Un par un, ils sont déjà très bons. Le genre d’artistes qui ne brillent pas, mais qui transcendent. Ceux dont on est jalousement fière de voir dans nos pages. En d’autres mots, Viktor Coup?K c’est la folie d’un rap métaphorique, quant à Demi Mondaine c’est l’ivresse et l’érotisme des faubourgs. indiemusic les aime et les chérit. Alors, puisqu’ils ont décidé de s’allier pour un projet commun, on a sauté sur l’occasion pour en savoir un peu plus sur la rencontre. Il est alors question de poésie, d’effluves d’alcool, de musique bien sûr et de frissons surtout.

- Pour que la chose soit claire, dites-nous tout, le 26 septembre on doit s’attendre à quoi ? Une fusion de vos projets respectifs ? Un échange de répertoire ? Un match Rap / Rock ?
Viktor : Surtout pas à un match, l’idée est de revisiter ensemble nos deux répertoires.
Et de rapprocher les deux esthétiques en remaniant les tracks, et bien sûr en adaptant les interprétations. Si on réussit notre pari, s’il se passe sur les planches ce qu’on ressent en répète, la beauté du truc serait que les gens aient l’impression de découvrir un nouveau groupe.
Béa : Tout bien dit l’ami. On va chercher un nom de groupe du coup . « Demi M. Coup?K » haha ! On veut se faire plaisir, expérimenter des trucs, s’éclater avec nos sons, apprendre et partager. On s’éloigne de nos chapelles, ça fait du bien ! À vous de vivre l’aventure.
- Qu’est-ce qui vous réunit vraiment sur ce plateau ?
Viktor : La poésie, le feu, la vie, l’énergie, l’alcool, les larmes d’animaux.
Béa : L’envie, l’aventure, l’adrénaline, la musique à donf, le plaisir, l’émotion.
- Comment s’est faite la rencontre ? J’imagine que c’est un peu une nouvelle aventure pour chacun d’entre vous ?
Viktor : J’ai découvert Demi-Mondaine par mon ami Madj, qui mixera d’ailleurs avec Pat (La Féline) le 26. Il m’avait fait un topo assez enflammé sur une gonzesse qui envoyait vénère, une sorte de Piaf des temps modernes. Il fallait selon lui qu’on se rencontre. J’ai ensuite écouté leurs EP, et rencontré la clique. Une fois n’est pas coutume, le grand Madj avait vu juste. Dans le même temps, je me prenais une cuite avec le manager de Demi-Mondaine, qui me parlait assez viscéralement de « son » groupe. Voilà, tout ça m’a donné envie d’en savoir plus.
Béa : On s’est rencontré mort saoul à la Féline bar, à Ménilmontant, dans mes quartiers, avec Maitre Madj et Pat la Féline. Déclic immédiat, du rock au rap, on parlait finalement la même langue, on a bien ri. On s’entent, on se comprend. GO ! Pas de détours, faut faire du son. Viktor est un gars exceptionnel, le mec m’ a tué quand j ai écouté son flow et l’émotion qu’il arrive à transmettre. Puis j’ai lu ses textes et j’ai été touchée par sa poésie. Viktor a une vraie plume. C’est un écorché, un tendre ouf. Ça allait coller avec Mystic Gordon et moi. On a besoin de frissons, on a trouvé un nouveau partenaire.

- Ce qui est sûrement marquant dans vos projets, c’est l’écriture de la folie et de la décadence, vous êtes d’accord avec ça ?
Viktor : Oui, si on renverse les échelles de lectures. Qui est fou ? L’homme impassible ou celui qui s’offre à ses failles. Danser au bord du ravin d’la vie réelle.
Je ne pense pas que la décadence soit un thème central. La folie plus sûrement. La folie d’une époque, et des gens, en premier lieu nous, vivant dans cette époque. Que ce soit chez Demi Mondaine ou chez moi, je trouve que la marge est plutôt mise en lumière. Y’a les beaux clodos d’Becket, qui trinquent avec les sublimes criminels de Dostoïevski. La décadence, c’est le début d’un jugement. Remarque dans nos chansons on se juge un peu, nous-mêmes, pas trop les autres j’espère. Peut-être oui, nos décadences, alors, mais l’instinct de vie reprend toujours le dessus.
Béa : Décadence, Coup?K Danse. On parle de plaisir, de vide et d’ivresse. On joue nos vies, on les fantasme, on les sublime, on les amoche. Tout est possible avec les mots, tout se crashe et se sublime. Tout s’ose en mots, en musique, on s’approche à mort de la liberté.
- Vous êtes tous les deux en résidence, parlez-nous de cette façon de travailler. Part-elle aussi d’une notion de partage ?
Viktor : Là, ça s’joue vraiment dans les pores de la peau. Mains d’œuvres est un lieu autant inspirant, qu’aspirant. Ça aura vraiment influencé mon premier EP, et sûrement mon premier album. J’ai rencontré encore plus de fous, on y revient. J’ai essayé d’être à la hauteur. Il paraît que je ne m’en sors pas trop mal ! L’échange avec les autres zikos s’est mis en place doucement, surtout que je suis en solo et parfois un peu ours, mais maintenant c’est vraiment super de ce côté-là. Hier par exemple, j’enregistrais le matin avec Etienne (guitariste de Cheveu), mon voisin de studio, que j’adore, et qui a joué sur plusieurs titres de mon EP. Ensuite, le bassiste des 10LEC6 est venu me donner son avis sur une track, et m’a ouvert une super piste. Ça, c’est beau. Et puis il y a les poètes du lieu, plus des poétesses d’ailleurs…
Béa : On est résidents chez Canal 93. Je suis très attachée à Bobigny désormais. J’y passe une bonne partie de mon temps. J’y travaille avec le groupe, puis aussi, à la MC93 avec Nicolas Bigard, puis bientôt en partenariat avec le conservatoire. On va finir par quitter not’ 20e et s’installer là-bas ! Blagues à part, c’est un vrai kif pour nous d’avoir rencontré l’équipe de Canal 93, des studios au bureau, des ignés à la cuisine, tout le monde est « amour » haha, et se sert les coudes pour t’offrir le meilleur. Ils sont au service de la musique, de la création. Je savais pas que ça existait ! Ils nous ont adoptés, on est reconnaissant et on bosse.

- Vous avez tous les deux un rapport à votre public assez fort, d’ailleurs vous le faites participer à votre aventure (Oocto et le concept rap rock équitable), qu’est ce qui est important pour vous dans cette démarche ?
Viktor : La démarche « direct du producteur au consommateur » est devenue parallèle à un développement « plus classique » et ça me passionne. L’échange avec ces potes ou ces inconnus renommés pour l’occase « clampins/clampines » est ultra stimulant. D’ailleurs je crois que tu étais clampine de la dernière démo et je n’ai pas eu d’retour, bon, cet interview ressemble à un big retour alors ça passe !
Il paraît qu’il faut sortir des disques, avoir un calendrier et tout ce genre de conneries, mais au final, l’important, c’est de déconner ensemble. L’important c’est que je fasse de la bonne zik et que des gens l’écoutent, et me fassent un retour. L’échange, toujours l’échange. Même une pourriture d’égocentrique comme moi ne peut pas vivre sans échanger ! Atteindre un auditoire sans aucune promo permet de te sentir encore plus libre, et donc encore plus fort. Savoir qu’il y a des gens sur terre qui peuvent écouter du rap électro post punk machin bidule aussi radical soit-il, et kiffer en plus, c’est rassurant…
- Le rap est peut-être une des musiques les plus mal aimées, Béatrice qu’elle est ton regard sur la chose ?
Béa : Mal aimé ? Ça dépend ou tu t’situes géographiquement ! Haha ! Le Rap, c’est une musique de rebelles. Tout comme le rock and roll, c’est révolutionnaire! C’est le moyen d’expression qui remplace les armes. C’est générateur, indispensable, borderline et salvateur. Quand j’étais môme, la musique m’a sauvé. C’est une question de vie ou de mort chez les gosses. Le rap, je pense fait partie de ce genre de zic qui soigne, qui le peut en tout cas.
- Viktor, on en avait parlé, tu avais déjà un pied dans le rock par tes références et ton travail avec certains musiciens, bosser avec Demi-Mondaine c’est aussi renforcer ton amour pour le rock ?
Viktor : À fond ! Ils renforcent un amour déjà bien solide. Bosser par exemple avec Mystic (guitariste de Demi Mondaine) sur les compos, c’est un vrai kiff. Je me rends compte avec cette créa par exemple, que je ne pourrai plus jouer très longtemps sans un guitariste à mes côtés. L’électricité, l’énergie, l’érotisme du rock, sont devenus indispensables à mon approche de la scène.
Béa : Merde, j’te vois venir Coup?K. Tu veux m’piquer Mystic ! Bon, d’accord ! J’te le prête ! (rires).
- Le rock et le rap sont à la base des musiques rebelles, c’est aussi ça qui peut vous unir ?
Viktor : Aucun doute là-dessus. Je ne m’associe qu’à des gens qui ne caressent pas ce foutu monde dans le sens du poil. Miaou Miaou. De ce côté, j’ai l’impression que la Béa a son petit quota d’insoumission et ça me va très bien. Et puis politiquement, même si on a plus parlé d’humains, de bitures que d’géopolitique, pour l’instant, j’ai la conviction qu’on est du même côté de la barricade.
Béa : Grave.
- Musicalement, comment s’est passée la rencontre avec les musiciens de Demi-Mondaine et ceux qui t’accompagnent Viktor ?
Viktor : Elle ne s’est pas passée pour l’instant. Ils arrivent sur le final. Dans la dernière semaine de taff, mais ça va tripper, sans aucun doute.
Béa : [Propos recueillis un peu plus tard, en début de semaine]. On y est, et franchement , on est sur la même longueur d’onde, on veut tous que ça envoie à mort.
Même combat ! Le voyage se passe bien. Il est aussi bon que le but à atteindre. La destination, c’est jeudi 26 à 20h à Mains d’œuvres, le concert, avec notre public hétéroclite. Notre « Motley Crew » du coup !
- Le travail du VJ sera lui aussi de la partie pour la date ?

Viktor : Hélios aka *H, sera bien sûr de la partie. Ses dessins ont plu à Demi-Mondaine, ses petits squelettes seront de la fête. Il va sûrement faire monter d’un cran la poésie de cette créa, hâte d’attaquer le boulot en salle de concert.
Béa : Yes ! Faut faire des tee-shirts.
- Viktor tu fais partie des noms qui reviennent souvent à La Féline, QG de Demi Mondaine, l’aventure continue aussi là ?
Viktor : Yes, ça c’est un petit plaisir annexe, passer des skeuds avec mon poto Madj, qui plus est, dans le fief des Demi Mondaine. On y joue au moins une fois par mois. Big up au taulier Pat ! Comme tu vois cette créa est loin d’être factice… Feu ! Ici ça brûle !
Béa : C’est vrai qu’t’es pas le dernier à t’en jeter un p’tit mon Viktor? (rire) Hein ?! Comme Mystic Gordon! On a pas mal de plaisirs en communs, et quand ces mecs font la fête, ça envoie ! Quand ils mettent des skeuds, ton corps bouge tout seul. Welcome my friends.
Jeudi 26 septembre à 20h, Viktor Coup?K rencontre Demi Mondaine à Mains d’Œuvre, dans le cadre du festival MAAD in 93.
Toutes les infos sur l’événement :
facebook.com/events/272104162932373
facebook.com/pages/Demi-mondAine/131658177729
demimondaine.fr
facebook.com/ViktorCoupKSolo
viktorcoupk.com