[Flash #29] Cave In, Dinosaur Pile-up, Pyramid Kiwi, Magnetic Rust et FORM Ft. Elbi

Un retour inespéré et émouvant dans ses fureurs contenues, une tentative de rébellion un peu trop lisse pour être honnête, la frénésie d’une véritable révolution sonore et lyrique, la chute inexorable de l’homme face à la modernité et une rencontre d’une beauté à couper le souffle ; pas de doute, vous êtes au cœur d’un nouveau Flash !

[LP] Cave In – Final Transmission

7 juin 2019 (Hydra Head Records)

Malgré son caractère menaçant et orageux, le nouvel album de Cave In contient assez de mélancolie intériorisée pour troubler l’auditeur. Enregistré à partir de bandes sur lesquelles leur bassiste et vocaliste Caleb Scofield – disparu tragiquement dans un accident de voiture en 2018 – intervient avec ce sens inné de la pesanteur et du bruit que lui seul peut amener au cœur de mélodies sales et tenaces, l’opus n’est pas qu’une simple collection de pistes récupérées et bricolées comme un ultime tour de force. Au contraire, « Final Transmission » invoque tantôt la colère, tantôt les larmes inspirées par l’injustice du drame. La mort y rôde, certes, mais se confronte à la forme cathartique primale d’un noise rock sur le fil du rasoir, tonitruant et révolté. Le cri d’un être ayant besoin de sortir la peur et la dépression de ses tripes. Le soulagement dans l’extrême. La délivrance.


[LP] Dinosaur Pile-up – Celebrity Mansions

7 juin 2019 (Parlophone Records Limited / Warner Music Group Company)

D’une pochette aussi suggestive, je-m’en-foutiste et prise sur le vif, on était en droit d’espérer un disque crade, punk jusqu’au bout des ongles rongés et des doigts jaunis par la nicotine. Et, bien que la production soit réellement béton, on ne peut pas s’empêcher d’avoir la sensation d’être face au petit blanc de service de « Pretty Fly (For a White Guy ») de The Offspring : un quidam qui veut se la jouer mais qui, au final, ne correspond absolument pas à ce qu’il devrait représenter. C’est là tout le problème des Anglais de Dinosaur Pile-up : ce qui partait bien sur « Thrash Metal Cassette » et « Back Foot » se casse lamentablement la figure, skater-style, au fur et à mesure des pistes suivantes. Cherchant à se frotter au grunge, au hard F.M. (le désespérant « Round the Bend ») ou aux influences appuyées des Piments Rouges (« Black Limousine »), sans oublier le très embarrassant triptyque final semblant avoir été composé sur un bout de table, nos hommes oublient leur personnalité en cours de route, sauvant cependant les meubles grâce au jouissif et débridé « Pouring Gasoline ». Pour le reste, chacun se fera son idée ; nous, on songe surtout à un énorme loupé qu’il aurait été possible d’éviter… À retrouver dans les autoradios d’un prochain Need For Speed ou GTA. En bruit de fond.


[EP] Pyramid Kiwi – EP

17 avril 2019 (autoproduction)

Ce qui s’annonce comme l’une des futures imposantes figures de proue du rock hexagonal nous vient de Bordeaux. Retenez bien ce nom : Pyramid Kiwi. Le genre de leçon que l’on se prend sans oser ouvrir la bouche pour émettre la moindre contestation, tant la musique du trio use sans abuser d’éléments alternatifs ou d’idées punk sans jamais sombrer ni dans un genre, ni dans l’autre. Le chant d’Élodie et de Léo se déploie, énergie contagieuse d’un cri refoulé mais tellement significatif (« Nancy »). Assez subtil pour satisfaire les amateurs de mélodies et d’échanges guitare/basse (bravo à Emeline pour ses lignes à l’incroyable dynamique), le disque, même dans ses moments les plus posés (« Our Claws »), démange, donne envie de se saisir des parois que sa pochette illustre pour se faire saigner les doigts et atteindre les plus imposants sommets, malgré un soleil écrasant. On imagine sans peine la sueur versée par nos interprètes afin de parvenir à ce résultat épineux certes, mais jouissif en diable. Quand l’infaillible concision d’un style personnel et parfaitement exprimé se rapproche des tumultes souterrains d’une lave prête à jaillir… On guette la suite, sur scène et sur disque. Et on essaie de rester calme, rien qu’à l’idée de goûter très bientôt à de nouvelles saveurs de ce fruit défendu mais tellement délicieux !


[LP] Magnetic Rust – The Machine

26 février 2019 (Rouille Magnétique Records)

« The Machine » est un réseau. Informatique, bien entendu, mais surtout neuronal. Un enchevêtrement d’informations observées de l’extérieur, d’échanges qui n’en sont pas, de partages de données pouvant aussi bien conduire à l’augmentation des capacités humaines qu’à son inéluctable destruction. Le long de ses nappes synthétiques, Kévin Depoorter transforme la parole en chiffres abstraits, en nombres, en algorithmes. Avec, dans un omniprésent discours sous-jacent, la question que la musique elle-même se pose : pourquoi ? Il émane de l’œuvre une cohérence vouée à la tristesse mais refusant toute désincarnation, totale ou partielle. Une lutte sans fin entre les synapses humains et l’intelligence artificielle. Essai philosophique axé sur toutes ces dérives que chacun de nous constate, à portée de main, sans réagir le moins du monde, « The Machine » évoque cependant, dans ses ultimes accords, une solution quasi miraculeuse : l’autodestruction de la source de tous nos maux, éternelle insatisfaite prête à tomber en panne à la moindre surtension. Celle-là même que les compositions de Magnetic Rust distillent insidieusement dans une mécanique dont les défauts mèneront à sa perte. Pour que nous soyons enfin libres.


[Single] FORM Ft. Elbi – Drifting

4 février 2019 (Nowadays Records / Kultur)

Extrait de l’excellente collaboration discographique entre le label Nowadays Records et son projet Kultur – et parue sous le titre « Nowadays Black Label » –, « Drifting » prouve sans difficulté qu’il est bien plus qu’une simple collaboration. Ici, FORM installe l’ambiance feutrée de ce qui sera, pour le timbre satiné d’Elbi, un hymne minimaliste au lâcher-prise, au glissement entre la réalité et le rêve, à ce sentiment prégnant de chute que l’on ne peut contrôler. L’état second dans lequel les mélodies et boucles électroniques de la piste nous plongent demeure, au fur et à mesure de son inéluctable progression, le mantra tant physique que mental d’âmes en quête d’un passage, d’une corrélation existant tant dans le matériel quand dans le spirituel. Plongée en apnée pour les uns, brise enivrante des hautes montagnes et de cieux accueillants pour les autres, « Drifting » guide le voyageur actif que nous devenons au gré de ses querelles intérieures, de ses doutes, de ses libérations. Et impose une pulsation nouvelle à l’existence qui nous attend lorsque nous touchons terre.

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