Entre groupes amateurs investissant les coins de rues et la grosse artillerie des places publiques, la Fête de la Musique fait aussi bien grincer les dents que les oreilles.
Souvent, hélas, des projets plus modestes ou moins médiatisés restent dans la confidence des médias… mais pas de la qualité. indiemusic tenait à donner un coup de projecteur à l’un d’eux avec Final Métis, ce magnifique projet musical venu à bon point le 21 juin clore le festival de Saint-Denis (93).

Le Festival Métis, qui s’est ainsi déroulé du 21 mai au 21 juin 2014 aux portes de Paris, a une nouvelle fois prouvé les qualités de la musique plurielle. Car quel que soit le style que l’on écrit, que l’on joue ou que l’on écoute, il est bien évident que pas un seul ne vient pas puiser son inspiration dans les diverses racines et multiples genres artistiques. Jusqu’à créer comme en cette soirée très spéciale des œuvres associant, mêlant, intriquant sons, instruments, rythmes, envolées de divers horizons.
Pari donc réussi haut la main avec cette soirée de clôture du festival coïncidant avec la Fête de la Musique. Dominique Pinto aka Dom La Nena, subtile et enchanteresse chanteuse et conteuse brésilienne, est venu réchauffer le cœur de la Basilique St-Denis et celui du public, avec la complicité du jubilant jazzman Jasser Haj Youssef accompagné de son quatuor, du voyageur cubain Raul Paz et de l’Opus 93, orchestre à cordes d’élèves (très doués) du Département.
Un melting-pot générationnel, organisationnel et musical qui a transporté le public dans une improbable association pop, jazz, classique, orientale et latino.
Emportés par l’archet volubile du tunisien Jasser Haj Youssef, violoniste émérite adepte de la viole d’amour et jamais aride d’émotions, d’impromptus et de virtuosité glanés au fil des années avec les plus grands compositeurs et musiciens de jazz et de classique, Dom La Nena et cette formation hélas que d’un soir nous ont transporté pendant 90 minutes dans des arcanes nord-africains, dans des respirations cinématographiques, dans des engouements sud-américains, dans des intrigues classiques.

Une jeunesse sur scène faisant preuve d’une extraordinaire maturité et emprise. Les envolées alternant des pauses chuchotées ou des rythmiques plus revendiquées. Tantôt emmenés par le violoncelle de Dominique, le violon de Jasser, la guitare de Raul ou le vibraphone de l’Opus 93, un tel l’ensemble n’a jamais sonné aussi actuel, rassembleur, générateur de bonheur et de bien-être.
Dom La Nena se pose sur scène et en impose de sa voix innocente, intimiste et nonchalante. Elle force le respect comme elle respecte cette musique, sa musique, qu’elle délivre si généreusement et précieusement. Elle nous entraîne et nous étreint. Elle est ici comme à la maison et habite son univers en nous en ouvrant grandes les portes. La nouvelle petite fiancée de la France, émancipée entre autres par Piers Faccini, nous souffle sa chaleur juste au creux de l’oreille et l’on se dit que La Nena a sûrement un don.
Jasser Haj Youssef se promène et nous promène sur ses sentiers accidentés, mais toujours balisés. Puisant ses références dans des institutions musicales, il joue avec son violon et son inspiration où tout est si bien écrit, si bien décrit. Assis en tailleur, dos au public ou debout face à ses musiciens, il s’amuse de nous, tout sourire, fier et heureux de conquérir novices et convaincus de sa musique gracile et gracieuse. Son quatuor complice entraîne par la main, tel un grand frère, l’Opus 93 qui donne le La jamais las à Raul Paz, hôte de La Havane à qui les spectateurs tirent aussi leur chapeau.
La Basilique de St-Denis a, le temps d’une respiration et d’une inspiration, accueilli de nouveaux rois et reines. Un lieu sacré pour une création musicale sacrément pas commune qui a transfiguré l’assistance et redoré le blason de cette fête presque désavouée.
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