Deja Vu – Leptis Magna

Visuels rétro façon Gattaca, rock actuel et chant français, le groupe lyonnais Deja Vu sur « Leptis Magna », son troisième album brouille les pistes.

Deja Vu - Leptis Magna

Leptis Magna a ce côté pop-rock des années 2000, quand Obispo avait encore des cheveux sur le caillou (te souviens-tu de l’album « Superflu » ?), mais il faut bien lui reconnaitre davantage.
Parlons donc de la lutte contre les carcans musicaux défendus par le quatuor sur ce disque.

Deja Vu joue les troubles faits en nous conduisant sur des sentiers aussi instables que troubles, en orientant dans le sens inverse ou à l’envers le projet à chaque changement de piste.

crédit : Pierre Serin
crédit : Pierre Serin

Introduit sur « L’homme invisible », on démarre sur un rock pop marqué par le rythme lourd de la batterie et le chant assuré de François, à la limite de la rupture sur le refrain.

Plus sautillant, on enchainera sur le très intrusif rock n roll d’ « On délègue on élague » aux couplets et refrains confondus. Un titre pop-rock express et expressif.

Aussi bizarre que ça puisse paraitre, l’éponyme « Leptis Magna » ravive ce rock pop des années 2000 où les pochettes de disques se livraient à des concours d’exubérance graphique (coiffures improbables, couleurs saturées). Mais ne nous égarons pas, Deja Vu se consacre ici à l’écriture d’un des meilleurs titres de son album, où des couplets jusqu’au refrain, la cohérence est là. Confrontation vocale entre chant lead et choeurs, départ tonique sur le duo riff-batterie et progressivité de la piste jusqu’au sommet du refrain, tout fonctionne.

Car il serait quand même bon d’aborder les textes pour un groupe qui fait l’effort de les écrire en français, autant le faire quand c’est trash.
C’est clairement le cas avec « Red Light District Romance » où le narrateur évacue sa frustration auprès de la femme-objet (Je donnerais le double tu sais/Pour que tu cries « je t’aime »).

On avancera dans l’écoute sur le folk country de « Timeline », critique acerbe de notre monde régulé par les relations virtuelles (Squattez-la ma Timeline/Commentez mon journal sans répit/J’ai jamais eu autant d’amis qu’ici), avant de voir Deja Vu accoucher de « Théorie de l’évolution », critique de l’homme qui veut tout avoir, tout posséder sur une pop mélancolique évoluant sur une pente douce.

Parfois proche d’Archimède, dans le ton comme dans l’énergie rock, c’est véritablement le cas sur le très réussi « Vice de forme » qui sent l’essence autant que la sueur.

Très direct, « Cauchemar climatisé » se dévoilera vite comme le titre le plus incontrôlé de l’album, avec son départ punchy et son chant volontaire saturé.

On finira l’écoute sur deux titres pop aux tonalités britanniques avec « Carbone et oxygène » sorte d’Oasis français et « Derniers pas sur la lune » aux notes de claviers soul jazzy apaisantes opposées à un chant virulent dans les refrains.

crédit : Frédéric Jacquot
crédit : Frédéric Jacquot

Autant de changements dans un album pourraient perdre l’auditeur et pourtant cela donne tout le charme à ce disque constamment déstabilisé.

Leptis Magna se réalise en tant que concept album, où le texte et la musique viennent se confronter à des images illustrées en clip sur un dvd à part, à l’adaptation libre confiée à sept réalisateurs pour au final deux courts-métrages et six clips. Un album panorama d’un groupe français à part.

« Leptis Magna » de Deja Vu est disponible depuis le 18 mars dernier dans un combo CD+DVD.

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