[LP] Club 8 – Pleasure

Un album dépassant les limites inhérentes à la synth-pop, en lui donnant des respirations émotionnelles supplémentaires qui achèvent de démontrer que l’on est face à un projet magique et motivant.

Club 8 - Pleasure

Le syndrome de la page blanche (ou plutôt, dans le cas présent, de la partition vierge) : un trouble qui ne semble pas devoir toucher le duo suédois Club 8. En effet, actif depuis maintenant vingt ans et fort de nombreuses sorties aux formats longs ou courts, le projet, mené par Karolina Komstedt et Johan Angergård, ne cesse de créer, ère après ère, ses vagues synthétiques poignantes et magnifiques. Dernier effort en date : le formidable « Pleasure ». Un LP qui ne vole à aucun moment son nom, tant il recèle de trésors mélodiques foudroyants et d’arrangements simples mais directs, alors droit au cœur et à l’âme.

De ce fait, Pleasure ne s’inscrit dans aucun courant musical, malgré sa forte influence synth-pop présente dans de nombreux titres (Skin, Hush). Mais le duo va bien au-delà, notamment grâce à un sens de l’harmonie sans faille, qui transcende les frontières et se les accapare sans aucun scrupule, ce qu’on ne lui reprochera certainement pas. De la tendre mélopée introductive « Love Dies » au minimaliste et pénétrant « Jealousy Remains », les deux compagnons, figures nocturnes cerclées d’un halo immaculé, bercent autant qu’ils bouleversent et nous offrent le sentiment immuable d’assister à l’action frénétique d’un hypothétique dancefloor, mais en suspens, au ralenti (Late Nights). Soignant ses voix et instrumentations artificielles pour en presser le jus le plus émouvant, l’entité allie passion et précision, ne reniant jamais un seul instant son objectif premier : une certaine idée du plaisir dans le spleen. Ce même objectif qui est atteint à la perfection, avec une humilité et une conviction qui forcent le respect.

La voix de Karolina Komstedt, fragile et onirique, fait des merveilles. Celle-là même qui trouve son apothéose sur les bouleversants « Kinky Love » et « Promises We Never Meant to Keep », plages apaisées et se démarquant définitivement du reste de l’album. Le charme opère sans difficulté, tout au long de ces nappes ambrées et atmosphériques invitant l’auditeur à un besoin de repos et de recharge d’une énergie méritée. Splendide, somptueux et velouté, Pleasure invite au voyage, entre feu et lave. À marcher sur les braises brûlantes d’un sol en constant mouvement, avant de se jeter dans le vide et de goûter aux perles de rosée d’une brume saisissante et apaisante. L’ensemble est assez court (une trentaine de minutes), mais se permet d’aller droit à l’essentiel. Rien ne sert de trop en dire ; il faut simplement profiter de chaque seconde, savourer et s’y désaltérer, source vivante de joie et de nostalgie coulant dans nos veines et nos esprits, pour nous offrir des minutes contemplatives grandioses et à la grâce fulgurante.

crédit : Henrik Halvarsson
crédit : Henrik Halvarsson

Un album hors du temps et de l’espace, une offrande qui se savoure autant qu’elle se mérite. Passionnant et condensé, mais définitivement à part dans la musique électronique actuelle.

« Pleasure » de Club 8 est disponible depuis le 20 novembre 2015 chez Labrador Records.


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