[LP] CorleOne – Acid

Donner au rock des élans entraînants et éloquents : pari réussi de la part de CorleOne.

Les groupes de rock actuels, ou du moins ceux qui ont acquis une reconnaissance internationale n’étant plus à prouver (quoique…), ont tendance à oublier les bases sur lesquelles ils ont positionné leur style. Prenons Interpol ; à l’époque de leur premier album, les musiciens laissaient infuser des pulsions qui auraient pu sembler âgées dans leur inspiration, mais en y ajoutant un zeste de sonorités de guitares plus actuelles, plus denses. Malheureusement, l’histoire se répète et l’on attend toujours le digne successeur de « Turn On The Bright Lights ». L’enjeu repose ici : dans cette capacité à mêler des riffs prenants à des soli entêtants et proches de la dissonance, sur des rythmes carrés mais prêts à imploser.

« Acid », nouvel album de CorleOne après trois ans de silence, joue dans une cour en attendant la bagarre, en provocant par des mouvements impulsifs de la tête autant que par des gestes aguicheurs. Et l’on se prend au jeu, en attendant de savoir quand ils feront le premier pas. Ce qui arrive assez rapidement.

CorleOne - Acid

On divague ici entre mélodies abrasives (Cobb, Anatomica) et blues rock corrosif (Shock), tout en gardant un œil sur les coups qui menacent et auxquels, malgré l’attention continue, on ne s’attend pas. En effet, le groupe préfère – et c’est ce qu’il fait à la perfection – dissimuler ses élans contenus derrière des harmonies en apparence inoffensives mais pourtant entêtantes, des mouvements des bras et du bassin qui nous amènent à lever le point pour revendiquer, auprès d’eux, leur différence (Acid, Stop The Train). Les cymbales pleuvent et encerclent des moments de pure folie guitaristique (Monk), des urgences sonores emplies d’exhibitions tonales sulfureuses et frôlant la power pop (Run People Run).

Impossible de déterminer une école à laquelle les musiciens se rattacheraient ; mais loin de n’être qu’une entité rendant hommage aux heures de gloire d’un genre, CorleOne épouse les contours de corps en sueur pour y injecter une large dose de sensitivité au travers de voix et de mélodies facilement reconnaissables et hantant l’auditeur bien après l’écoute. Et chaque instrument y va de son propre langage, de son importance dans un ensemble cohérent et, anglicisme barbare, véritablement « catchy ».

On entend, on retient et, comme le plus puissant des anabolisants ou le plus savoureux des antidépresseurs, on en reprend une dose pour ressentir ses effets puissants et renforçant nos capacités vitales, musculaires et cérébrales.

Visuellement, les trois artistes arborent un bleu de travail complètement en décalage avec leur musique. Ou pas tant que ça, quand on y pense : forçats instrumentistes, ils bâtissent leurs titres comme d’autres les abris éphémères avant l’ouragan. Ils manipulent chacun de leurs outils, les apprivoisent et en exploitent toutes les capacités avant de concevoir des structures musicales dans lesquelles aucun son, aucun arrangement ne déborde ou n’étouffe les poutres harmoniques qui l’entourent.

Là où il y a une vétusté ambiante qui pourrait devenir lassante et décourager les auditeurs en mal d’innovation, CorleOne recrée, bricole, soigne les joints et les ciments d’une cathédrale rock qu’il sera bien difficile de faire tomber. Évidemment, certains jaloux essaieront de la bombarder, de la détruire en pointant du doigt une apparente simplicité et un format assez court de l’ensemble ; raté, disons-le tout net. Pourquoi ? Tout simplement parce que la forteresse est inattaquable.

« Acid » est soigné, affriolant, fulgurant mais, plus que tout, solide dans ses fondations ; il est autant une cavité qu’il convient d’explorer de fond en comble qu’une charpente immuable car profondément vissée au rock, tout en laissant l’air nécessaire y entrer et éviter les dénivelés. Franc et droit, le disque devient référence, énergie brute et se constitue du plus lourd des métaux.

crédit : Philippe Peralba
crédit : Philippe Peralba

On touche alors aux origines mêmes du rock, avec cet Acid pénétrant et rongeant toute impureté, toute imperfection. L’argenterie musicale d’un genre qui se réinvente toujours étincelle à nouveau, et ils peuvent en être fiers.

« Acid » de CorleOne, disponible depuis le 22 septembre 2014 chez Lowmen Records.


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