[EP] Coco Bans – aka Major Hearbreak: The Beginning

La place de l’alter ego est primordiale sur ce bouleversant et sincère « aka Major Heartbreak: The Beginning », oeuvre imprégnée de la peine, de l’incompréhension mais également de l’espoir que Coco Bans analyse dans leurs moindres recoins, des plus réconfortants aux plus sombres.

crédit : Iris Dracos

Depuis quelques mois, à travers les photos qu’elle postait sur ses réseaux sociaux, elle apparaissait dédoublée, nous regardant ou détournant les yeux pour mieux imposer la face cachée de sa personnalité, celle-là même qui ne demandait qu’à se révéler au grand jour. Embrassant la corruption de l’âme par les méfaits de l’amour et de la passion, Allyson Ezell a ouvert ses bras à Coco Bans, l’a accueillie auprès d’elle, tant par nécessité que par survie. Sans dissimuler un seul instant ses ambitions, elle a fait de « aka Major Heartbreak: The Beginning » le testament d’une période obscure, blessante jusque dans la chair et le cerveau reptilien. Avec, pour conséquence immédiate, la sensation chez l’auditeur de pénétrer dans des ambiances que lui-même connaît, mais qu’il n’a jamais réussi à illustrer ou exprimer. Définition artistique troublante et vraie du doute et de la césure, l’opus déploie ses cinq chapitres d’un texte concis, court mais allant droit au but, droit au coeur.

La dualité n’est, finalement, qu’un outil narratif : car c’est bel et bien la compositrice qui est en face de nous, dévoilant son humanité, sans misérabilisme ni plaintes inutiles et vaines. Il y a quelques mois, la folie douce et cruelle de « What Did You Say » avait marqué nos peaux et nos esprits d’un choc que l’on pensait insurmontable, d’une plongée inéluctable vers la mort des sentiments et de la confiance. Le commencement qui s’opère dès lors est autant un soulagement qu’une expérience au-delà des sensations : un coma, un isolement durant lequel Coco Bans est inatteignable, égarée entre deux mondes. « Being Brave Is Stupid », en duo avec VON Pourquery, dialogue pour mieux illustrer la détresse, effaçant d’un geste brusque les fausses apparences de courage et de volonté qui causent, on le sait, bien plus de souffrances que de soulagement. « Luxembourg », sur le départ, dérive entre égoïsme de l’être adoré et pardon, sans choisir ni dénoncer ; un exercice grave, triste et en équilibre instable, que la musicienne habite en modifiant la tonalité de sa voix, chaude et innocente. Elle accompagne la sortie de scène, approfondie à travers sa reprise de « Le vent nous portera » de Noir Désir, rêve jamais exaucé mais dessinant la délivrance, que cette dernière taille les veines de sa victime ou saisisse son responsable par la main. S’achevant sur une preuve d’humilité tétanisante (« Pray (French Version) »), « aka Major Heartbreak: The Beginning » s’impose comme la lecture brutale et intime des étapes du deuil sentimentales, démonstration du courage infaillible et vénérable de Coco Bans, prêtresse indétrônable de la sagesse transperçant les voiles oppressants de nos déraisons romantiques.

crédit : Iris Dracos

« aka Major Heartbreak: The Beginning » de Coco Bans, disponible depuis le 22 janvier 2021 chez Straight Up Nomad.


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