[LP] De Calm – Disparue Juliette

Sous une fausse apparence de nostalgie mélancolique, De Calm signe un disque chargé d’optimisme et d’espoir, en choisissant d’orner la poésie inhérente de textes précis à des arrangements pop malins et variés. En résulte un album profondément humain, qui nous parle autant qu’il se confie, qui nous conseille autant qu’il nous écoute.

Certains considéreront le troisième album des Toulousains de De Calm comme un opus chargé de tristesse ; comme si l’innocence avait été bafouée, salie par l’impudeur et la trahison de sentiments amoureux artificiels. Pourtant, il n’en est rien :  » Disparue Juliette », malgré un titre à consonance négative, est un véritable tour de force et de manège qui nous fait sourire, nous émeut, nous transperce et nous cajole. Tant d’émotions contradictoires, mais que Guillaume Carayol et Mickaël Serrano assument avec une confiance hors norme, racontant des bribes d’existence et les sensations qui les accompagne, tout en faisant souffler un vent de liberté et une personnalité qui ne connaît aucune frontière ni limite. Une œuvre de lumière noire, révélant les failles pour les embellir et les faire paraître devant le projecteur de nos consciences polluées par de fausses promesses et des besoins finalement futiles.

« Disparue Juliette » questionne, délie les fils enchevêtrés d’une pop sensible et maligne annoncée par le formidable « Alligator », amplification sonore de larmes de crocodile que l’on jugera peut-être simulées alors qu’elles demeurent aussi cicatricielles que les effets de la rupture. Réelles dans le magnifique duo « Il fait froid », sommet lumineux d’une collection de chansons tantôt graves, tantôt légères (« Les vainqueurs », « Au bord des falaises »), les perles lacrymales soulagent au lieu de trahir le malaise et la souffrance. Les écailles de la créature humanoïde que nous sommes tous devenus se muent, au travers d’instrumentaux et de textes vaillants et affirmés, en un être nu, prêt à vivre à nouveau, sacrifiant l’ennui pour mieux profiter d’heures nocturnes chaleureuses et intimes avant d’imploser, comme dans la boucle verbale « construire, instruire » de l’électrique et obsédant « Fabrique », moment d’apesanteur aussi excitant que palpitant. C’est bien là que l’art de De Calm prend toute sa dimension : concepteur de chansons où les ingrédients les plus sincères servent à constituer des sculptures mélodiques bouleversantes, le duo assume sa différence, son langage propre et direct, quitte à les revendiquer haut et fort (« La bonté est bizarre »), avant de laisser perler la rosée d’un jour nouveau à travers la voix solitaire du final « Le réveil ».

Le « carnet Moleskine » d' »Alligator » apparaît alors bel et bien comme le journal intime d’un projet ayant trouvé, au fil des années, ses expressions les plus revendicatives et intimistes, transformant la chanson française en terreau fertile, où de chatoyantes fleurs harmoniques poussent sans cesse et nous laissent admiratifs et remués. Ne ménageant aucune de nos impressions, qu’elles soient cérébrales ou rétiniennes, De Calm vient tout simplement de donner naissance à un album d’une poésie furieuse, d’une élégance sortie des décombres de la lassitude et du désespoir. Immaculé et satiné, « Disparue Juliette » est autant salvateur que réaliste, alliant un sens du détail quotidien à des visions splendides et palpables pour mieux nous transcender et nous amener à contempler, alors que les chaînes tombent, notre innocence retrouvée.

crédit : Agathe Peyrot des Gachons

« Disparue Juliette » de De Calm est disponible depuis le 31 mars 2017 chez Les Ré-Créations Du Pourquoi / L’Autre Distribution / Believe Digital / Alter-K.


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