[Création #17] Dérives

Être approché par des artistes nous donne parfois l’occasion d’assister à des renaissances. C’est le cas de Dérives, trio brestois qui a choisi d’étouffer le folk inflammable de sa précédente aventure pour prendre un tout nouveau départ. Sans rien changer à sa formation initiale : Justine et son frère Quentin, respectivement à la basse et à la guitare, se partageant le chant, accompagnés par Tangi à la batterie ; le trio affirme son amour des mots congrus, liés à la langue française par souci d’honnêteté et d’une certaine élégance. Cette chanson pop sismique aux textes à fleur de peau bénéficie d’une interprétation saisissante et remuante, qui nous ramène émotivement quelques années en arrière, aux premiers travaux de Petit Duck et 3 minutes sur mer. Fascinés par leurs débuts, nous avons proposé à Dérives de se remémorer la création de ce premier « Déluge » qui en appellera bien d’autres.

crédit : Erle Marec

« Déluge » est un morceau de renaissance, de douceur et d’honnêteté. Le texte, on l’a écrit à deux, Quentin et moi. On est frère et sœur et on a grandi avec la même sensibilité, le même besoin de beauté et de poésie autour de nous. Grâce au temps, à nos échanges et notre forte relation, se partager l’écriture d’une chanson nous est presque naturel.

Ce morceau traite de ce qu’on porte à l’intérieur et qu’on sacrifie par complaisance.

Quentin (chant/guitare), Tangi (batterie/chœur) et moi (chant/basse) avons composé ce titre à distance, durant une période où jouer ensemble nous était impossible. C’est un morceau adressé à nous-mêmes, niché au creux de nos corps impatients de pouvoir s’ouvrir à nouveau au monde.

Le travail des voix est l’un des piliers de cette chanson. On voulait les faire résonner. On s’est questionné sur l’identité de nos voix propres : que voulait-on faire entendre ? Quelle partie de notre être voulions-nous révéler ? Moi et Tangi avons fait partie d’une même chorale lorsque nous étions plus jeunes. Quentin a expérimenté un chœur médiéval. Notre musique est empreinte de ces harmonies vocales qui ont façonné nos oreilles.

Au-delà du morceau, le clip a une histoire particulière. Pour ce premier clip, on avait choisi un autre de nos titres. Tout était prêt : le scénario, les acteurs et figurants, l’équipe technique, le lieu et la date. Quelque chose comme la nuit du 19 décembre 2020. Cette date est tombée en plein couvre-feu. On a brûlé le scénario et écrit un autre. Entre fête souterraine et images contemplatives, on était satisfaits. On avait même commencé à tourner. Durant une soirée bien arrosée, Tangi et moi avons filmé Quentin, caméra au poing jusqu’au petit matin. On avait la moitié des images. Mais on n’était plus sûrs de nous. Deuxième essai avorté.

On s’est rendu à l’évidence : c’était « Déluge » qu’il fallait mettre en images. Cette fois, on s’est promis d’aller jusqu’au bout. On a visé la sobriété. On a tourné un dimanche après-midi entouré et soutenu de ceux qu’on aime. On a filmé sans équipe technique et sans réalisateur, sans montage et sans budget (si, 48€ de bières et de confettis). C’était facile et joyeux. La contrainte a parfois un goût de légèreté.

On est fiers de pouvoir proposer un clip aussi dépouillé. Ça rend les choses possibles et permet de se rappeler que l’argent ne peut pas tout. Pour nous, la création est un processus et non pas une fin en soi. « Déluge » nous a guidé vers une sérénité nouvelle et nous donne envie de continuer à explorer ce qui nous habite.

crédit : Erle Marec

« Déluge », le premier single de Dérives est disponible depuis le 15 octobre 2021.


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