[LP] Dead Light – Dead Light

Quand nous regardons les étoiles, une grande partie d’entre elles sont déjà mortes. Physiquement du moins, car leur lumière n’en a pas fini de briller. Nous les voyons comme elles ont un jour été, alors que leur éclat s’écume d’heure en heure. En quelque sorte, nous voyons dans le passé. Dead Light semble reproduire ce même phénomène. La musique en décrépitude d’Anna Rose Carter et Ed Hamilton brille comme une nébuleuse en fin de vie, que nous entendons s’essouffler comme les brillances d’une nuit d’été, dans la beauté de ce panorama insaisissable.

Dead Light - Dead Light

Le voyage de cette dead light suit le même cheminement que ses auteurs. Anna et Ed ont commencé à écrire après leur migration vers la tranquillité de la campagne, loin des tumultes urbains de Londres. Cette transition fut significative pour les deux amis, elle a impacté leur manière de voir et de penser. Une autre réalité se met en place autour de cette nature et s’appose à la dislocation culturelle, la proximité humaine et la mutation sentimentale qui leur incombe. Ces changements sont à l’origine de « Dead Light », cet album au caractère si texturé et imparfait, insufflé par une énergie éthérée qui ne cesse de voguer entre l’aigreur et la joie lumineuse.

Évidemment, les conséquences sonores sont à l’image de cette névrose positive. Enregistré entre septembre 2014 et mai 2016, cet album éponyme est une exploration à plusieurs niveaux : l’espérance, l’évasion, la tension et l’isolation se mêlent dans une instrumentation à la fois traditionnelle et ancrée dans la musique classique (piano et violoncelle), et aussi artisanale pour ce qui est des effets synthétiques. À première vue, « Dead Light » pourrait accumuler toutes les manies d’un énième modern classical mais cette appréhension se fait vite dominer par les surprises électro-acoustiques et les textures éclectiques qui traversent l’album. En ce sens, « Dead Light » vaut la peine d’être entendu à juste valeur, et non d’être oublié dans la sphère métapompeuse et mélomaniaque que le genre connaît depuis sa légère démocratisation. Bien sûr, comme à l’accoutumée, des vagues mélancoliques submergeront tous les titres mais d’autres, plus subtiles, viendront les concurrencer, composées d’une pléthore d’artéfacts analogiques fabriqués à partir de bobines de cassette actionnées par de vieux lecteurs, d’hydrophones, de synthétiseurs fait-maison ou d’anciens micros russes. Une série de mesures vintages qui rendront compte, par exemple, de la singularité des magnifiques « Sleeper » et « Blooms ».

Tous les arguments seront bons pour adouber ce petit bijou, même si certains penseront entendre une énième traduction du sentiment laconique. Mais au-delà de tout service rendu à la mauvaise foi générale, il sera quand même difficile de rester de marbre dans les élans généreux et sincères d’Anna et Ed. Plus rien n’aura d’importance. « Dead Light » nous élève dans un état presque second, l’air hébété, et nous relâche dès que les brisures de « Outpour » rendent leur dernier souffle, souffle qui annoncera la fin d’un rêve éveillé.

crédit : Alex Kozobolis
crédit : Alex Kozobolis

« Dead Light » de Dead Light est disponible le 14 octobre 2016 chez Village Green.


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