[LP] Dirty Bootz – Broken Toy

Même si l’on pourrait résumer la musique de ce duo montpelliérain à un rock minimaliste fougueux et ombragé, réduit dans son plus simple appareil guitare-batterie, elle révèle aussi à l’évidence une nostalgie grunge décisive et, plus largement, un appétit pour la mythologie rock’n’roll, depuis Robert Johnson jusqu’à Neil Young, en passant par les Rolling Stones. Ainsi, ce long format a les défauts de ses qualités, animé qu’il est, par son énergie électrique débordante, furieusement communicative, mais aussi sa sensibilité tout à fait palpable. 

Il faut plusieurs écoutes pour s’imprégner complètement de ces élans altruistes et excessifs, parfois dépassés par leur propre générosité. Et ne pas rester sur la fausse impression de départ – quelque peu convenu – du premier titre, « Dead Clouds In Your Pockets And Sunshine Down In Mine » pourtant non dénué d’intérêt. En effet, il permet déjà d’entrevoir le potentiel expressif de l’organe vocal du chanteur, marqué dans son propre ADN par la déferlante grunge des années 90. La proximité confondante que notre homme entretient, sur ce titre en tout cas, avec celle de l’Anglais Gavin Rossdale (Bush), sautera aux oreilles des plus fervents spécialistes.

Dès « Bogeyman’s Grin », la tension monte d’un cran, emporté par de grands accords bluesy électriques bien sales, cette grosse caisse qui cale métronomiquement le tempo sur celui du démon pour mieux le donner, justement. Le territoire visité semble être, au premier abord, celui que The Black Keys et The White Stripes ont placé médiatiquement, depuis les années 2000, au centre de la mappemonde rock. Pourtant, sur « Welcome To The Sun », en prenant cette fois-ci des intonations à la Eddie Vedder sur un lit de nuances acoustiques, le guitariste-chanteur et son acolyte de batteur couvrent des espaces beaucoup plus larges, entre déviations swamp rock et country. Plus largement, loin des grands discours, c’est à travers le son et leur jeu complice qu’ils fuient clairement la démonstration ou l’exercice de style.

Le diable habite nos deux profanes. A la scène comme sur disque, ils jouent à l’instinct, avec le cœur et les tripes, comme si leurs vies en dépendaient. À ce titre, l’enregistrement live rend parfaitement compte de l’esprit libre et libérateur de leur musique. Camarades de classe des Auvergnats de The Marshals, cousins pas si éloignés de Gunwood, voisins de chambrée de Dirty Deep et The Inspector Cluzo, Geoffray Aznar ( guitare et chant) et Samuel Devauchelle (batterie) alternent avec détermination : flamboyance incendiaire, à travers des titres instinctifs taillés pour renverser les foules comme le rouleau compresseur « Washing Machine » ou l’abrasif « Burnt My Home » ; lyrisme mystique sur le planant « When She Comes » ; spleen « nirvaniesque » sur l’intense « End is A Start » ; parenthèse bucolique en mode picking et banjo ( « Never Say Goodbye »), théâtralité du désespoir nourrie au whisky et autres paradis artificiels (« Broken Toy »).

crédit : Yann Landry

S’il est parfois difficile de s’enlever de l’esprit certaines références imposantes à l’écoute de cette œuvre indépendante et artisanale, reste en dernière impression ce sentiment plus qu’agréable d’avoir eu la chance d’écouter un album grisant et sincère à plus d’un titre.

« Broken Toy » de Dirty Bootz, disponible depuis le 31 janvier 2020.


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