[Interview] Cléa Vincent

À l’occasion de son retour au Printemps de Bourges, la désormais incontournable figure de la french pop nous a accordé un échange avant son concert. Entretien avec une artiste qui émerveille toujours par la simplicité, la spontanéité et la liberté qui émanent de ses projets.

crédit : Kamila K Stanley
  • C’est ta deuxième fois au Printemps de Bourges. Quel souvenir gardes-tu de ton passage il y a deux ans ?

J’en garde un très bon souvenir. C’était dans la même salle. Donc même heure même lieu avec les chansons de l’album un, et là, on revient avec « Nuits sans sommeil », le nouvel album. Le souvenir que j’en ai, c’est que c’était le feu. On avait fait un très bon concert. Je me permets de le dire parce qu’il y a des fois où l’on n’est pas aussi bons. Mais ce soir-là, on avait de la grâce parce que le public était top. Et le public est quand même extrêmement acteur d’un concert. C’est beaucoup lui qui détermine si le concert va être bien ou pas en fait, plus que ce que l’on imagine.

  • Est-ce que tu as une nouvelle formation pour cette tournée « Nuits sans sommeil » ?

C’est la même formation. Mais ce qui a changé, c’est que déjà on a beaucoup plus d’expérience. On a quand même fait presque 150 concerts avec l’album un, donc ce n’est pas tout à fait les mêmes musiciens dans le sens où ce sont les mêmes personnes, mais qui ont pris de l’âge et de l’expérience. Je joue avec eux depuis presque 10 ans. On fait vraiment corps sur scène ensemble. Ça, c’est très beau à vivre. Et donc ça, c’est la nouveauté qui n’est pas vraiment une nouveauté, mais plutôt une évolution. Et puis on a intégré de nouveaux instruments de musique. J’ai un nouveau synthé, le Yamaha DX7 qui est un super synthé lead. Et puis, on a aussi un Prophet qui était le synthé de mes rêves et ça y est on a pu l’acheter ! Et enfin, je terminerai par des lumières et un ingé son qui nous produit super bien à chaque fois.

  • On sent une évolution dans ta production autant sur ton dernier album que dans tes concerts. Cet album, « Nuits sans sommeil », est un peu plus electro que le précédent. Il y a aussi une esthétique particulière, je pense au clip du morceau éponyme du disque où l’on te voit sur un plan fixe au lever du soleil, ce qui donne une impression très particulière. Comment tu as travaillé sur ces esthétiques sonores et visuelles ?

Pour le son, j’ai bossé par Raphaël Léger, le batteur du groupe qui est aussi celui de Tahiti 80 et Clément Roussel qui est un producteur de 26 ans. Il a vraiment ce côté moderne parce c’est un peu une génération en dessous de nous. Et lui a vraiment contribué à ce son plus électronique et aussi plus homogène surtout sur l’intégralité de l’album. Clément Roussel a fait que l’on a passé un step avec Raph. Et enfin, pour tout ce qui est image, je me suis encore plus exprimée. J’ai travaillé avec des gens avec qui je rêvais de travailler : Thomas Salvador qui a fait le clip de « Nuits sans sommeil » et aussi Vicky de The Pirouettes qui a réalisé le clip de « Dans les strass ». J’ai beaucoup d’admiration et j’ai confiance en eux donc j’étais heureuse. Pour les photos, il y avait Camille Stanley aussi qui est une photographe géniale. Il y a eu aussi un step de passé au niveau de l’image parce que j’ai grandi, que je me connais un peu plus. Et quelque part, j’ai fait encore plus de rencontres, donc potentiellement des artistes super avec qui collaborer.

  • On sent que la progression de ta carrière est très empirique au fur et à mesure des rencontres et des moyens acquis. Est-ce que c’est difficile sur scène de montrer ce virage pop électro ?

C’est très difficile. On a bossé trois semaines extrêmement intensément avec les musiciens parce que notre marque de fabrique, c’est qu’on joue tout. Il n’y a pas de bande et pas d’ordinateur sur scène. Chaque note de synthé que tu entends, on les joue en live, moi pareil au clavier. On veut avec une manière live un rendu électronique. Ça veut dire qu’il faut énormément de précision, il faut jouer ensemble et beaucoup bosser le son. Ça a été hyper difficile, on s’est mis la barre très haute. Cet album « Nuits sans sommeil » a mis la barre très haute. Ça a été trois semaines de travail intense avec de vraies remises en question. Même entre nous ça a été dur et au final La Cigale que l’on a faite la semaine dernière à Paris, c’était merveilleux. Les gens étaient éblouis parce que je crois on a énormément progressé. On s’est accroché à fond et surtout on prend un maximum de risques et ça se voit. A priori c’est réussi. Mais tu as raison ça a été très difficile parce que le challenge était de taille.

  • Vous vous autorisez quand même certaines imperfections ? Ce n’est pas évident d’avoir tout le temps un son très propre.

Oui, moi j’aime bien les erreurs, c’est ce qui est intéressant dans les concerts. C’est d’ailleurs un peu ce qui se perd aujourd’hui. C’est un point de vue, mais je trouve maintenant que les artistes mettent un peu trop de séquences sur scène et qu’il n’y a plus vraiment la place à l’erreur. C’est dommage parce que ce que les gens viennent voir dans les concerts c’est un funambule, quelqu’un qui risque de tomber. Et nous on risque de tomber à tout moment. C’est-à-dire vous venez, vous voyez. Et bien sûr il y a des « pains ». Ce qu’on appelle nous des « pains », entre musiciens, c’est quand il y a des fausses notes. Ça arrive évidemment et heureusement parce qu’on est des êtres humains. Mais nous, on a tenu à garder ce côté funambule. Là où, des fois, dans les lives de maintenant, c’est un peu trop industriel.

  • En fait, tu veux garder ta spontanéité ?

Exactement. Et puis surtout, je veux garder une transparence vis-à-vis du public, une honnêteté aussi de dire « si je lève les mains, eh bien il n’y a plus de clavier » ! Alors qu’il y a des concerts où le mec lève les mains et il y a encore le clavier qui continue à jouer. Je suis peut-être un peu réac sur ce sujet-là, mais celui des bandes sur scène, c’est quelque chose qui me touche.

  • Il y a cet album dans ton actualité et cette idée d’émission de télévision qui s’appelle « Sooo Pop » que l’on peut retrouver sur internet. Comme tu as eu cette idée et comment tu t’es mise à l’animation ?

C’était une idée d’Alice Vivier qui dirigeait à l’époque Les Trois Baudets. Elle m’a vue organiser plein de soirées et elle m’a dit « Cléa, il faudrait trop que tu aies une émission de télé ! ». Et d’un coup, cette idée qui est tombée du ciel, je l’ai prise au sérieux. J’ai dit : « Mais t’as raison, on va le faire ! ». Et donc je me suis associé à Alice Vivier et puis à mon label Midnight Special et à Victoire Potocki, ma manageuse. On a créé cette émission ensemble. Un peu au départ un projet foufou, mais qui finalement commence à devenir costaud parce que d’une émission à l’autre on se blinde, on se professionnalise. Ça devient un vrai espace de liberté avec notre manière de faire, mais de plus en plus je trouve assurée. J’ai de plus en plus d’assurance et puis toute l’équipe aussi. Ça évolue bien ce truc « Sooo » Pop. C’est une par mois. Dans la prochaine, on reçoit Christophe et Mathilde Fernandez.

  • C’est tourné aux Trois Baudets ?

Alors les quatre premiers épisodes étaient aux Trois Baudets. Et là ça tourne au Carreau du Temple qui est une salle un peu plus grande en fait. On avait besoin d’avoir un plateau un peu plus grand pour avoir à la fois le backing band et les invités.

  • C’est peut-être aussi l’occasion de mettre en avant des groupes que l’on ne voit pas forcément ailleurs à la télévision ou autre. Comment tu choisis ces invités ?

L’idée, c’est d’inviter deux artistes de deux générations différentes : un qui a plus sorti un album et l’autre qui aurait plus quatre ou cinq albums à son actif. L’idée, c’est qu’ils s’apprécient et qu’ils s’inspirent mutuellement. Exemple : Les Pirouettes et Philippe Katerine. Contre toute attente, ils s’admirent vraiment, ils se kiffent à fond. Donc ils étaient trop heureux de se retrouver ensemble sur un plateau. Et je réfléchis à ça en fait, à savoir s’il y aura de l’admiration mutuelle, c’est important.

  • Il y avait aussi Lio et Michelle Blades. Des rencontres improbables en fait.

Là, pareil je me suis dit qu’elles avaient des origines latines. Elles ont un peu ce côté très féministe, un peu drama que j’adore et je me suis dit qu’elles allaient matcher direct. Et effectivement les deux ensemble, c’était mère et fille. D’un coup elles se sont trouvées, c’était trop bien.

  • Qu’est-ce que tu écoutes en tournée en ce moment ?

Là, je viens de me faire l’intégrale de Christophe comme je l’invite mardi dans mon émission. J’ai écouté tous ses albums, c’est complètement fou. C’est une œuvre impressionnante, mais je ne me rendais pas compte à quel point c’était un monstre d’arrangement et un musicien extraordinaire. Bien sûr, je connaissais ses tubes, mais jamais je n’avais écouté vraiment les albums dans leur intégralité. Et c’est quasiment comme des petites symphonies. Il y a des rappels de thèmes au sein même des morceaux. C’est une œuvre complète, un album de Christophe, pas juste un assemblage de chansons, c’est ça qui est fou. Donc là, il y a Christophe et je vais me plonger dans Mathilde Fernandez aussi pour comprendre qui elle est vraiment en profondeur.

Interview réalisée en collaboration avec Radio Campus Tours.


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