[Interview] DeLaurentis

Alors que son nouvel EP, « Brand New Soul », sort aujourd’hui, DeLaurentis revient pour nous sur la genèse de ses nouvelles chansons, ainsi que sur le parcours personnel et professionnel qui l’a mené jusqu’ici. Elle nous explique notamment l’importance de plusieurs de ses influences artistiques, de même que sa manière de les exprimer à travers ses compositions. Mais, surtout, elle nous prouve une nouvelle fois, en toute simplicité, qu’elle est une créatrice désireuse de bercer nos cœurs et nos âmes grâce à ce qu’elle nous offre, faisant preuve d’une sincérité et d’une générosité sans faille, disque après disque et concert après concert. Laissons maintenant la parole à cette formidable musicienne, et écoutons-la nous conter ses histoires, avec attention et ferveur

DeLaurentis

  • Bonjour Cécile et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous présenter DeLaurentis ? Depuis combien de temps ce projet a-t-il commencé à prendre forme pour toi ? Quelles sont tes envies, tes motivations, tes ambitions le concernant ?

DeLaurentis est mon nom d’artiste, que je tiens de mes origines italiennes par ma mère. Il me rappelle le célèbre producteur Dino DeLaurentiis, et donc le cinéma. La musique de film est une grande source d’inspiration que j’essaye de mettre dans chacune de mes chansons. Je suis auteure/compositrice et je produis chez moi ce que j’enregistre. Ce projet où je chante en anglais, dans un style electronica pop cinématic, a vu le jour le 1er juin 2015 avec la sortie d’un premier EP et un premier clip intitulé « Sparrow ». Il a commencé à prendre forme peu après mon arrivée sur Paris (je suis toulousaine) vers 2013, et il est nourri de mes différents voyages en Chine, à Cuba, à La Nouvelle-Orléans… Avec ce projet, j’ai eu envie de me faire confiance et de laisser aller tous mes désirs inspirés de mes maîtres Laurie Anderson, Ryuichi Sakamoto, la scène nordique (Sigur Rós, Olafur Arnalds…) et aussi la nouvelle scène électro française en passant par le jazz de mon enfance.
Dans ma liste de souhaits pour un futur proche, il y a : tourner en France et à l’étranger, collaborer avec d’autres artistes, sur des remixes par exemple, ou encore faire de la musique de film et, bien sûr, sortir un album en 2017 !

  • J’ai lu dans ta biographie que tu avais étudié la musique au Conservatoire de Perpignan, puis la Musicologie Jazz à Toulouse. Pourquoi as-tu choisi ce parcours ? Et comment ce que tu as appris apparaît-il maintenant, dans tes créations ?

J’ai choisi ce parcours d’abord parce que j’ai grandi à Toulouse avec quelques années à Perpignan et que, pour apprendre la musique, ce sont de très bonnes formations. Cette première approche théorique de la musique m’a donné des clés et des outils qui me sont très utiles aujourd’hui dans mes compositions, même si ma manière de créer reste assez intuitive et émotionnelle. Aujourd’hui, mon envie de faire de la musique est surtout due au fait que j’en ai beaucoup écouté ! Ensuite, j’ai appris et chanté des standards de jazz quand j’étais à Toulouse et j’adore l’improvisation, ce qui est une autre manière de créer et développer sa musicalité.

  • Tu as beaucoup voyagé à l’étranger. Quelles ont été tes expériences dans les différents pays que tu as traversés ? Quels sont les souvenirs les plus précieux que tu gardes de ces moments ?

La musique m’a permis de faire des voyages extraordinaires qui m’ont nourrie artistiquement et humainement, bien sûr. La Chine reste le plus impressionnant par ce choc des cultures de l’Asie et de l’Occident. J’ai fait une tournée dans tout le pays pendant deux mois, en reprenant le répertoire de Claude Nougaro. Je ne m’attendais pas à un public aussi curieux et à l’écoute de chansons dans une autre langue. Dans certaines villes comme Hebi, Panzhihua ou Kunming, c’était un vrai échange culturel avec des artistes chinois de musiques traditionnelles ou modernes ! Cette expérience m’a marquée à vie. Cuba a aussi été une très belle aventure et la rencontre d’un peuple de musiciens ou la musique tient une place majeure dans la société. Il y a même un ministère cubain de la musique !

  • Il y a, aussi bien dans les vidéos que tu projettes lors de tes concerts que dans ton premier EP, une expression très personnelle de la filiation, de la famille et de ce qu’elle nous lègue, moralement et émotionnellement. De plus, tu as grandi dans une famille ancrée dans la musique, comme avec ton père, musicien de jazz. Comment transcris-tu ce patrimoine dans ce que tu composes toi-même ?

DeLaurentis est le nom de mon grand-père maternel, qui était passionné de cinéma ; et c’est de lui que je tiens les films 8mm que ma sœur projette sur scène. Elle est comédienne et nous partageons beaucoup de projets en mêlant nos passions, musique et image. Nous avons développé une complicité artistique très forte depuis notre enfance en écoutant notre père dans les clubs de jazz, en regardant les projections de mon grand-père ou en écoutant les vinyles de notre mère… Oui, la famille fait partie de mes sources d’inspiration, et j’ai conscience de la chance que c’est de les avoir !

  • Venons-en à ton nouvel EP, « Brand New Soul », qui sort aujourd’hui. Et tout d’abord, ce choix de reprendre le thème d’ouverture de « Tubular Bells » de Mike Oldfield. D’ailleurs, à mon sens, ta manière de créer se rapproche beaucoup de l’expérimentation de ce grand compositeur. Comment as-tu abordé le fait d’utiliser et de donner une nouvelle vision de son disque le plus célèbre ?

Merci infiniment pour ce beau compliment sur la musique de Mike Oldfield ! En effet dès la première écoute de Tubular Bells, j’ai été touchée par sa musique et j’ai eu envie de la visiter avec mes sonorités. Très vite, une ligne mélodique s’est glissée entre les notes de ce thème mythique, et le texte a suivi. J’y parle des 10000 êtres du Tao de Lao Tseu, que j’ai découvert justement lors de mon voyage en Chine. C’est vrai que beaucoup de gens ne connaissent que les mesures d’introduction utilisées pour le film « L’Exorciste », et je voulais rendre hommage à cette œuvre surprenante des années 70. Je vous invite à écouter « Tubular Bells » dans sa version longue de 20 min de 1973 : bonne écoute !

  • Tu as apparemment décidé de reprendre ce thème notamment après avoir vu « L’Exorciste ». Et le titre de ce single correspond aux 10000 Êtres du Tao. Tu es donc passée du thème de la possession démoniaque à la pensée philosophique de Lao Tseu. Bel exploit, tu ne trouves pas ?

Oui, c’est drôle, en effet ! Même si, au départ Mike Oldfield l’a composé et sorti bien avant le film « L’Exorciste » (sourire).

  • Quelles autres œuvres de ce compositeur apprécies-tu plus particulièrement ? Parfois, ta musique rappelle beaucoup l’un de ses albums, « The Songs Of Distant Earth » ; es-tu d’accord ?

Cet album est très beau ;alors c’est un honneur que tu y trouves un lien avec ma musique… merci ! En général, j’aime bien le côté celtique de certaines de ses compositions comme « Moonlight Shadow », « The Song of the Sun » ou « To France » ; mais l’étendue de son travail est immense et dans des styles très variés. Il y en a pour tous les goûts, je pense ! Même si « Tubular Bells » reste pour moi sa masterpiece (sourire).

  • Sur ce nouvel EP, ta voix est mise beaucoup plus en avant que sur le précédent. Était-ce un choix volontaire de ta part, ou un aspect que tu as exploré avec l’homme qui a mixé le disque, Jérôme Poulouin (The Shoes, Babx…) ?

Oui, je voulais mettre moins d’effets sur la voix pour ce deuxième EP, afin d’apporter un côté organique à des productions plus électroniques. Jérôme Poulouin est un orfèvre sur le traitement de la voix et il sait la laisser prendre sa place dans le spectre qu’elle doit occuper dans un mix. Du coup, les autres voix utilisées comme des instruments, en nappes ou percussions, ont gardé leurs effets afin de donner du relief à la voix lead.

  • Comment s’est déroulé ton processus de composition en si peu de temps, puisque ton premier EP est sorti il y a moins d’un an ?

Chez moi, dans mon laboratoire studio, je suis dans le meilleur endroit possible pour composer. Il est calme, lumineux comme un cocon à l’abri et dans lequel je cherche et parfois trouve des musiques qui me plaisent… Pour tout avouer, en septembre dernier, j’ai eu une entorse au genou droit qui m’a immobilisée pendant un mois, et c’est à ce moment-là que j’ai travaillé sur l’essentiel de ce second EP. Et à partir d’octobre, j’ai pu me mettre à enregistrer les voix et j’ai continué le travail de productions jusqu’en janvier (sourire) !

  • Le titre de l’EP, et de l’une des pistes qu’il contient, est assez troublant ; de quelle « nouvelle âme » s’agit-il ?

C’est une chanson que j’ai écrite pour ma filleule de 8 ans qui s’appelle Ambre. Elle lui est donc adressée, mais j’espère que d’autres se reconnaîtront sur cette « Brand New Soul ».

De Laurentis - Brand New Soul

  • Parle-nous du choix de l’image qui illustre la pochette de ce nouvel EP. Quel sens voulais-tu donner à cette photo, et à sa place pour l’ensemble du disque ?

C’est une photo qui illustre bien le propos de ce deuxième EP. Comme dans le choix des voix naturelles et sans effet, je voulais me livrer en toute sincérité et sans artifice. Et l’eau est un élément de pureté dans lequel on se sent renaître et être tout neuf !

  • Ta reprise de « Lean On » de Major Lazer est surprenante mais vraiment magnifique. Pourquoi avoir choisi cette chanson en particulier ?

L’ayant écoutée tout l’été, elle me restait évidemment dans la tête ; alors, en me mettant au piano, j’ai trouvé cette version. C’est un exercice que j’adore faire… les covers. Prendre une chanson et lui trouver un autre costume ! Mais ça ne marche pas à tous les coups et il faut évidemment respecter la mélodie et le texte de départ.

  • Comment abordes-tu la scène avec ces nouvelles compositions, si complexes musicalement ? Seras-tu accompagnée par d’autres musiciens ?

De diverses manières ! D’abord en solo, avec mes machines essentiellement : le Push Live Ableton, que j’utilise dans le clip de « 10000 Things (Tubular Bells) », ainsi qu’un clavier. Aussi avec ma sœur, Julie Delaurenti, qui projette des vidéos et fait des chœurs ! Et pour certains concerts, avec un batteur et/ou un musicien aux synthés. Selon les endroits, ce n’est pas la même formation !

  • Comment s’annonce l’année 2016, notamment après la sortie de « Brand New Soul » ? Quels sont tes projets à court et à long terme ?

Avec la sortie de l’EP vont s’enchaîner des concerts sur Paris (Maroquinerie, Silencio, Réservoir…) et ailleurs jusqu’à la rentrée de septembre, où je m’isolerai à nouveau quelques semaines pour mes nouvelles compositions (que j’ai déjà commencées, en fait…). Mais pour l’instant, je me concentre sur les prochains concerts à venir !

crédit : Frédéric Lemé
crédit : Frédéric Lemé
  • Souhaites-tu ajouter quelque chose pour nos lecteurs ?

Je les remercie pour leur écoute et pour le temps qu’ils prennent à découvrir mon univers, pour les commentaires, les partages, etc…
C’est vrai qu’après la période introspection sur les compositions, le but est de les partager avec un public qui a la même sensibilité.
Merci à eux, et je leur donne rendez-vous aux prochains concerts ! Des bises !


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