[EP] Born Idiot – Coco Trip

On avait laissé les troublions de Born Idiot avec un album tantôt rock, tantôt pop avec quelques accents psychés par-là, quelques accords de septième par ici. « Afterschool » était une introduction ambitieuse à ce projet créé par Lucas Benmahammed, qui avait décidé de sauter la case EP, à laquelle se frotte pourtant la majorité des groupes émergents. Mais force est de constater que ces idiots sont bornés, et ne veulent rien faire comme les autres, car, dans l’attente d’un second album, déjà en préparation, les Rennais nous gratifient d’un premier EP, qui marque une certaine progression dans l’univers du groupe, et annonce la couleur quant à l’avenir de ce quintet vitaminé.

Nous avons donc cinq titres pour jauger l’évolution de ce groupe de chill pop dont les influences se retrouvent beaucoup de l’autre côté de l’Atlantique, avec des artistes comme l’incontournable Mac DeMarco, qui a fait bon nombre d’émules parmi les musiciens du monde en entier. Toutefois, lorsque l’on prête une oreille attentive à sa musique, Born Idiot laisse entrevoir des influences plus vastes, qui vont de la bossa nova de João Gilberto à la musique psyché aux cadences infernales de King Gizzard & the Lizard Wizard.

Ainsi, cet EP commence fort, avec l’estival et jovial morceau (presque) éponyme, accompagné de sa fantasque vidéo où les musiciens et leur fidèle ingé son se sont grimés et y vont volontiers de quelques singeries dans un clip où l’abus de noix de coco semble dangereux pour la santé. On entame cet EP in medias res, sans intro, sans fade in, les guitares résonnent d’ores et déjà, la batterie se fait martiale, la basse groovy à souhait et le synthé discret, liant le tout, et apportant un peu de profondeur au mix.

Puis vient la voix de Lucas, au ton mélancolique, expiant quelques pensées anxiogènes par le truchement de ses textes et revendiquant son droit à la solitude. C’est une des marques de fabrique du groupe ; des chansons joyeuses pour des textes transpirant le spleen d’une génération désœuvrée, en mal de sens existentiel. On sent alors la pression monter jusqu’à ce refrain exutoire que l’on se voit déjà chantonner tout l’été tant il est imparable. La ligne de chant, doublée par le synthé est d’une grande efficacité, et l’on finit ce premier morceau avec cette même rengaine coincée dans notre esprit pour le reste de la journée (ou plus si affinité).

On enchaîne avec un titre qui tranche d’emblée avec le rythme marqué, et les gammes majeures plus promptes à l’optimisme de « Lonely Coco Trip ». « Crush » est un titre plus sombre que l’on verrait bien en bande-son d’un polar, figurant un héros torturé, tant la langueur est palpable au-delà du récurrent vague à l’âme scripturaire des Rennais.

Pour les morceaux qui suivent, Born Idiot nous embarque derechef vers des tonalités plus enjouées, avec les deux morceaux que le groupe a déjà bien étrennés en live : « Sunday in the Street » et « Buried Child ». On y retrouve alors tous les ingrédients qui fonctionnent chez les Bretons, et observés dans leur précédent opus, à savoir, des accords de septième, un renfort d’énergie et une forme d’insouciance juvénile dans la composition, accompagnée de paroles parfois graves ou exprimant un certain ennui. En prime, le mélomane saura y trouver quelques passages instrumentaux montrant toute la dextérité de musiciens, laissant ainsi présager les compétences scéniques d’un groupe qui se défend aussi bien en live qu’en studio.

crédit : Lucas Martin

Enfin, cet EP se conclut de la plus belle des manières, avec une somptueuse ballade, où l’on retrouve la voix suave et sensuelle de Flore Benguigui, chanteuse de L’Impératrice. On fond allégrement face à ce méli-mélo de douceur, cet enchevêtrement du timbre nicotinique de Lucas et de la mélopée lénifiante susurrée par Flore. On quitte alors le quintet rennais sur cette délicate ode à la sensibilité qui nous laissera, là encore, cette agréable berceuse qu’est le refrain de « Pictures » dans la tête pour un moment. C’est non sans un certain plaisir que nous fredonnerons alors cette duveteuse comptine qui nous permet de patienter jusqu’à la sortie d’un second d’album, dans la quiétude la plus totale.

« Coco Trip » de Born Idiot est disponible depuis le 8 mars 2019 chez Gum Club et Kuroneko.


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