Rencontre avec Cabadzi

A l’ombre du coin presse de Terres du Son. Juste avant de monter sur scène, deux Cabadzi nous ont parlé de leur musique. Quinze minutes pour nous raconter leur album et leurs concerts. Du cirque un petit peu, de politique un petit peu moins. De ce qui viendra après, dans quelques mois, et de ce qui est venu ce soir-là, sur la scène. Digère, recrache, leurs paroles sont viscérales.

Cabadzi

  • Tout bête, mais essentiel : comment vous vous présenteriez ?

Lulu : On est quatre. Vikto au beatbox, moi à la voix, à l’écriture, au chant quoi. Camille au violoncelle et Jo à la guitare et aux cuivres.

  • Et dans tout ça Cabadzi, ça vient d’où ?

Vikto : Ça vient de notre vie d’avant.

Lulu : Euhhh non, c’est juste parce que ça sonne.

Vikto : A la base c’était une compagnie de cirque et c’est une abréviation, un peu pourrie, de cabaret bizarre.

  • Justement, vous venez du cirque. Venir au chant et à la musique, c’est une transition naturelle ou y a-t-il eu un truc particulier ?

Lulu : C’est pas naturel du tout…

Vikto : Ben en même temps, ça s’est fait dans le cours des choses.

Lulu : C’est surtout qu’un des artistes avec qui on bossait est parti dans une grosse compagnie canadienne. Du coup, on s’est retrouvé sans trop pouvoir jouer ce spectacle.

Vikto : Dans le spectacle, il y avait quand même déjà une partie musicale qui était assumée par nous deux. On jouait aussi la comédie sur scène.

  • La comédie c’est quelque chose qui vous semble important, aujourd’hui, quand vous faites un concert ?

Lulu : On se dit quitte à faire de la scène, autant essayer de l’habiter et de ne pas être un groupe qui fait la gueule. C’est peut-être plus facile pour nous, parce qu’on a eu cette expérience avant.

  • Vous avez plus ou moins deux univers : hip-hop et musique plus instrumentale, acoustique. Comment se passe la rencontre ?

Vikto : Les deux côtés, au final, s’aiment bien l’un et l’autre. C’est un plaisir énorme de rencontrer des gens qui font des cordes, de la guitare. Tu joues avec eux et c’est super sympa. J’ai toujours eu l’impression de « Wouaah, c’est trop bien mec, tu joues avec des vrais musiciens ». Eux, pareil, maintenant ils se disent « Wouaah, on joue de la musique amplifiée ».

Lulu : Après il faut se méfier aussi, car le morceau qui nous a fait connaître l’année dernière, c’est « Lâchons-les ». C’est un des morceaux les plus acoustiques de l’album. Pour le moment, on est le groupe de ce morceau, même si le reste du set est un peu, beaucoup plus couillu…

  • C’est un peu une déception que ça soit ce titre qui soit sorti du lot ?

Lulu : Non, il y a toujours un titre. Même si en tant que créateur, tu as envie que les gens comprennent le tout, le projet de l’album. C’est évidemment ton but, mais ça n’arrive jamais.

  • Pour en revenir aux univers, lors de la composition, il y en a un qui prend le dessus ? 

Vikto : Il n’y a pas vraiment de loi. A la base, ça dépend de qui a amené la ligne mélodique. Il y en a un qui amène et les autres se greffent dessus, de manière un peu anarchique.

Lulu : C’est en fonction de chaque morceau, de chaque moment. Mais c’est vrai c’est très anarchique. Là on maquette le prochain, hier on enregistrait un morceau, au début on se dit « il n’y a pas de basse » alors on trouve des lignes… ça vient comme ça.

Vikto : A la base, c’était une ballade et il finit en rock bien méchant. C’est une progression commune ; même si c’est anarchique, on avance tous ensemble. On est d’accord à un moment ou un autre.

Cabadzi
Crédit photo : Charlène Biju
  • Et vous marchez à l’instinct ? Vous sentez, au premier jet, le morceau qui va sortir du lot ?

Lulu : C’est toujours compliqué comme question…

Vikto : Il y a aussi le cas inverse, où on va s’enthousiasmer à mort et puis on réécoute le lendemain et c’est bidon. Et à partir de ce moment-là, c’est mort. Parfois, on s’entête pendant trois jours, pendant 8h par jour, « on va changer ça, et puis ça » et puis au final tu n’y arrives pas et tu jettes.

Lulu : Parfois tu t’entêtes et ça va marcher. Parfois tu t’entêtes et ça ne marche pas. Il y a zéro règle et c’est ça qui est horrible. Il n’y a pas de recette, il y a une histoire. Chaque morceau a son histoire. Enfin, en tout cas, il ne faut pas fantasmer et quantifier ces choses-là. Car entre le moment où il est sur une galette, bien arrangé comme on veut, et le moment où il y a les trois premiers accords, il va se passer des mois. Rien que techniquement aussi, car il faut être en studio.

  • Vous avez fait un morceau avec Jeanne Cherhal. Travailler avec d’autres artistes, c’est une chose que vous plait ?

Vikto : Ah ouais. Dans l’absolu j’aimerai bien faire plein de trucs avec d’autres groupes.

Lulu : Oui, on aimerait vraiment faire plein de trucs avec des gens. On en a fait pas mal dans le passé, mais ces derniers temps un peu moins. Ça enrichit, ça met en danger, c’est une prise de risque. C’est toujours positif.

  • Justement si ce soir, quelqu’un de la programmation devait vous rejoindre sur scène, vous penserez à qui ? 

Lulu : IAM, bien sûr.

Vikto : Ah oui carrément. Shurik’n même. Si un jour il me dit : « tu ne veux pas poser un beatbox sur mon flow », ahhhh putain. Pour moi c’est le meilleur rappeur en France. J’ai toujours surkiffé sa voix.

  • Du coup, vos références sont clairement hip-hop ?

Lulu : Non pas forcément. Tu vois, Skunk Anansie, c’est une meuf que j’aime vraiment.

Vikto : Concrete Knives, aussi on aime bien. Kavinski aussi, mais en soirée, bourré… Non mais, sérieusement, il a fait des morceaux terribles.

Lulu : Non, il a fait un seul morceau terrible.

  • Vous êtes en tournée, alors, quand on compose un album, la finalité c’est la scène ?
Cabadzi
Crédit photo : Charlène Biju

Lulu : Le but final, c’est que ça marche !

Vikto : C’est que ça plaise. Que le mec qui écoute se dise « Oh purée ».

Lulu : Il faut que les gens kiffent comme nous on kiffe le faire. Après c’est vrai on gagne notre vie grâce à la scène. Donc oui, c’est une finalité !

Vikto : Le but du jeu c’est quand même de pouvoir le transposer à la scène. Même si on n’y pense pas au moment de la composition, ça vient après.

  • Vous me parliez d’un morceau enregistré hier, vous êtes en pleine composition d’un nouvel album ? 

Vikto : Oui, on maquette dur !

Lulu : Il sortira courant 2014. Il sera différent. Sûrement un peu plus rock. Au niveau des textes, je vais chercher ailleurs aussi. Un peu moins social, un peu moins frontal.

  • Donc un flow moins incisif ?

Lulu : Le flow ne m’a jamais vraiment intéressé. Enfin techniquement. J’ai envie d’y mettre du sens. Alors forcément, quand tu veux mettre du sens, tu vas obligatoirement dans quelque chose de plus politisé.  Mais c’est aussi un poids, l’écriture engagée commence à me soûler. J’ai l’impression que les gens ne font pas l’effort. Ils ne vont pas au fond du truc, ils voient juste un morceau. Puis la plupart des textes sont sur l’incohérence de l’engagement et pas forcément sur l’engagement, mais ça les gens ne le voient pas. C’est pour ça que j’ai envie d’aller plus loin. Plus loin mais plus finement.

  • Merci Vikto et Lulu et bon concert !

La scène les appelle. L’interview se finira de cette façon.

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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes