[EP] Bumpkin Island – Home Work #1

Pas besoin d’une durée trop longue pour dépasser toutes les espérances : Bumpkin Island frappe fort avec trois titres vénéneux et impressionnants de diversité harmonique.

Bumpkin Island - Home Work 1

La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les Rennais de Bumpkin Island. Pendant que d’autres s’enfermeraient dans une pop trop réductrice, le collectif, lui, ne choisit aucune facilité dans ses créations ; au contraire, « Home Work #1 » donne plus l’impression d’un besoin inévitable de maîtriser chaque mesure, chaque note, chaque arrangement. Mais surtout, de faire évoluer jusqu’à l’extrême limite des morceaux dans lesquels l’ennui ne se fait jamais entendre, brassant les genres avec une fougue salvatrice et un besoin d’exulter musicalement qui traumatise l’auditeur. Entre dérives rock et jazzy, fureur contenue et choeurs susurrés, l’entité multicéphale, au lieu de prendre ses distances, creuse tant et plus dans les tourbes fertiles de l’art, sans cesser une seule seconde de surprendre chacun de nous.

Grandir pour se mesurer à l’inspiration : le défi semble sommaire, mais se doit d’être parfaitement assimilé et compris avant de se voir proposé au public. Ainsi, « Until We Grow Up » nous entraîne sur des chemins en apparence balisés : une pop chargée de choeurs et voix se répondant les uns aux autres, avant de nous plonger dans un tourment rock aérien inouï et imprévisible, chargé d’émotion et de cuivres bientôt entonnés face à des guitares post-rock subtiles et obsédantes. Prolongeant ces tonalités grisâtres en les unissant à des mélopées électros cachant un blues affectueux et confortable, « Decency » est une respiration au milieu d’un tumulte savant et inoubliable, à la croisée de routes sur lesquelles chaque musicien marque le pas et rejoint les autres, avec pudeur et un incroyable désir d’en découdre et de trouver sa place. Et comme si le rêve qui se déroule devant nous ne revêtait pas encore le rythme qui lui était dû, le décalage des percussions de « Cold Blood », introduction à la sueur d’un final autant intimiste qu’immédiatement débridé et libéré, ne laisse jamais une seule seconde deviner l’impact que cet EP va avoir, longtemps, très longtemps.

Et la boucle de se voir bouclée de main de maître par les chants et murmures du désir et du songe ; les échos encore fiévreux de l’introduction se confrontent aux chuchotements d’un final en forme de point d’interrogation et d’orgue, nous laissant exsangues et en quête de repères pour mieux identifier ce qui vient de se produire. « Home Work #1 » est plus qu’une simple synthèse des capacités d’un groupe hors du commun ; c’est bel et bien un confident, le témoin d’expériences sensorielles que tous ses créateurs ont pu éprouver afin de les lier les unes aux autres tout au long de trois titres savoureux et marquants, denses et uniques. Soigné et sans temps mort, il devient le réceptacle d’une multitude d’impressions, tant visuelles qu’auditives, qui parcourent nos corps fébriles et y injectent une adrénaline tétanisante et bienveillante. D’une cohérence étonnante, l’EP ouvre les frontières de l’invisible, microcosmes fous de lieux inexplorés et de jouissances émotionnelles latentes. De celles qui attendaient, patiemment, d’être récoltées avec délicatesse et talent par des compositeurs que rien ne semble pouvoir arrêter ; et que l’on ne peut plus cesser d’admirer et d’attendre.

crédit : Lise Gaudaire
crédit : Lise Gaudaire

Trois titres qui frappent fort autant qu’ils caressent. Une chose est sûre : cette délicate morsure laissera sur nous une cicatrice discrète que l’on chérira pour toujours.

« Home Work #1 » de Bumpkin Island est disponible depuis le 22 décembre 2014 chez Les Disques Normal.


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