[LP] David Assaraf – Ceux qui dorment dans la poussière

Rarement la poésie de la langue française aura atteint un tel paroxysme émotionnel ; « Ceux qui dorment dans la poussière » offre à David Assaraf le rôle de conscience de nos tourments, qu’ils soient physiques ou psychiques. Entre orchestrations majestueuses et timbre poignant, un album à part, acerbe et caressant.

On marche, le long de plages désertes. On n’a ni trop chaud, ni trop froid ; en fait, on ne sait pas. Et on s’en fiche un peu, en y réfléchissant. Non, tout ce qui compte, qui pèse, c’est cette solitude que l’on pense ne pas avoir méritée, mais qui nous étreint le cœur jusqu’à l’asphyxie. Puis, on croise un homme, seul lui aussi ; on se dit qu’il émane de lui une confiance, une sincérité que l’on n’avait pas soupçonnée, de loin. On s’assied l’un à côté de l’autre, en silence. Quelques minutes à observer l’horizon, et David Assaraf commence à parler. À raconter ses colères, ses naufrages, ses espérances. On occulte les éléments, le jour déclinant. Ne demeure que sa présence, inouïe, précieuse. Fragile certes, mais tellement réconfortante.

« Ceux qui dorment dans la poussière » regarde l’humanité de l’intérieur. Il analyse ses forces et faiblesses, ses silences, ses signes à peine visibles. Les amours désolées de « Juré craché sur vos tombes » se réconfortent au contact du sobre et poignant « Bord de mer », laissant augurer des mille et une merveilles à découvrir, écoute après écoute, sur ce qui est décidément bien plus qu’un simple disque. La richesse harmonique de « Kaddish » et, surtout, du magnifique et vibrant « 2609 », pauses inspirées et inédites dans le paysage francophone, nous égarent au centre d’un tourbillon de sentiments épurés, essentiels. Lorsqu’il échange avec M sur « Papillons bleus », David Assaraf marie à la perfection la gravité de sa voix aux résonances du grand Mathieu, métamorphosant la valse et l’insecte symbolique en créatures asexuées, polymorphes. De même, la cruauté de « Je te l’avais prédit » ne sombre pourtant jamais dans la leçon moralisatrice ; la compassion s’empare de nos âmes afin de mieux exister au creux des arpèges brumeux de « J’attendais mon amour », cordes et langage embués par les larmes. Une poésie universelle, exaltée dans les sinuosités atmosphériques de la piste éponyme, dialogue entre l’inconnu et la perfection du reflet. Se connaître soi-même et mieux convier autrui à la raison, à la célébration d’une nouvelle page qui se tourne mais laissera des cicatrices sur nos corps, dans nos chairs.

On se lève. La nuit est tombée, les bars emplis de monde nous appelle. On se retourne pour remercier David Assaraf ; mais il a déjà disparu. Rien ne semble pouvoir le retenir, entraver sa liberté. Alors, sentant que chaque cellule de notre organisme a changé, on se dirige vers les lumières. Les larmes aux yeux.

crédit : Yann Orhan

« Ceux qui dorment dans la poussière » de David Assaraf, disponible depuis le 24 mai 2019 chez Abbesses Music Publishing / L’Autre Distribution.


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