[LP] Dumbsaint – Panorama, In Ten Pieces

Froid et mouvementé comme la plus terrible des tempêtes, « Panorama, In Ten Pieces » déstabilise les fondations d’un rock aux âpres saveurs de metal, immersif et intense.

Dumbsaint - Panorama In Ten Pieces

Ne pas respirer. Sentir son souffle coupé, là, dans l’obscurité. La peur, l’angoisse, en quête d’une délivrance qui ne semble pas vouloir venir. Car tout ici n’est que tension et noirceur, malgré quelques éclats qui sont autant de phares dans la nuit, d’appels à l’aide sans réponse. Comme cette femme debout dans une chambre d’hôtel solitaire et à peine éclairée, fixant la nuit en quête d’une présence indéfinie, nous cherchons une échappatoire, une sortie, tout en restant paralysés par le phénomène qui se produit en nous. « Panorama, In Ten Pieces », des Australiens de Dumbsaint ; la bande-son parfaite pour des moments de dépression, d’une latence qui émeut autant qu’elle obsède. Charnel et à vif, le disque est une perle noire en mouvement, un visage dans la boue qui émerge et nous regarde, droit dans les yeux. Immobile. À l’affût.

Créé afin d’illustrer une série de courts-métrages réalisés par le groupe lui-même, l’album est une suite en apparence infinie d’images sonores et mentales ancrées dans un néo-réalisme onirique et froid. Et ce n’est pas la musique qui prouvera le contraire : tout, ici, erre dans les limbes de la mélancolie et de la colère, dans une pesanteur qui ne connaît d’accélération que lorsque les guitares explosent (Love Thy Neighbour). « Panorama, In Ten Pieces » est un ouragan dévastant tout sur son passage, électrique et parfois post-rock dans sa définition la plus immédiate. Mais va également beaucoup plus loin, tant les rythmes et les six cordes hurlent et se répondent (Cold Call, Of No Return), se fracassent sur des murs bruitistes aussi violents que passionnants (Communion). Des déflagrations, des éclairs dans un ciel menaçant, parfois plus apaisés ((Partition), Graceland) mais toujours calculateurs et incisifs (le diptyque évocateur « Long Dissolve / Temps Mort »). L’auditeur sent le gel s’immiscer dans tout son être, hypnotisé par ces mélodies d’encre et les tentacules gelés d’un art tout en souffrance et libération.

Mais, sous ses airs oppressants, le LP contient de multiples doses d’adrénaline et d’anesthésique, nécessaires pour parvenir à trouver l’oxygène indispensable à l’épreuve. Car les instants soutenus s’emplissent d’harmonies superbes et lumineuses qui sont autant d’inspirations avant de nous laisser à nouveau pénétrer par les eaux tumultueuses qui nous encerclent. Le panorama, en constante ébullition, ne cesse d’agiter ses ombres sur nous, de nous griffer sans pour autant nous blesser. Une caresse diabolique et possédée, à la fois belle et douloureuse, mais ne nous laissant jamais insensibles. Car l’émotion demeure le principal objectif du projet : directe, sensitive et immuable, elle traverse ces chocs auditifs qui nous prennent par surprise et nous font partir à la dérive, tout d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Tant et si bien que l’on peut toucher ce disque, même virtuel, comme s’il s’agissait d’un objet dont le gris foncé nous rappelle nos plus beaux rêves autant que nos plus terribles cauchemars. Une heure inépuisable de sentiments paradoxaux, mais rarement aussi bien exprimés.

Dumbsaint

L’album est troublant, dérangeant parfois mais toujours précis et sans concession. Et, au final, incroyablement attachant. Accrochez-vous, la tornade arrive !

« Panorama, In Ten Pieces » de Dumbsaint est disponible depuis le 7 août 2015 chez Bird’s Robe Records / Art As Catharsis Records.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.