Cali est une éponge et prend sans état d’âme tout ce qu’il peut de la vie. Pour mieux la restituer avec une infinie générosité à sa famille, à ses proches, à ses fans, à ses amours. Bruno, c’est le papa, le grand frère, le copain, le confident, le mentor, le gouvernant que l’on rêverait tous d’avoir. Pour se perdre dans ses yeux bleus, pour boire ses paroles, pour se draper de ses pensées, pour vivre de ses énergies, pour s’endormir paisible à la musique de son accent.
Cali ne s’arrête jamais et n’arrête jamais personne. Tout est matière à partage, à échange, à discussion, si tant est que cela soit fait avec amour, respect et sincérité.
Sur la terrasse de RTL2, Cali nous a terrassés un petit matin de mars pour une discussion passionnée et vibrante. De celles qui donnent le frisson et vous mettent la larme à l’œil. L’alarme à l’œil. Tout comme son dernier opus magistral, « L’âge d’or », qu’il voue aux siens, à nous tous, en compagnie de ses fidèles compagnons de route.

- Merci Bruno pour cet entretien. D’ailleurs, dois-je t’appeler Bruno ou Cali ?…
Cali : (sourire) Bruno… Cali… comme tu veux, comme cela t’arrive dans la bouche !
- Dis-moi, ce n’est pas très habituel pour un artiste de parler de son métier comme cela à 9h00 du matin. Justement, qui est Cali à cette heure-ci de la journée ?
C’est marrant parce que cela dépend. Si c’est Cali à la maison, c’est Cali papa, donc je me lève tôt, je prépare mes deux filles avec la maman et je les amène à la crèche et à l’école. Mon grand garçon prend le bus tout seul parce qu’il va au lycée… Avec le Cali papa, on ne parle pas de ma musique à la maison. Non pas que je l’interdise, mais c’est une vraie vie de village. Autrement, le Cali en tournée est dans le bus parce que je me suis couché à 5h ou 6h du matin. Et si c’est le Cali en promo à 9h du matin, c’est troublant parce que se coucher et se réveiller en parlant d’un disque dont je suis très fier, c’est une bonne thérapie, quelque part !
- Donc, parler comme cela aussi tôt de ton disque n’est pas quelque chose qui te dérange ou te perturbe ?
Non, pas du tout. Je suis même très honoré, car c’est quand même mon sixième disque ; on voit la difficulté d’en parler parce que c’est devenu presque secondaire. Je suis arrivé sur le marché il y a 12 ans, il y avait plus d’engouement au début. Aujourd’hui, c’est très valorisant d’avoir des interviews, des gens qui viennent parler de mon disque avec moi. Voilà, on est là. Je dis « on », car c’est toute une famille, c’est toute une équipe et c’est super !

- Quand tu n’es pas Cali papa, en tournée ou en promo, quand composes-tu ? As-tu des moments privilégiés ?
Je n’ai pas de règle et c’est assez troublant. Je ne me dis jamais « Tiens, je vais me mettre à l’ouvrage ». J’ai la chance d’avoir un grand piano et une grande baraque à trois étages dans un village. En bas, il y a le piano et en haut, les guitares… Au début, je me suis dit que je ne pouvais écrire que chez moi. Pour cet album-là (NDLR L’âge d’or), j’étais au théâtre en début d’année 2014, j’ai joué la pièce « Cowboy Mouth » de Patti Smith et Sam Shepard durant quatre mois à La Gaîté Montparnasse, à Paris. Tous les soirs, j’étais donc sur scène, loin des miens, et la journée, je ne prenais pas de plaisir à aller voir et visiter les choses. Je me disais que, comme ils n’étaient pas à côté de moi, cela ne servait à rien. J’ai ainsi écrit beaucoup de chansons à ce moment-là ; il y a un robinet qui s’est ouvert, c’était dingue, car je ne pensais pas pouvoir le faire à Paris.
- Justement, dans quel état d’esprit as-tu écrit ton nouvel album « L’âge d’or » ? As-tu besoin d’un tiraillement pour faire venir les choses ?
J’ai du mal à analyser tout cela ! Je ne pense pas qu’il me faille de la souffrance… La seule chose est qu’il me faut tout de même comme un manque. C’est comme si mes amis, mes amantes étaient mes chansons et que j’en avais besoin. Par exemple, pour ce disque, j’ai eu besoin d’être près de mes enfants et de souvenirs qui me font du bien. Des gens qui m’ont donné la vie et qui m’aident à vivre, quelque part. Et j’ai écrit sur eux comme si je voulais les avoir à côté de moi. J’ai écrit une soixantaine de chansons, il y en a 13 sur l’album qui est sans doute celui qui est le plus éclairé, le plus joyeux peut-être – au sens lumineux – parce que je n’étais pas dans un truc où j’étais en prison, j’étais « kidnappé » à Paris, mais le soir, j’étais heureux d’être sur scène. Donc, il y avait ce manque et la joie d’être sur les planches… J’étais entre les deux et je mène souvent une existence entre deux, avec cette vie de famille et d’artiste…
- Cet album – contrairement aux précédents – n’est pas dans la revendication ou la colère, il est très serein. Il est presque bipolaire, allant du très nostalgique au très joyeux. Il fait rire et pleurer (dans le bon sens du terme)… Qu’en penses-tu ?
Ça me touche beaucoup… L’idée est de se faire mal au ventre quand on écrit. Si j’ai une chanson qui me laisse indifférent, je ne vois pas pourquoi je la montrerais, car elle fera de même à tout le monde. Si j’ai une chanson qui s’anime de joie ou de douleur, pour moi elle est assez forte pour suivre sa route toute seule. Et les albums de mes héros qui me touchent, que ce soit Léo Ferré évidemment ou Springsteen, U2, les Waterboys, Yo La Tengo, dEUS, etc., il y a chez eux une puissance incroyable…. J’aime prendre le temps d’écouter leurs disques… Je me souviens du « Street Fighting Years » des Simple Minds, dans lequel je n’ai pas réussi tout de suite à rentrer, et j’ai trouvé une petite clé qui m’a permis de l’écouter et le réécouter jusqu’à ce qu’il s’ancre au plus profond de moi. Et j’adore cela, c’est-à-dire prendre le temps de faire connaissance avec un artiste qui est allé très très profond, qui ouvre une porte et puis encore une et puis encore une autre…
Aussi, aujourd’hui, je suis très dubitatif sur le mode de consommation de la musique… On fait des réunions et, à moi qui ne suis pas un technicien de l’Internet, on explique qu’il faut faire une chanson, puis un peu plus tard une autre. Je trouve cela assez violent, car quand j’achète un disque, c’est le voyage dans l’album entier qui me touche…
- Cet album devrait être vendu avec des écouteurs, car c’est un disque qui s’écoute vraiment. Ce n’est pas juste une compilation de titres… Il y a un fil rouge, des textes bien sûr, mais aussi la richesse et la profondeur des mélodies, avec la subtilité d’instruments en arrière-plan comme ce fifre que l’on n’a plus l’occasion d’entendre. Tu es allé chercher des choses très très loin et on sent bien que tu as envie d’emmener les gens très très loin dans l’écoute.
Et je l’ai fait avec David François Moreau ! Alors tout ce que tu dis es très vrai et ça me touche parce que, pour moi, c’est assez difficile lorsque je suis avec des gens, de mettre ce disque-là et de discuter… Non, il faut l’écouter, lire le livret, regarder les photos. Le travail d’un album se fait aussi avec un photographe, en allant voir des expos ou en regardant son œuvre. Il y a tout un travail d’approche, à s’apprivoiser mutuellement, puis après tu le laisses dans son univers et il t’amène quelque chose. Là, Yann Orhan, qui a participé au disque, est quelqu’un qui a bossé entre autres avec Thiéfaine, M, Dutronc ; et son travail, c’est beaucoup de noir et blanc avec une lumière du noir me touche beaucoup… Pour en revenir à la musique, l’intuition m’a amené vers David, cet homme merveilleux qui vient de la danse contemporaine, a écrit des musiques de ballets et de films et, tout de suite, il m’a amené – je me souviens – la chanson « La vie est une menteuse » ; et quand il a fait un essai – moi j’avais fait les guitares/voix –, il voyait une fête et j’aimais bien cette image-là. Il voyait les fifres, la fête au village, cet orchestre passer et repartir comme ça… On a construit autour de ça et je me suis dit « Ouah, c’est un vrai film ! »…

- C’est cinématographique…
Oui, grâce à lui, cet album est cinématographique. Celui qui joue du fifre est un vrai Catalan que je vois l’été jouer sur les places des villages. Je lui ai dit que j’avais besoin de lui pour l’odeur de son instrument, qu’il vienne là… Il était étonné, mais il est venu et ce mélange était génial. Ce qui est bien c’est que, quand on veut faire de la pop, on fantasme tous. Et là, le guitariste, c’est Robert Johnson, il a le son anglais en lui, il est la musique anglaise… Le violon, c’est Steve Wickham des Waterboys, avec le vrai son irlandais (il a joué avec U2 sur War). Pour dire que je vais chercher ces gens-là pour qu’ils jouent avec moi, pour que l’histoire soit vraie jusqu’au bout.
- On le ressent parfaitement avec cet album, il y a presque un côté Prokofiev avec « Pierre et Le Loup »…
Ah oui, j’adore ! Moi j’amène les gens – en tout cas ceux qui veulent – venir voir en studio comment cela se passe… Comprendre par exemple une fréquence qu’on travaille et qui peut arriver là, qui raconte une histoire… Voir des musiciens jouer, voir pourquoi on refait telle ou telle partie, ça peut ouvrir quelque chose. Je trouve désolant aujourd’hui, quand on écoute une musique sur un téléphone, d’avoir des fréquences si compressées qu’on ne les a plus. L’autre jour, je me suis surpris en Espagne en écoutant « Telegraph Road » de Dire Straits qui passait à la radio et que je n’avais pas entendu depuis longtemps. En arrivant à la maison, je l’ai remis sur ma platine et je n’ai pas pu enlever le disque, j’ai écouté toute la première face. Et j’ai retourné le disque. Et c’est comme cela que l’on devrait écouter la musique, aller au bout du bout du truc !
- Et en mode non compressé !
C’est ça ! Et ce n’est pas dire que c’était mieux avant, c’est juste une qualité de son qui était là !
- Justement, sur scène, comment vas-tu rester fidèle à l’esprit du disque ?
On se connaît tellement avec mes camarades de route. Ils ont une culture énorme et ce sont de grands musiciens, en plus d’être des déconneurs et des gens ouverts d’esprit, et tout le truc d’amitié. L’idée est donc simplement de regarder le même film… Avec une chanson comme « Le cœur chargé comme un fusil », David – qui a joué de tous les instruments en studio et qui n’est pas spécialement batteur, – a pris les éléments séparément, a fait un assemblage que je trouve touchant, frais et particulier… mais impossible à reproduire sur scène, même si j’ai un grand batteur avec moi. On est donc parti sur un truc un peu plus pop avec un film où on est les Stones, il y a Keith Richards qui joue de la guitare et à la fin, c’est la même mélodie, le même refrain, les mêmes mots, mais c’est encore un autre morceau. Les gens qui me font rêver sur scène sont aussi ces gens-là. Tu fantasmes avec eux, il y aura peut-être un feu sur scène, un rocking-chair et le guitariste dedans… Et j’adore ça !

- Comment comptes-tu combiner sur scène « L’Âge d’or » avec les précédents albums, notamment avec l’ « Espoir » et « La truite… » que l’on t’a reproché militants et pompiers ?
Tu sais, j’ai démarré avec « L’amour parfait » et si tu ne fais pas attention, on a vite fait de te mettre dans des chapelles. Et moi, je dis que dans ma discothèque, il y a du classique, du hip-hop, de la pop barrée, de la pure chanson française et ce sont des joies. Si nous-mêmes on se met des barrières en se disant qu’il ne faut pas aller là, ce n’est pas bon du tout. Moi, je dis qu’on peut tout explorer. Avec la voix et les mots que j’ai, je peux me promener dans tout ça et m’amuser. J’ai la chance de jouer parfois avec des compositeurs de classique où on n’a que les cordes et on s’amuse, et personne ne vient t’engueuler quand tu fais ça !
Et là, j’ai eu besoin de faire « La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur » avec Geoffrey Burton où on s’est amusé et où on savait qu’on allait peut-être se faire taper dessus ! Mais en même temps, quand on joue ces chansons sur scène, le public est ravi, car c’est tellement jouissif et pêchu ! Il y a des pour et des contres, mais, si je ne l’avais pas fait à ce moment-là, je l’aurais fait après. Et je le referai peut-être un peu plus tard ! Il faut être heureux et ne pas se mentir… Et si ça ne suit pas, on va se débrouiller pour vivre et continuer !
- Comment le Cali « serein » vit-il actuellement avec tout ce qui se passe autour ?
Au moment de mon premier album, mon garçon avait 5 ans. Il a 17 ans aujourd’hui, il mesure 1m95… j’ai eu une petite fille, Coco, qui aujourd’hui chante avec moi… Et là, aujourd’hui, j’ai Poppée qui a 2 ans… Moi, je leur dis qu’ils sont les soleils de ma vie et je ne peux pas leur dire que la vie arrive et que tout est sombre, tout est dur et tout est compliqué. C’est pour cela aussi que j’ai repris « L’âge d’or » de Ferré : j’aime bien l’idée d’ouverture, on ouvre les bras, il y a plein d’espoir… Évidemment, c’est difficile, évidemment c’est compliqué, mais il y a des choses tellement belles ; cela s’appelle la vie, tout simplement. Des choses qu’on attrape… Tu vas rencontrer l’amour, tu vas te séparer, tu vas être triste, ton ventre va tellement bouillonner que tu vas te sentir humain…
Quant à mes combats et mes engagements, ils n’étaient pas feints. J’ai perdu mon père tôt, il était très dans la politique. Mon grand-père aussi, dans les Brigades Internationales. Il a donné sa vie contre le fascisme. Je ne peux pas entendre des choses et rester chez moi sinon j’ai honte. Mon papa aurait été le premier à me dire : « T’as un micro fiston, si tu ne le dis pas là, tu ne le diras jamais ».
J’ai rencontré des gens sur des combats. Je travaille avec Bono et l’ONG One. Au-delà de Bono, on est six millions dans le monde. C’est une lutte contre l’extrême pauvreté, mais c’est lumineux et merveilleux, car on est allé sur le terrain, comme à Dakar voir ce pasteur qui fabriquait des vaccins contre la fièvre jaune, dans la brousse étudier comment des meneurs dans les villages expliquaient aux femmes comment aller vacciner leurs enfants. On a vu des sauvées, en direct ; et nous, on peut faire des rapports, on peut aller voir des chefs d’État en disant que l’argent sert à ça, ça ou ça. C’est du concret… et c’est un vrai combat universel, gauche-centre-droite.
Parallèlement, par exemple, la vie de la cité m’intéresse beaucoup. Le combat est aussi de dire aux jeunes qu’il faut aller voter. Je voyageais justement avec une sénatrice qui me disait qu’elle travaillait sur un projet de loi pour comptabiliser le vote blanc.
- Tu as beaucoup de choses à dire et tu as beaucoup de force de conviction ; n’as-tu pas justement envie de toucher une audience plus « jeune » ? Ceux qui vont voter demain, ceux qui ont 10-15 ans (voire moins), qui aiment tes chansons, tes mélodies, tes paroles ou simplement le personnage Cali. Il y a certainement des choses à faire avec eux ?
Je suis d’accord. J’essaie d’aller dans des collèges ou dans des écoles pour expliquer quelque chose de très simple qui a dirigé ma vie ; c’est ce que je vois aujourd’hui avec mon fils qui a 17 ans, qui passe le bac et qui est terrorisé par ce qu’il va faire après dans la vie. Je lui dis qu’il a le droit de se tromper, qu’on nous dit qu’aujourd’hui on a sept métiers, donc sept vies et qu’ainsi c’est magnifique. Et ce que je dis aux mômes c’est que, à 18 ans, on se dit au fond de soi qu’on va faire du théâtre ou de la musique, mais qu’on n’a pas appris ça. Moi, je leur explique que je suis arrivé là-dedans comme un imposteur, mais que mon cœur avait tellement crié : « Arrête tout et fais de la musique »… Chacun a sa vie, et ce ne sont ni les parents, ni personne d’autre qui doit diriger cela… On est aidé par des parents qui doivent nous éduquer et nous montrer des chemins, mais c’est toi qui décides d’ouvrir telle ou telle porte. Il ne faut pas avoir ni honte, ni peur ; bien au contraire, parce que justement, être heureux, c’est cela !
- Par rapport à tes expériences cinématographiques et théâtrales, tu as envie de continuer ou d’y amener tes enfants ?
Attention, ce sont de vrais métiers, c’est du travail. De vraies retrouvailles avec soi-même, sortir l’enfant qu’il y a en soi et tout ça. Peu d’acteurs doivent être fiers de leurs 3-4 premiers films, ça arrive au bout d’un moment quand on comprend certains trucs, on voit où est la flamme quelque part et on peut aller se brûler tranquillement. Au début, il faut la trouver, cette flamme ; il faut se jeter dans le feu, si l’on peut dire. Pour moi, ça a été le théâtre. Marie Barraud, l’actrice et Nicolas Tarrin, le metteur en scène, m’ont emmené dans ce rôle. C’était plutôt facile pour moi parce que 1971, le Chelsea hôtel que j’ai visité plein de fois, j’aimais ce milieu-là. Mais quand même, arriver à un lâcher prise où tu deviens un môme et où tu n’as qu’à écouter et tu ouvres les oreilles juste sur l’enfant que tu es et là, ouah ! Tu es sur une scène, tu parles, tu joues ta vie, tu t’aimes, tu t’engueules, tu joues comme des bébés et sans micro, et il y a des gens qui t’écoutent, tu les sens rigoler, tousser… Je sortais de là bouleversé tous les soirs. Quatre mois comme ceux-là, ça m’a marqué et ça m’a donné quelque chose d’énorme qui s’appelle aussi la confiance, mais surtout se dire qu’il n’y a pas d’âge pour se mettre au théâtre… À 40 ans, 50 ans, 60 ans… À 10 ans… Il y a une maîtresse dans mon village qui donne des cours de théâtre, et j’ai vu des mômes rentrer en début d’année puis sortir en fin d’année et ils ne sont plus les mêmes !
Même dans leurs études : il y a un lâcher, un truc dans ce qui passe après… C’est quelque chose que j’aimerais tellement continuer à vivre ; je les ai vus, les acteurs de théâtre que j’ai côtoyés, dans un bar chez Marie-Do à côté de la Gaîté Montparnasse où tous les acteurs du périmètre de ce théâtre viennent raconter leur vie, leur émotion du soir après leurs représentations. Moi, je buvais leurs mots… des acteurs de 20 à 85 ans et tous des gamins, des mômes. Je trouvais cela absolument génial.
- Et cela t’a forcément nourri pour « L’âge d’or », pour la continuation des choses… Ça se ressent, ça s’entend…
Oui, ça s’entend. Et encore une fois, j’ai eu la chance par exemple de rencontrer David qui a influé sur ma manière de chanter. Il ne s’est pas posé de question en disant « On est habitué à t’écouter comme cela »…, il s’en foutait. Lui, il ne m’écoutait pas avant donc il ne savait pas ce que je faisais. Il n’y a eu aucune limite. On est parti dans un truc sans savoir… Pour le premier album, j’avais idée où je voulais aller. Le 2e aussi, le 3e aussi. Le 4e rock, le 5e chansons pures et acoustiques ; et là, je ne savais pas, je l’ai suivi, c’était merveilleux. Il m’a amené sur un terrain ou sur la voix il m’a dit, par exemple : « souris plus », « regarde plus loin ». Je n’étais pas sûr de ce qu’il disait et je me suis surpris à aimer ma voix, car c’est toujours difficile de s’écouter chanter ! Ce côté voix douce, notamment, que je n’avais pas trop expérimenté avant.
- On te sent plus intimiste, effectivement plus souriant, plus près du micro : tu chantes à l’oreille des gens avec un rapport de séduction très très fort. Avec un single et un album qui démarrent fort, nous avons tous hâte d’entendre cela sur scène en tout cas !
Ah oui, c’est très gentil. Ce qui est génial, encore une fois, c’est quand des mômes comme Christine and The Queens – enfin des mômes, je veux dire de jeunes artistes (sourires) – ou Julien Doré touchent de nouvelles générations avec des reprises. Moi, par exemple, c’était normal que j’aille sur Jean Ferrat . J’ai dit aux Parisiens que « La Montagne », elle était cette chanson pour moi (rires). C’est ma vie, quoi. Et Doré s’est approprié Ferrat et avec lui, il va emmener tous les gamins qui l’écoutent ; et grâce à lui, ils vont écouter du Jean Ferrat. Et moi, j’espère qu’il y a une génération qui va écouter Ferré, car je leur en parle… Quand il y a de bons retours et de bonnes critiques sur le fait que les gens ont compris ce que tu voulais faire, tu te dis « Waouh !»… Le disque, les ventes, on va voir ce qui se passe, mais ce n’est plus trop l’enjeu, quelque part, par rapport à la scène, pour revenir à ton commentaire.
- L’enjeu est de rentrer dans le disque, rentrer dans ton état d’esprit, aller te voir sur scène, dialoguer avec toi. J’ai envie de dire que ceux qui pourraient écrire des choses négatives sur cet album sont tout simplement des personnes qui ne l’ont pas Écouté avec un grand E.
Ah, c’est encore gentil ce que tu dis ! … Un côté qui me plaît aussi, c’est – si je prends l’exemple de Thiéfaine, qui est quelqu’un que j’admire, qui a été au fond du trou, qui est aujourd’hui au sommet et dont la carrière est loin d’être finie, qui demain sera peut-être à nouveau au fond du trou – ce que bien évidemment je ne lui souhaite pas – d’être un être humain. Méfions-nous des gens tout lisses ; ce n’est pas parce que tu es un chanteur que tu dois être irréprochable, bien au contraire. Dans Ferré, il n’y a pas que sa musique qui me touche… Je souhaite à tout le monde de vivre sa vie, car c’est rocambolesque, c’est un vrai roman.
- On sent vraiment bien que c’est ton mentor…
Mon père a tenu à me faire écouter Ferré quand j’étais ado et je ne suis pas rentré. Je me souviens parfaitement de mon grand frère mettant une compilation sur K7 audio et, dedans, il y a la chanson « Richard ».
Richard, je l’ai vu alors, il était devant le bar, je lui ai dit « Richard, ça va ? ». Il m’a répondu « je suis avec moi et moi », face au miroir… Je me suis vu dans ce bar, j’ai tremblé, j’avais vraiment l’impression qu’il était à côté de moi. Et, grâce à ça, j’ai pu écouter le reste… Aujourd’hui, j’essaye d’éduquer mon fils (sourire)… C’est génial parce que je corresponds avec la famille de Ferré, je m’aperçois que c’est quelqu’un qui n’a aucune chapelle : il a joué du rock avec les Zoo (NDLR groupe de rock progressif français de 1969 à 1975), il a joué seul au piano, il a dirigé des orchestres… Je pense qu’aujourd’hui, Ferré ferait du rap, mais avec les plus grands rappeurs du monde qui viendraient expérimenter le truc avec lui… On a cette chance d’avoir été les contemporains de Ferré, et je suis sûr que quand on écrira l’histoire de la musique dans 300 ans, il y aura Beethoven, Mozart et Ferré…
- On espère Cali aussi !
Oui, évidemment ! (rires)
- En tout cas, merci infiniment Cali pour ce « réveil » et cet éveil ensemble.
Avec plaisir, cette ballade m’a vraiment plu !
- À très vite sur la route et encore bravo pour ce magnifique album !
Merci, je te le redis, mais cela me touche beaucoup beaucoup.
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