[Live] Download Festival Paris 2016

La programmation était alléchante, mélangeant grands noms du metal et petites formations émergentes. Il y en avait pour tous les goûts, toutes les tailles, à toute heure. Retour sur l’exceptionnelle première édition du Download Festival parisien du 10 au 12 juin dernier !

Korn - crédit : David Tabary pour VisualMusic.org
Korn – crédit : David Tabary pour VisualMusic

Nous arrivons haletants, heureux d’apprendre qu’Iron Maiden n’a pas encore débuté son show dit « exceptionnel et sensationnel ». Le public piétine patiemment depuis une vingtaine de minutes (minimum) quand soudain sur les écrans un dinosaure apparaît pour nous guider à travers les lianes de la jungle amazonienne jusqu’à un temple inca. Avec cette nouvelle tournée, le monument du hard rock britannique a préparé une nouvelle mise en scène et a décidé pour l’occasion de changer de civilisation antique. Après les pyramides de Gizeh, voici donc un temple précolombien ! Après tout, pourquoi ne pas décliner une recette qui plaît ?

Les torches s’allument, Bruce Dickinson surgit d’un nuage de fumée verte. Les premières paroles d’« If Eternity Should Fail » retentissent, Bruce lève lentement les bras, un tambour résonne, les flammes fusent ! Cette remarquable incantation promet un concert épique où la part de spectacle serait égale à la part musicale. Les musiciens apparaissent tout sourire, visiblement ravis par l’accueil du public. À la fin du morceau, sous un tonnerre d’applaudissements, Bruce lance un « Bonjour les copains ! » enjoué. Il commence à parler, en français s’il vous plaît, du prochain morceau. Même si la foule ne saisit pas vraiment ses propos, elle est enchantée de l’attention que lui porte le groupe, des efforts faits par Bruce, et crie avec détermination « We’re children of the damned ».

Nous remarquons petit à petit que le spectacle n’est pas aussi grandiose qu’imaginé. Certes la mise en scène est remarquable (rendez-vous compte, même les enceintes retour sont décorées d’un motif de pierre), mais les musiciens semblent essoufflés, fatigués. Nicko Mcbrain, totalement caché derrière son immense batterie, tient le rythme, mais ne frappe plus très fort. Le groupe s’est assagi, il a vieilli sans réellement conserver sa fougue d’antan. Le décor maquille les rides. Les solos de guitare ne sont pas mauvais, loin de là, quoique fortement kitsch, mais ils sont théoriques : rien n’est créé sur place, tout a déjà été répété maintes et maintes fois. Néanmoins ces solos restent épatants de justesse et de maîtrise : Janick Gers joue le visage couvert par le drapeau anglais pendant « The Trooper ». Ne cherchez pas de lien entre une mise en scène style précolombienne et l’Union Jack brandie par un chanteur vêtu de la veste d’un Welsh Guard : il n’y en a pas. Tout comme le masque de catcheur mexicain arboré par Bruce sur le morceau suivant… ainsi que le buste de Minotaure qui apparaît pour illustrer « The Number Of The Beast ». Ce syncrétisme hasardeux gagne en crédibilité lorsque Bruce délivre un long et sincère message de paix : toutes les ethnies, les religions, les personnes doivent être respectées. Nous apprenons aussi que nous devons nous lever contre les empires excepté ceux du rock, du Jack’s et des femmes ! Un peu lassés, nous laissons les fans reprendre en chœur « Fear Of The Dark » pour nous diriger tranquillement vers la scène 2 qui, à notre grande surprise, a les mêmes dimensions que la main stage.

Ghost - crédit : David Tabary pour VisualMusic.org
Ghost – crédit : David Tabary pour VisualMusic

Un chant liturgique retentit mêlé à « Masked Ball » (morceau composé par Jocelyn Pool pour le dernier film de Kubrick, « Eyes Wide Shut »). Les Nameless Ghouls entrent chacun leur tour sur scène suivi par Papa Emeritus III. La dimension sacrée de Ghost s’immisce entre les fidèles et nous donne des frissons. Le refrain de « Cirice », est entonné par tous sans exception. Papa Emeritus III s’excuse auprès du public ; étant malade, sa voix déraille et est parfois couverte par les guitares. Malgré l’avis défavorable du médecin, le groupe a tenu à assurer ce concert.

Ayant délaissé son costume de prêtre sataniste, Papa Emeritus III a endossé ce soir un costume trois-pièces noir et blanc. Il déambule sur scène avec sa dégaine de Gomez Addams (le père de la famille Addams), et joue les chefs d’orchestre en dirigeant l’auditoire sur « Year Zero ».  Le set est court, mais riche. Le dernier titre est introduit par une histoire. L’histoire d’un garçon et d’une fille qui s’aiment, la suite de ce récit vous la connaissez. Mais il y a une ombre au tableau : le clergé réprimande le plaisir de la fille. « Monstrance Clock » blâme donc l’Église d’avoir interdit, plusieurs siècles durant, l’orgasme féminin. Le public n’est plus qu’un seul et même être, ses poumons se gonflent et il tonne : « Come together, together as one / Come together for Lucifer’s son. » L’orgue amplifie la dimension dionysiaque du morceau. La prestation généreuse des Suédois est applaudie par une foule aux anges.

Le lendemain afin d’éviter la pluie, nous filons nous abriter sous la troisième scène, la seule dotée d’un auvent. Le trio anglais Arcane Roots livre un concert étonnant, bien éloigné de ses compositions studio. Exit la sensibilité mielleuse de lover présente sur les disques, Andrew Groves et ses complices proposent un savant mélange (explosif) de pop type Of Monsters And Men et de hard rock. Comment un tel mélange est-il possible ? Prenons par exemple « Energy Is Never Lost », l’intro est paisible, la douce voix d’Andrew, nous ne voyons rien venir… lorsque soudainement les guitares et la batterie explosent et détruisent tout ! Le public est subjugué ! Les musiciens se lâchent totalement, leur timidité s’efface pour laisser place à un plaisir rageur, destructeur, comme des enfants anéantissant joyeusement leur nouveau jouet. Un sentiment de libération, de soulagement se dégage de la scène comme si le groupe se délivrait de ses démons. Nous apprécions d’autant plus la performance d’Arcane Roots, car les riffs sont chauds, agréables, ils nous enveloppent.

Sur la scène 2, Moustapha Kelaï, emblématique leader de Mass Hysteria, scande avec ferveur les paroles de « Plus que du metal » et invite la fosse sauvage et diverse à réaliser le plus gros wall of death du festival. Chose demandée, chose due. Vers 17 heures, Saxon clôt son concert par « Princess Of The Night » et les festivaliers se séparent : d’un côté les férus du gentil rock emo mélodique de One Ok Rock, de l’autre les fans du rock british et burlesque des Struts.

The Struts - crédit : Isabelle Kardos
The Struts – crédit : Isabelle Kardos

Jed Elliott (basse), Gethin Davies (batterie) et Adam Slack (guitare) entrent sur scène salués par la foule, enfourchent leur instrument et chauffent l’assemblée avec les premiers accords de l’entêtant « Roll Up ». Le leader du groupe originaire de Derby, Luke Spiller, débarque affublé d’un slim noir verni, d’une tunique à plume et d’une superbe veste cintrée dorée. Ce concert est symbolique pour la troupe : deux ans plus tôt, The Struts ouvrait pour les Stones au Stade de France ! Malgré une tournée exténuante, le groupe est énergique et heureux de retrouver Paris. La foule, chauffée à bloc, reprend en chœur le refrain de « Could Have Been Me » tout en frappant, on ne peut plus résolument, des mains.

Gethin embraye instantanément sur le fringant « Ol’ Switcheroo » extrait de la seconde édition de l’album « Everybody Wants », unique nouvelle chanson interprétée lors de ce concert éclair. Luke profite d’un rare moment de répit pour souligner que malgré leur show au Stade de France et leur succès grandissant outre-Atlantique, seul Oüi FM les soutient et les diffuse, à la différence des radios britanniques qui ne leur prêtent aucune attention. La performance s’achève par le classique, mais magistral « Where Did She Go ». Luke se targue d’un « Merci mon chéri ! » (en roulant les r) avant que la petite bande ne s’éclipse. Certains spectateurs restent bouche bée face à la maîtrise, l’énergie et l’enthousiasme du quatuor anglais.

Children of Bodom - crédit : David Tabary pour VisualMusic.org
crédit : David Tabary pour VisualMusic

Par chance le soleil est revenu et nous offre la réjouissante possibilité de nous allonger dans l’herbe bien loin de la Main Stage où les comiques (malgré elles) Babymetal doivent se produire. Mais un (mal)heureux problème technique intervient juste avant leur entrée et les cameramen sont donc priés de filmer le public pour le faire patienter. À cet instant, nous prenons clairement conscience de la générosité des festivaliers. Personne n’est mis à l’écart, regardé de travers ou exclu. Chacun est accepté et veille à l’autre s’il s’évanouit, tombe, fait un malaise. Croyez-le ou non, mais trente mille personnes venues partager le même amour de la musique, c’est beau.

Après un concert d’une trentaine de minutes, où aucun musicien n’est nommé ou remercié, les Japonaises de Babymetal se sauvent et nous laissent le choix de trinquer aux côtés des sympathiques Vikings d’Amon Amarth (accompagnés par deux dragons en bois), ou de laisser sortir notre part secrète de fangirl auprès de Twin Atlantic. Nous nous en allons donc frapper des mains sur le pop-rock des Écossais. Nous nous rendons d’ailleurs vite à la raison, Twin Atlantic est bien plus crédible en live, moins lover, plus rock, plus fougueux, plus impétueux. Certes ils n’ont rien à voir avec les robustes gaillards suédois de la scène 2, mais leur présence chaleureuse réjouit et excite le public. Le Download est l’un des seuls festivals où vous pouvez voir un motard fan de Rammstein s’éclater au son de Twin Atlantic.

Pendant que certains headbangent en kilt ou attendent pour pouvoir se ravitailler en bière, nous nous approchons de la grande scène. Mais quelle mouche a piqué les organisateurs ? Les spectateurs attendent sagement sans s’impatienter lorsqu’une terrible et insupportable chanson de Christine and the Queens est balancée dans les enceintes. Personne ne comprend ce qui se passe, serait-ce le stagiaire laissé seul aux manettes qui déconne ? Pour faire taire la foule qui commence à s’indigner, la musique est éteinte. Plus un son. Et puis un chant baroque et un violoncelle annoncent l’entrée des (magnifiques) Écossais de Biffy Clyro. Le groupe propose un concert survolté, plus sage que du hard rock, plus musclé que du rock et doté d’une sensibilité à fleur de peau. Les fans crient qu’ils sont les loups de l’hiver (« Wolves of Winter »). Nous rêvons grâce à la mélodie magique de « Biblical ». L’enchaînement de « Bubbles » et « Black Chandelier » met tout le monde d’accord. Le show se termine en beauté par « Stingin’ Belle » et ses airs plaisants de fanfare.

Biffy Clyro - crédit : David Tabary pour VisualMusic.org
Biffy Clyro – crédit : David Tabary pour VisualMusic

En espérant reprendre un peu de souffle, nous préférons les Gascons de The Inspector Cluzo aux papys de Jane’s Addiction. Le duo suggère au public de créer la setlist ensemble petit à petit et promet un concert « à quatre mains sans putain d’ordinateurs de merde ! ». Pari réussi haut la main, les Rockfarmers assurent et régalent l’auditoire.

crédit : Isabelle Kardos
crédit : Isabelle Kardos

Le dernier groupe de la soirée est Korn et nous appréhendons quelque peu le concert, car pas spécialement fans de metal alternatif. Pourtant, nous sommes agréablement surpris : la bande n’est pas venue avec un décor particulièrement mégalo qui en met en plein la vue. Au contraire, outre le fameux pied de micro de Jonathan Davis et l’imposante batterie de Ray Luzier, la mise en scène est sobre et tant mieux. Le son de batterie justement est… parfait ! Lourd, chaud, résonnant, profond. Ray Luzier livre un solo follement excitant. Puis Jonathan dégaine la cornemuse pour introduire « Shoots And Ladders ». Les classiques que sont « Hater » et « Y’all Want A Single » laissent échapper la colère du public. Le leader du groupe à dreadlocks manie habillement ses textes, son chant se nuance et s’approche parfois d’avantage d’un flow. La reprise d’« Another Brick in the Wall » aurait facilement pu être médiocre, mais le groupe introduit une tension. Il assombrit les premiers couplets pour mettre en lumière le refrain, la batterie est forte, elle résonne en chacun et nous captive. Korn apporte une dimension nouvelle au morceau de Pink Floyd, dont il accentue la part sinistre tout en restant modeste.

Korn - crédit : David Tabary pour VisualMusic.org
Korn – crédit : David Tabary pour VisualMusic

Le dernier jour du festival s’annonce pluvieux, mais électrique. Tout démarre par la prestation de The Shrine, un trio américain digne héritier des rockers californiens des 80’s. Pour leur première date française, ils tiennent à remercier un groupe français qui les a fortement influencés : Soggy ! Même si personne ne se souvient de cette épatante formation rémoise emmenée par le charismatique et dingue Beb, le public l’accueille sous une cascade d’applaudissements. Ensemble, ils interprètent « Waiting For The War », dont il existe encore une captation vidéo prise en 1981 dans les studios de FR3 Champagne Ardenne !

Plus tard dans l’après-midi, nous revenons à la scène 3, qui a le don d’être abritée, pour saluer les Anglais de Strange Bones. Ils livrent ce dimanche leur premier concert en France, et leur rock purement british marque les esprits. Tout d’abord parce que leurs chansons sont obsédantes et qu’à l’instar de « God Save The Teen », elles sentent le pub, les riffs lourds, rappellent le blues rock traditionnel et le chanteur a cette insolence dans la voix propre aux rockers anglais. Les trois garçons domptent aisément l’auditoire médusé. Tout semble naturel chez eux, il paraît normal qu’ils fassent cette musique ensemble. On ne sait pas ce que le futur leur réserve, mais on leur espère un avenir radieux où leur fuckin music irradiait sur les ondes, tels les dignes héritiers des Pogues.

Les charmants membres de Trivium paraissent finalement bien fades et simples comparé à la claque que nous venons de nous prendre. Malgré tout, leurs chouettes compositions heavy nous ravissent : elles sont enfin débarrassées de cette affreuse auto-tune présente sur les versions studio. Et puis il faut bien avouer que Matt Heafy est attentionné et échange avec les spectateurs (trempés).

Aux alentours de 19 heures, nous nous prenons une seconde claque rock’n’roll ! À peine entré en scène, Rival Sons lance « Electric Man ». En deux secondes, Jay Buchanan est emporté par la fièvre du rock et se livre corps et âme au show. Il se déchausse, et s’acharne sur son micro. Sa gestuelle et son timbre de voix nous évoquent Robert Plant. La très belle ballade « Where I’ve Been », qui parle du pardon, est profondément blues. Petit à petit la face américaine du groupe s’affirme de plus en plus, ce qui était rock au départ est maintenant purement blues. La texture des riffs est épaisse, brûlante, sablonneuse. Paradoxalement la mélodie s’accorde plutôt bien à la pluie qui s’abat sur nous. On ne sait si c’est le joint du voisin qui nous fait délirer ou si nous sommes en totale possession de nos esprits, mais le fait que Jay soit nu-pied apparaît comme lié à sa musique. Comme si cela lui permettait de s’enraciner dans cet univers tendu, pénible, brut et âpre.

Rival Sons - crédit : Matéo Berthereau
Rival Sons – crédit : Matéo Berthereau

Nous continuons notre traversée bluesy rock du désert avec les fabuleux Last Train.
« The Holy Family » pose le décor d’un concert qui s’annonce rude, hors de tout espace-temps. Les quatre copains de Mulhouse ont cette faculté improbable de dominer la scène, de dominer l’atmosphère. Ils sont tellement pris par la lourdeur de leur musique qu’ils arrivent finalement à s’en libérer, à la survoler après la lutte qu’est le concert. Ce concert a, en effet, plus des allures de lutte que de fête : les musiciens mènent un combat intense et puissant, contre qui on ne sait pas peut être contre les chaînes qui les retiennent sur terre. Nous sortons sidérés par cette expérience, mais deux questions nous taraudent toujours l’esprit : comment peut-on cloper tout en jouant de la gratte ? La clope est-elle une aide pour remporter le combat ?

Last Train - crédit : Matéo Berthereau
Last Train – crédit : Matéo Berthereau

Les folies pyrotechniques de Rammstein concluent cette première édition du Download français. Un compte à rebours s’affiche sur les écrans et à zéro, un feu d’artifice rose explose et le rideau tombe. Till Lindemann et ses compères guitaristes descendent de leurs nacelles, des étincelles détonnent et le captivant leader du groupe berlinois entonne « Ramm4 ». Tous les festivaliers hurlent en chœur « Ja-Nein-Rammstein ». Les étincelles fusent de partout, les guitares ont des lance-flammes intégrés et les musiciens crachent du feu. Lindemann dégaine une arbalète sur le refrain du classique « Du Hast » et projette trois feux d’artifice au-dessus du public qui sont instantanément renvoyés en direction de la scène. Le pianiste marche sur un tapi roulant tout en jouant. Le moindre détail est incroyable. Rammstein est le maître du spectacle par excellence. Rien n’est laissé de côté, la musique est aussi bien maîtrisée que la fascinante mise en scène. Nous avons des étoiles dans les yeux tant la qualité du spectacle est exceptionnelle !

Au rappel, Lindemann interprète le frissonnant « Frühling In Paris » repris en chœur par le public définitivement conquis. À dire vrai, tous les refrains sont repris en chœur, que ce soit « Ich Will », « Feuer Frei » ou « Sonne », mais «Frühling In Paris » résonne différemment ; nous sentons que le public a besoin de le chanter, c’est instinctif. Le sifflotant « Amerika » réchauffe l’ambiance et après une heure et demie de concert, « Engel » et les ailes cracheuses de feu de Lindemann mettent fin à un show riche en émotions et en surprises. En rentrant, nous nous demandons ce qui pourrait être plus spectaculaire qu’un concert de Rammstein… et en venons à la conclusion que seul un concert de Rammstein accompagné par un orchestre symphonique serait plus impressionnant.

Cette première édition parisienne du Download Festival fut plus que réussie, la programmation riche et variée a offert de beaux moments et l’organisation n’a laissé lieu à aucun débordement majeur.


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