[Live] Crossroads Festival 2017, jour 1

Enfin, c’est parti ! Le Crossroads Festival édition 2017 commence, après des mois d’attente et d’impatience. Une première journée ressemblant à un warm-up soigné et palpitant, entre rock ravageur et électro beaucoup plus intimiste et intériorisée. Cinq groupes ou artistes qui nous ont permis, immédiatement, de goûter aux promesses que l’événement nous a faites, et qui sont largement dépassées !

Grindi Manberg © David Tabary

Affluence plus que limitée pour le passage, en ouverture, des pourtant passionnants Nine Million Witches, n’attendant pas quelques secondes de chauffe pour faire cracher leur rock vibrant et encore plus motivant sur scène que sur disque. Une complémentarité entre les deux supports qui s’avère nécessaire mais qui, sur les planches, transpire la volonté de s’offrir – et de nous offrir, par la même occasion – de purs moments d’extase saturée et excitante. Le trio, malgré un problème technique légèrement handicapant, ne se laisse pas intimider et déroule un set précis et consciencieux, sans oublier un seul instant de transcender ses chansons originelles en leur donnant un impact à la fois sensuel et désirable. On regrette d’autant plus la quasi-absence de public, certainement due à l’heure (16h) pour laquelle la majorité n’est pas encore libérée de ses obligations professionnelles, ce qui aurait permis une osmose encore plus intense et une reconnaissance du professionnalisme de musiciens plus méritante et indiscutable notamment sur une excellente reprise du « Sail » de Awholenation, qui marque le moment pivot où le groupe, avant tout là pour se libérer et transpirer, dégage toutes les limites d’un coup de pied et se fait purement et simplement plaisir, pour notre plus grand bonheur. Le set est carré, pointu et précis, notamment grâce aux saillies vocales de David, tantôt rauques, tantôt possédées, et n’augure que du bon pour les mois à venir !

Le Duc Factory enchaîne quelques minutes après, à la suite d’une ultime balance à la cool mais montrant cependant l’impatience du groupe à fouler les planches. Un projet à propos duquel on ne savait pas du tout à quoi s’attendre en live, les musiciens flirtant et jouant avec les genres au fil d’enregistrement méticuleux et précis ; pourtant, la dimension scénique, notamment grâce à un son plus sec et immédiat des guitares, ne se résume jamais à une simple interprétation. Au contraire, on suit avec intérêt, puis une forme hallucinée de passion, le déroulement de ce que l’on pourrait résumer à une histoire musicale en plusieurs chapitres et tableaux, parfois rock ou psyché, mais surtout empreints d’un indéniable savoir-faire. Ce qui s’avère largement suffisant pour faire du set un moment magique et suspendu dans le temps, errant entre les époques sans aucune limite, notamment à travers un diptyque progressif et mémorable, succession de pauses et de cavalcades rythmiques et guitaristiques s’achevant sur les élans tourmentés et narcotiques de « Stinky », sans oublier le final et explosif « Bitch ». Une découverte attachante, éclairée et très certainement destinée à s’affirmer encore plus dans le futur.

Quelques heures plus tard, c’est dans la mythique salle de La Cave aux Poètes que nous nous retrouvons pour la seconde partie de la journée ; et le changement radical d’atmosphère se fait sentir dès les premières arabesques sonores de Napoleon Gold. Face à face, le duo luxembourgeois (machines d’un côté, batterie de l’autre) distille une musique parallèle, atmosphérique et parfois orageuse, quelque part entre le post-rock et l’électro sans pour autant se confiner à ces deux genres. Ce sont avant tout des paysages sonores que l’on contemple ici, des passions mentales et ésotériques tour-à-tour emplies de sagesse puis d’une colère sous-jacente ne trouvant comme seul exutoire que la beauté de mélodies simples et d’ambiances cathartiques. Samples, accords et impulsions rythmiques s’entrecroisent et se répondent, allant parfois jusqu’au choc et à la confrontation. Viscéralement mystique et envoûtante, la musique de Napoleon Gold se vit, se déguste et s’éprouve, en solitaire, pour mieux synchroniser les âmes de chacun d’entre nous. Superbe.

Quoi de mieux qu’un petit larsen bienvenu pour accueillir Grindi Manberg ? Une mise en appétit qui s’invite à la fête, même si celle-ci aurait plutôt des allures d’after. En effet, le quatuor vaporise un rock éthéré et lumineux, alternant des vagues purement émotionnelles et des passages électriques parfaitement maîtrisés, où les claviers s’invitent pour renforcer le sentiment déjà présent de plénitude qui parcourt le set d’un bout à l’autre. Tant et si bien que l’on serait tenté de parler de rock ambient, face aux éclaircies et plongées profondes qui nous portent dans un état à la fois méditatif et liquide, sans contact avec le monde extérieur. Une mélancolie aux allures de transe, aux frontières du psychédélisme sans jamais tomber dans ses travers les plus accessibles ou périlleux ; sculptures satinées et immaculées, les compositions lacrymales de Grindi Manberg s’exposent et nous font frémir de plaisir et de confidence, notamment lors de changements d’accord imprévisibles et marquants. Une belle manière de fêter la sortie de leur premier album prévue pour le lendemain, et dont on reparlera très certainement ici !

Ambiance crépusculaire pour accompagner l’entrée de Fléau, introduisant son set à travers des nappes synthétiques que les grands maîtres de la musique de films fantastiques 80’s (John Carpenter en tête) ne renieraient certainement. Montée en puissance sans oxygène, le souffle coupé par l’inquiétante étrangeté qui nous enserrent et nous met mal à l’aise. Entre la menace et le plaisir presque masochiste, le spectateur pourrait presque s’attendre à voir ses cauchemars ultimes prendre vie et le saisir par surprise pour l’entraîner dans les abysses. Fantomatique et statique, Fléau déroule ses rêves noirs et désespérés en attendant de nous voir saisir quelques bribes de ce linceul à la fois fascinant et paralysant. Les ténèbres sont tellement belles, parfois…


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