[Interview] City Kay

Avant de prendre place sur la scène du Hall 8 dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes, le samedi 5 décembre prochain, le sextette nu reggae City Kay prend le temps, avec passion, de nous livrer son histoire. Il nous parle de sa formation, de la recherche d’une nouvelle esthétique musicale, de ses voyages et de son quatrième album, « Daystar », sorti au printemps dernier. Rencontre avec l’une des figures majeures du renouveau du reggae français.

City Kay

  • Vos premières compositions remontent à 2008. Mais qu’en est-il de l’histoire de City Kay ? Quand l’avez-vous formé et comment est né ce projet pas comme les autres dans le paysage du reggae français ?

Le projet est né en 2007. Jay venait d’arriver sur Rennes en provenance de Paris et Londres. Il cherchait à monter un reggae band avec des musiciens ayant des bons bagages musicaux. Certains viennent plus du hip-hop, du blues-folk, du classique ou du jazz. Jay avait la vision d’un reggae roots « idéalisé », qui proposerait une évolution du son différente de celle proposée par la scène française actuelle. On s’est rassemblé autour de cette idée !
À Paris, il avait réellement appris le style auprès de « groovers », des puristes techniciens du jazz-funk infiniment respectueux du reggae, de son groove et de son feeling… On a d’abord fait deux albums de reggae roots aux origines du style : « New Times » et « Preoccupations ». Puis, on est allé plusieurs mois dans le sud du continent africain, à travers l’Angola, la Namibie, le Mozambique, le Swaziland, le Lesotho et l’Afrique du Sud, pour jouer et enregistrer un album de collaborations.

  • « Daystar » est votre quatrième album. C’est finalement grâce à ce dernier que le projet a pris son envol, suite à votre participation au Printemps de Bourges. Qu’est-ce qui a changé avec ce disque dans votre manière de composer, de construire vos morceaux ?

Au départ, nous sommes partis du même processus que pour nos précédents albums, à savoir composer de bonnes chansons, destinées à être jouées ensemble avec le line-up. C’est à partir de la phase d’arrangements que les choses ont changé avec « Daystar ». Loeiz, notre keyboard, est arrivé avec le morceau « Here Before » de Vashty Bunyan, la version de « Fever Ray » de 2009 plus exactement. Nous avons décidé de l’intégrer et de l’utiliser comme test pour trouver le son de l’album. Ça nous a obligés à mettre les pieds dans le plat, à faire les choix forts au niveau de la production et implanter l’électronique… Cela revenait à carrément remixer nos morceaux et à faire notre propre travail de prod.
Mais comme c’est du reggae à la base, ça reste du reggae à l’arrivée ; c’est juste que, dans le processus, il s’est nourri de singularités !

  • City Kay est un projet reggae, sans l’ombre d’un doute, avec son roots caractéristique ; mais il bénéficie d’incursions électroniques, dub ou trip-hop qui le démarquent d’autres sorties du genre. Jay, ta contribution au projet électro-dub Zenzile en tant que chanteur/toaster y est-elle pour quelque chose dans cette évolution du son ?

Oui, elle y a participé ! Zenzile est un groupe qui porte des projets artistiquement forts depuis longtemps. Cela a permis pas mal de discussions bien riches avec les membres du groupe sur nos maquettes et nos prods.
À ce moment-là, avec City Kay, collectivement, nous avions l’intention de lâcher la bride quant à l’expression artistique de chaque musicien et de son rôle. Par exemple, Loeiz, notre claviériste, a conçu le nouveau son pour le groupe et l’a arrangé, mixe et masterisé, en totale liberté. Rien n’était tracé d’avance et ça a été un travail passionnant de le suivre.

  • Vous parlez d’un nu reggae : quel sens ce terme revêt-il pour vous ?

Le terme « nu reggae » représente sans doute le fait qu’on cherche à faire évoluer le style.
Avec « Daystar », on a tenté l’alliance d’un reggae roots rockers 70s/80s d’inspiration jamaïcaine et anglaise, et les productions électro et pop – dans le sens populaire, anglais du terme… Un peu comme si on enfermait Steel Pulse et London Grammar dans le même studio.
On peut parler de « nu reggae », ou encore de « reggae électro ». Mais même si cela sonne électro, tout est joué ! Il n’y a pas de programmations, seulement des effets et traitements sonores.
Ou, pourquoi pas, Jamaican Pop ? Au-delà des étiquettes, ce qui est important pour nous, c’est la démarche, la recherche et le travail du son. De toute façon, le problème avec les étiquettes est qu’après, ça peut être difficile de les décoller !

  • On pose rarement la question, mais à quoi fait référence l’intrigant « Kay » dans City Kay ?

Haha… Le nom City Kay est l’onomatopée du One Drop, c’est-à-dire l’accent rythmique de la caisse claire sur le troisième temps qui caractérise le genre et qui articule la basse, le chant et la danse. Le nom City Kay est aussi la proposition d’un son urbain, celui d’une City brumeuse, « Kay » signifiant « brume » en gaélique.

City Kay

  • À l’écoute de « Daystar », on a comme un aperçu de la dimension live du projet. Comment avez-vous travaillé sur l’enregistrement de l’album, et l’avez-vous pensé proche d’un objet « live » ?

Nous avons d’abord le son « Daystar » comme un concept pour l’album. C’est une fois achevé que nous avons décidé de transposer les éléments de l’album au live. Il a fallu donc complètement modifier notre son « live » et notre installation.
On a intégré les traitements sonores sur scène, dans le jeu des musiciens. Chacun est équipé de contrôleurs MIDI qui permet de générer effets et boucles. Le but est de transposer la recette de l’album en live, ses sons et le parti pris de la prod. Le niveau d’exigence sur scène est sévèrement monté… Nous avons dû repousser nos limites d’humains face aux machines.
Quant à la dimension « live » de l’album, elle ressort du fait que toute la rythmique de base est enregistrée live. C’est beaucoup mieux pour la rondeur du reggae.

  • Vous êtes six dans le projet. Quand les idées fusent, est-ce dur de se mettre d’accord ou l’échange profite-t-il toujours à tous ? Autrement dit, comment composez-vous en groupe ?

Il n’y a pas vraiment de méthode, ce serait trop facile. Disons que le chant guide tout. Une bonne idée de prod sans bonne idée de chant ne donnera rien. On est finalement assez « pop » dans l’esprit. On encourage la contribution de tous. Tu dois non seulement donner ton avis, mais aussi la défendre. Il faut que les six s’y retrouvent. Donc, souvent, le vrai travail est d’enlever, pas de rajouter.
Pour « Struck You », par exemple, on a tout enlevé pour garder la voix et la guitare solo. La dimension électro post-produite donnée à ce titre était nécessaire si l’on voulait coller à notre philosophie.

  • Comme nous l’avons dit auparavant, City Kay est un groupe destiné à la scène. Qu’attendez-vous de particulier de votre date aux Trans Musicales de Rennes le samedi 5 décembre prochain, de plus dans votre ville ? Serait-ce l’occasion d’inviter des amis du groupe pour quelques collaborations inédites ?

On attend de cette date que tout le monde s’éclate, nous comme le public. Jouer à la maison, c’est à double tranchant ; pour éviter la pression, il faut le voir comme un live comme un autre.
En même temps, nous avons envie que ceux que le mot « reggae » effraie, viennent nous écouter et ressortent de notre concert en se disant que ce style a finalement pleinement sa place sur un festival avant-gardiste comme les Trans Musicales.
Concernant les collaborations, on aurait aimé que Cornel Campbell vienne chanter sur cette date avec nous pour un clin d’œil à l’album. Malheureusement, il a ping-pong ce soir-là, c’est dommage ! Cornel, si tu lis ceci et je sais que tu lis très bien le français, si jamais tu te libères le 5 décembre, viens à Rennes, on sera au Hall 8 à 00h30 au Parc des Expositions, il y aura quasi 5 000 personnes. Il y aura à boire et à manger, tu pourras dormir à la maison ! Allez, viens ! Vous le couperez au montage ça, hein ?


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