[Live] BRUIT ≤ et Arnaud Fournier, incandescence sonore au Ferrailleur

Dans la moiteur d’un Ferrailleur bondé, alors que l’automne renaissant impose sa douce mélancolie sur l’île de Nantes, une soirée furieusement amplifiée a fait trembler les murs et les âmes. Entre le noise rock expérimental d’Arnaud Fournier et l’épopée post-rock incandescente de BRUIT ≤, le public nantais a assisté à une messe sonore d’une rare intensité. Récit d’une nuit de fulgurances.

Bruit ≤ © fred lombard
BRUIT ≤ © Fred Lombard

Arnaud Fournier : labyrinthe noise et transe chamanique

La soirée s’est ouverte sur une proposition aussi déroutante qu’exigeante. Seul sur scène, pour sa première date en solo depuis la longue page Hint, Arnaud Fournier (également connu pour son activisme au sein de La Phaze) nous a conviés à une incursion énigmatique dans les recoins les plus sombres de son esprit. Armé de sa guitare, de sa trompette et de ses machines, l’artiste a sculpté une matière sonore brute, un noise rock cryptique et tourmenté, où les bourdonnements électriques et les larsens stridents dessinent les contours d’un univers aussi personnel qu’absorbant.

Entre des fulgurances noise aux accents jazzy et des boucles hypnotiques évoquant une transe saharienne, le set d’Arnaud Fournier s’est révélé être une expérience immersive. On s’est laissé happer par cette matière noire, ce puzzle sonore complexe qui prendra toute sa dimension avec la sortie de son album 100% Black Puzzle, attendu pour le 17 octobre prochain sur le prestigieux label Ici d’Ailleurs. Une mise en bouche parfaite, radicale et sans concession.


BRUIT ≤ : Le post-rock comme une utopie militante

Après cette plongée dans les limbes, la scène s’est reconfigurée pour accueillir BRUIT ≤. Venu défendre leur magistral nouvel album The Age of Ephemerality, sorti le 25 avril dernier, le quatuor toulousain a offert bien plus qu’un concert : une véritable épopée sonore, un manifeste poétique et politique.

Dès les premières notes, la magie opère. La formation, composée de Clément Libes (basse, violon, synthé), Julien Aoufi (batterie), Luc Blanchot (violoncelle) et Théophile Antolinos (guitare), déploie une musique d’une puissance et d’une beauté saisissantes. Leur post-rock, dense et profondément incarné, est une architecture sonore vertigineuse, capable de passer de moments suspendus, éthérés et d’une douceur poignante, à des cataclysmes cycliques d’une technicité foudroyante. Le public, hypnotisé comme le fut le groupe par le set d’Arnaud, a pu découvrir pour cette troisième date de la tournée un nouvel élément scénique : des projections vidéo mêlant extraits documentaires et animations, venant sublimer une musique déjà incroyablement évocatrice.

Visiblement émus de jouer pour la première fois dans cette salle et de recevoir un tel accueil, les membres de BRUIT ≤ ont partagé leur vision. « Mettre plein de mots sur une musique sans paroles », voilà leur défi. Un défi relevé avec brio, tant leur son est porteur de sens. Loin des plateformes de streaming par conviction, le groupe réaffirme l’importance du live, ce moment où « le travail devient réel ». Leur musique est une vague d’espoir au milieu du chaos, un cri militant qui se connecte aux enjeux mondiaux. On croit entendre le chant des baleines, un appel à bâtir un futur utopique face aux dystopies devenues notre quotidien. C’est une musique puissante, conquérante, bouillonnante et d’une générosité folle.

En rappel, BRUIT ≤ a asséné un « The Machine is Burning » d’anthologie, synthèse théâtrale, orchestrale et ravageuse de leur union parfaite entre néoclassique érudit et post-rock tellurique. Une dernière déflagration pour clore une soirée qui restera gravée dans les mémoires.


Retrouvez Arnaud Fournier sur :
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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques