[Clip] [Exclusivité] Cocanha – Suu camin de Sent Jacques

Le groupe occitan Cocanha est une figure du renouveau des mélodies traditionnelles actuelles en Europe. Animé par une approche totalement décomplexée de la Musique avec un grand M, sans œillère ni barrière, ce trio vocal et percussif, composé des étonnantes Maud Herrera, Caroline Dufau et Lila Fraysse, continue d’alimenter la chronique après la sortie de son splendide album « Puput » avec un clip vivifiant et collectif. Devant une telle énergie, difficile de résister à l’appel de la danse et de la transe, tant l’esprit rave originel se réveille ici dans les sonorités organiques et polyrythmiques de ce chant traditionnel gascon, propulsé avec brio par Cocanha dans le temps présent et la modernité.

Le cadre de ce clip n’a rien de sorcier, mais il est pourtant absolument magique. En plein chantier de rénovation d’une bâtisse (plus vrai que nature ; ou comment allier l’utile à l’agréable), les musiciennes occitanes transforment ce regroupement de potes, unis par la solidarité et l’esprit d’entraide, en bal néo-trad dont les motifs répétitifs et cycliques pourraient rendre dingues les plus pointus des DJs électro. La réalité rejoint la fiction littéraire à travers une délicieuse mise en abyme, en forme d’aller-retour entre la tradition et le moment présent, entre cette maison imagée du texte, qui voyait passer les pèlerins du chemin de Compostelle et celle-ci en pleine reconstruction, résolument tournée vers l’avenir. Visuellement, l’imagination et l’inventivité font le reste, tant le postulat de départ est une idée lumineuse et riche. La joyeuse bande évolue, se meut, danse dans les espaces confinés du chantier en totale harmonie et, surtout, dans une symbiose rythmique qui suggère de longues nuits de pratiques. Les voix se répondent, se répètent, s’interpellent d’un étage à l’autre. Les chaussures martèlent le plancher. Si le travail manuel se confond alors avec les gestes et mouvements chorégraphiés, ils deviennent tous de lointains échos aux racines du blues et à ces « work songs » que les esclaves développaient sur le continent nord-américain pour supporter rythmer le travail et, en secret, perpétuer le souffle de la culture contre vents et marées.

Beaucoup pourront voir, dans cette vidéo, un esprit militant, celui de ce nouveau monde qui semble s’inventer dans une certaine ruralité, dépassant ainsi le simple territoire de l’utopie, mué par les valeurs de la coopération et de la solidarité, se traduisant par des alternatives citoyennes, innovantes et créatives. Ainsi, si ce militantisme est effectivement là en toile de fond, il s’exprime dans la joie et la communion, dans cette vibration commune, symbolisées par ces mains tendues, généreuses et vigoureuses, permettant à toutes et à tous d’accéder à cette piste de danse improvisée pour un final extatique quasi-chamanique. Difficile de ne pas faire du lien avec la période actuelle, tant cette réinterprétation polyrythmique et vocale devient, par le hasard des circonstances, un véritable hymne à la liberté et à la vie que nous ne manquerons pas de nous repasser en boucle pour nous nourrir d’une belle lumière humaniste, qui risque de nous faire défaut dans les jours à venir.

« Puput » de Cocanha est disponible depuis le 21 février 2020 chez Pagans.


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