui nous compresse et nous fascine, le pendant mélodique parfait du dernier effort de Silo ; pourtant difficile à doser, l’échange entre noisy et sobriété prend ici tout son sens, dans un dépouillement ingénieux et franc qui intrigue avant de fermer ses serres métalliques sur nos âmes encore hébétées.

Durango

« Technological Advances » est un moteur puissant parti en roue libre, impossible à arrêter et nous menant dans une course infinie sans jamais aller droit dans le mur. A moins que ce ne soit celui du son, bien sûr.

« Technological Advances » de Durango, disponible depuis le 26 septembre 2014.


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