[Live] Cabourg, Mon Amour 2017

La cinquième édition du festival Cabourg, Mon Amour s’est déroulée du 28 au 30 juillet derniers. Chaque année, l’événement parachève le mois d’un peu plus de 2 000 festivaliers. Riverains curieux et amateurs de musique alternative y viennent pour apprécier l’équilibre que s’efforcent d’instaurer les programmateurs (Premier Amour et Super!), entre nouvelles têtes et artistes plus cotés, entre groupes anglo-saxons et scène française. Les pieds dans le sable et la capuche de vareuse dans le caractéristique vent de l’Ouest, on a pu s’enivrer de l’énergie dégagée par toutes les strates de la scène indépendante actuelle. Cette année, nous avons choisi de nous mêler au bouillonnement des deux derniers jours (samedi 29 et dimanche 30) savamment orchestrés par la fougue de Fishbach, la synth pop espiègle d’Agar Agar, la pop volatile de Cigarettes After Sex, le funk fiévreux des Australiens de Parcels et bien d’autres.

Polo & Pan © Simon Gosselin

Samedi 29 juillet

L’année dernière, les vingt-cinq minutes de marche qui relient le camping des festivaliers au site du festival n’avaient jamais réussi à nous dépourvoir de notre enthousiasme. Cette année, notre sentiment d’autosatisfaction est d’autant plus grand lorsqu’on finit par atteindre le bout de la promenade Marcel Proust, théâtre de cette petite parenthèse sportive, puisqu’en effet, on aura passé le trajet à goûter aux plaisirs de la quasi-tempête de sable.

© Simon Gosselin

À l’heure où l’on arrive, le site ne nous est pas encore accessible et l’on aperçoit encore quelques bénévoles balayer les empreintes festives de la veille. La plage est déjà investie par des festivaliers venus s’échauffer gratuitement devant les DJ sets programmés dans le cadre de « La Baignade », nouveauté introduite sur cette édition. Piège à garçon, SURL et Chevaliers Play (qui s’avèrent être deux des principaux producteurs de l’événement et les deux chefs d’orchestre de Super!) sont de la partie et nous plongent déjà dans une ambiance solaire qui se prolongera jusqu’à la fin de la journée. Nous voici parés.

Pendant que les DJ sets s’achèvent sous un soleil encore tapant, les premiers festivaliers présents finissent boîtes de taboulé et gobelets de rouge pour former le début de la file d’attente. Lorsque l’on pénètre enfin sur le site, on découvre une nouvelle disposition des scènes par rapport à l’année précédente. La scène de la Plage, qui accueille la plupart des artistes électro, fait maintenant complètement face à la mer. On s’y dirige pour aller assister au set du chanteur français Tim Dup, que nous connaissons seulement de nom. Seul et accompagné de son piano, le cadre environnant de la scène semble avoir été créé pour lui. On découvre un jeune homme à la voix fragile et hardie à la fois, mais le lyrisme de ses paroles ne nous galvanisera pas tellement.

Le soleil s’efface au fur et à mesure que la plage gagne en effervescence. Si certains préfèrent déguster leur pinte allongés dans le sable, d’autres festivaliers s’adonnent aux plaisirs simples du repérage de 33 tours chez Balades Sonores ou des frites de pois chiches. On opte pour la dernière option non sans scepticisme et l’on court se placer devant la scène de la Dune pour assister au set de Cigarettes After Sex, un des groupes les plus attendus de cette édition. Les quatre garçons nous offrent un set très (trop ?) paisible, au point que l’espace qu’ils occupent nous semble même être un peu trop vaste par rapport au caractère introspectif de leur musique. On en gardera un souvenir mitigé et l’on ne sera pas les seuls.

Sur la plage, on atterrit face aux Parisiens d’Agar Agar, très attendus eux aussi. La chanteuse de rock garage qu’est Clara Cappagli (avec son groupe Cannery Terror) n’éprouve pas la moindre peine à investir la totalité de la scène, malgré la relative petitesse de cette dernière, et nous fait vibrer de sa voix énergique et énergisante. Concentré derrière son synthétiseur, Armand Bultheel sourit discrètement à sa camarade et à la foule. Les deux musiciens semblent être les chefs d’orchestre de cette atmosphère électrique qui atteint son paroxysme au moment où retentissent les premières notes de « Prettiest Virgin ».

Agar Agar © Simon Gosselin

Seconde découverte de notre journée après Tim Dup : la jeune Bretonne SÔNGE, programmée sur la scène de la Dune. Son mélange d’électro et de R’n’B forme un ensemble onirique qu’elle finira par orner du son cristallin d’un mini sanza (xylophone africain miniature) sur sa dernière chanson. Moment charmant : La jeune femme fête son anniversaire et les festivaliers se sont visiblement fait passer le mot.

Le soleil se couche sur Cabourg, bon nombre de festivaliers précautionneux commencent d’ores et déjà à se parer de leur laine en attendant les derniers sets de la soirée. Lescop sera le dernier artiste de la journée à investir la scène de la Dune. La pop sombre de Mathieu Peudupin semble parfaitement en phase avec cette soudaine baisse de température. Le chanteur, lui, n’a pas froid : habité par l’énergie qu’on lui connaît, il enchaîne les titres de « Echo » et de son premier album éponyme.

Lescop © Simon Gosselin

La journée se clôt sur les sets de Jacques Greene et de Lone et se prolonge au casino de la ville réquisitionné par les organisateurs pour les plus intrépides d’entre nous.


Dimanche 30 juillet

Le dimanche s’annonçait déjà comme étant la journée la plus excitante des trois jours. Les portes ouvrent plus tôt et au même titre que les années précédentes, on se doute que la foule festivalière ne pointera réellement le bout de son nez qu’à partir de 16 heures, le temps de récupérer des excès de la veille. On arrive sur le site aux alentours de 15 heures afin d’assister à notre premier set « découverte » : Nilüfer Yanya. Toute de blanc vêtue, la très jeune Londonienne, qui n’a rien à envier à King Krule, nous offrira la beauté de sa soul vaporeuse.

Un mouvement de foule se dirige vers la grande scène, prête à accueillir les cinq Australiens de Parcels. Les cris d’excitation fusent lorsque les techniciens installent le visuel scénique du groupe : un simple « PARCELS » en lettres colorées. On se plaira plus tard à apprécier la simplicité qui se dégage de ces cinq adolescents dans l’âme qui maîtrisent pourtant leurs instruments avec une aisance presque déroutante. Le groupe est ravi d’être là et, à l’instar de tous les artistes qui ont foulé et qui fouleront la scène sur laquelle il se trouve, évoque la beauté du cadre qui l’accueille aujourd’hui. Le guitariste profite de cet aparté pour se lancer dans une succession de blagues ésotériques qui nous feront quand même sourire. Les musiciens enchaînent leurs tubes face à une foule en transe et concluent proprement, laissant sur leur faim certains fans capricieux qui espéraient un rappel.

Après cet épisode funky, on part se ravitailler en panisse et mets divers, histoire de résister aux prochaines heures qui nous attendent. On ne peut pas s’empêcher d’avoir une pensée pour les bénévoles du bar de la Dune qui doivent survivre au raz-de-marée humain qui s’abat systématiquement sur eux à la fin du passage d’une tête d’affiche.

Parcels © Simon Gosselin

Vers 18 heures, le très sympathique Loyle Carner arrive sur scène accompagné de son acolyte/meilleur ami affecté au lancement des instrumentales. On avait découvert le rappeur lors de son passage au Badaboum en février dernier : décidément, on ne se lasse pas de ce rap moderne et old school à la fois. Le froid et la pluie ne réfrènent pas la foule, celle-ci est particulièrement réceptive (un foulard sera jeté sur scène en offrande au performeur) et Loyle, visiblement ému, évoque la gentillesse du public français qu’il qualifie comme étant l’un des meilleurs.

Après une pause bien méritée, on se félicite de la pensée judicieuse qui nous a poussés à nous parer du salvateur combo pull/ciré. On rejoint les festivaliers qui tentent de se réchauffer devant le DJ set cosmopolite de Pablo Valentino avant de nous repositionner devant la grande scène pour assister au concert de Fishbach. On aperçoit Michelle Blades, bassiste de l’artiste en question, en pleine discussion avec le bassiste de Parcels, elle est notre signal : lorsqu’elle disparaît, on sait que l’arrivée de son amie sur scène est imminente. Flora Fischbach finit par apparaître, entourée de ses trois musiciens. Ses morceaux sont d’une douceur glacée, et sa maturité musicale, qui contribue indéniablement à sa prestance scénique, nous enchantera jusqu’à la fin.

Le festival s’achève sur les plus qu’attendus Polo & Pan. Deux toiles géantes sont situées de part et d’autre des deux artistes et semblent vouloir nous happer dans leur univers cosmique. De leurs voix vocodées, ils nous inviteront d’ailleurs à prendre place au sein de leur vaisseau pour la dernière partie de leur voyage interstellaire. Leurs deux chanteuses/danseuses (Victoria Lafaurie et Marguerite Bartherotte), enveloppées dans des kimonos flamboyants, semblent infatigables et synchronisent mouvements et chant avec une dextérité presque robotique. Le public est en ébullition et se lancera dans des pogos religieusement effectués au rythme des basses.


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