[LP] David Grumel – Utopia

Dans l’idéal le plus pur, David Grumel cherche son « Utopia » au travers de dix merveilleuses pièces qui rêvent à n’en plus finir.

David Grumel - Utopia

Quand on s’en sert bien, Internet est comme le sac de Mary Poppins : un fourre-tout surprenant et infiniment varié. De même pour les réseaux sociaux, que l’on prend trop souvent pour un journal intime ou un jeu de voyeurisme. Mais, face à ce mastodonte sur lequel il est dur de se faire une place, David Grumel fait la part des choses : « Le nombre de vues, de likes, de followers, c’est – il me semble – très abstrait et versatile. Cela flatte ton égo, mais il est très difficile de transformer tout ça en réalité (ventes de disques ou public aux concerts). Pour ma part, j’ai pour le moment résisté au « mettre en avant » sur Facebook, afin d’atteindre plus de monde. Tu fournis déjà du contenu gratuit pour tous ces sites (YouTube, Facebook…) ; et en plus, il faudrait payer. Ce sont les internautes, notamment sur les réseaux sociaux, qui en font leurs richesses ; pas Mark Zuckerberg. Maintenant, il est clair que c’est un outil utile et un passage obligé pour avoir un peu de présence en ligne. En fait, je m’en sers pour ce que c’est : un média. » Mais la modestie n’a pas de prix. Disons qu’elle lui permet de se hisser vers la beauté du geste, franc et simple ; et de présenter, avec son deuxième album « Utopia », deux belles facettes, empruntées au lyrisme classique et à l’énergie de la pop.

Avec sa pochette en double exposition, faite de blanc, de branches et de brouillard, « Utopia » reflète de par son nom un certain sentiment d’absolu ou de rêves inaccessibles : « Cela veut dire littéralement « qui n’est en aucun lieu », ce qui correspond bien au côté planant, voyage immobile et hors du temps de l’album. Ensuite, il y a un passage sur l’utopie dans « Éloge de la fuite » d’Henri Laborit, que j’ai adoré. C’est également un clin d’œil à une magnifique chanson du premier album de Goldfrapp. ». Parlons-en, justement : Goldfrapp est certainement son meilleur exemple, sa plus belle inspiration. La balance des genres, du classique à la pop, rejoint les envolées de « Seventh Tree » (« Bari-Roubaix »), ou alors la fantaisie rafistolée de Patrick Watson (« Western Soul »). Cette polarité en fait un album intelligent dans sa mécanique, très bien produit, suivant la ligne fantastique de ces artistes qui offrent au classique une cure de jouvence.

On pourrait peut-être regretter que le disque ne soit pas intégralement instrumental, mais le changement serait trop brut. Son premier album, « Beaurivage », avait une dimension plus ordinaire et terre-à-terre, amenée par le côté acoustique des chansons. Tout en gardant la couleur pop de ses beaux rivages, l’évolution vers « Utopia » s’est faite de manière plus spontanée, presque cyclique. « Le premier album a eu un écho important à l’image (synchronisation pub, docu, trailer…), et cela a été une découverte pour moi. Mais ce n’était pas une volonté de départ. J’ai beaucoup collaboré entre les deux albums, tant artistiquement qu’esthétiquement. Ce qui a influencé cette direction plus onirique et instrumentale en conscience vers l’image. Maintenant, c’est a posteriori que je dis ça. Je fais tout de manière instinctive. J’avais juste une volonté : être plus organique, simple et authentique. »

crédit : Sandra Reinflet
crédit : Sandra Reinflet

« C’est de là qu’a démarré la genèse d’Utopia : retrouver le plaisir de composer pour moi. » Un brin de repli sur soi, beaucoup de confiance et un soupçon d’égoïsme. L’utopie de David Grumel est traduite ainsi. Elle n’a plus de teneur, plus de matière. Elle est volage et changeante à souhait. Et, comme pour beaucoup de personnes, elle n’appartient qu’à soi.

« Utopia » de David Grumel est disponible depuis le 9 octobre 2015.


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