[LP] D.A.R.K – Science Agrees

À une époque où les supergroupes fleurissent régulièrement, majoritairement pour contribuer à relancer la carrière au ralenti d’artistes reconnus et dont la renommée n’est plus à faire, D.A.R.K prend le parti de réunir trois musiciens d’horizons différents pour, enfin, créer quelque chose d’original et de risqué par rapport à leurs styles de prédilection. Pari en partie réussi, mais qui aurait gagné à une implication encore plus personnelle de chaque membre, l’ensemble devenant au final assez lisse bien que prometteur.

Prenez trois artistes dont on n’entend plus parler depuis un petit bout de temps, enfermez-les dans un studio, remuez et voilà le résultat : « Science Agrees », premier album de D.A.R.K (à savoir, Dolores O’Riordan des Cranberries, Andy Rourke des Smiths et le DJ et producteur new-yorkais Olé Koretsky), offre à entendre des chansons radicalement différentes des genres fréquentés d’habitude par chacun de ses composants. En effet, ici, il est plutôt question d’électro vivante et à l’esprit rock, mais aussi de hip-hop ou de dance, ce qui impressionne au premier abord, déstabilise à la seconde écoute et, malheureusement, laisse un goût amer lors des suivantes. Car le potentiel du projet est énorme et se ressent au fil des compositions, mais aurait demandé plus d’engagement personnel afin d’éviter un certain confort en termes d’interprétation et d’arrangements. Dommage, surtout que l’opus est vraiment loin d’être inintéressant.

« Curvy » marque pourtant le pas en nous laissant distinguer l’envergure d’une aventure qui sera intime et témoignera d’influences insoupçonnées de la part du trio, grâce à ses mouvements graciles et ses voix doubles intrigantes et troublantes. Sentiment que l’on retrouve à travers le fabuleux « Gunfight » ou le technoïde « Miles Away », osé mais diablement efficace. On se surprendra également à se laisser entraîner dans les douceurs acidulées de « High Fashion » et dans les errances aériennes de « The Moon », où les voix découpées portent les titres sur des socles artificiels n’oubliant à aucun instant d’être humains avant tout. De bien belles cartes de visite qui soit nous bouleversent, soit éveillent notre curiosité et laissent supposer que l’on tient là un véritable OVNI musical sorti tout droit de la psyché passéiste de ses géniteurs.

Mais à notre grand regret, l’effet de surprise s’arrête brusquement et le reste du LP demeure assez conventionnel, voire parfois un peu trop facile. « Underwater » se contente du minimum syndical en termes d’instrumentations, tout comme « Watch Out », qui aurait pu devenir, avec un brin de folie supplémentaire, un hymne pop mélancolique imparable. C’est là tout le paradoxe de D.A.R.K, mais aussi son encombrant handicap : ça pourrait, mais ça ne prend pas. Ce qui est aussi triste que frustrant, car les capacités de ses membres paraissent inépuisables et auraient gagné à explorer plus profondément une voie expérimentale qui affleure sans jamais vraiment être entièrement épousée. Au final, « Science Agrees » s’écoute avec plaisir et sans aucun a priori, mais ne marque pas autant qu’il l’aurait dû. On espère cependant que nos trois compositeurs remettront vite le couvert, tant les promesses de ce disque à part se font pressantes et urgentes.

« Science Agrees » de D.A.R.K est disponible depuis le 9 septembre 2016 chez Cooking Vinyl.


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