Actif depuis plus de 15 ans et fier de cinq premiers albums lui ayant permis de se forger une réputation largement méritée et de tourner avec des groupes aussi prestigieux que Mono ou Cult Of Luna, Blueneck revient après deux ans d’absence avec « The Outpost », album enregistré dans l’urgence mais dont la maturité et la puissance rock à la fois mélodique et frénétique en fait l’un des disques les plus originaux et précieux de l’année, tous genres confondus. Une renaissance pour le collectif, qui a su trouver de nouvelles marques sur lesquelles imprimer ses chansons chargées de spleen et de rage.

Là où il avait fallu quatre longues années pour enfanter leur effort précédent, le magnifique « King Nine », les Anglais de Blueneck se sont accordés un laps de temps beaucoup plus restreint – si l’on peut dire – de 18 mois pour lui offrir un digne successeur, « The Outpost », qui nous est aujourd’hui proposé. Et il faut admettre que cette recherche de l’absolu au sein d’une rapidité de composition et d’un souci d’immédiateté, qui se ressentent à chaque détour du disque, valait largement le pari, osé et volontaire, du groupe. Au final, ce sixième LP prend aux tripes dès ses premiers accords, entraînant l’auditeur dans des espaces à la fois ouverts et clos, introspectifs et observateurs. Un rêve éveillé entre post-rock et pop, sans pour autant perdre une marque de fabrique qui fait sa renommée depuis si longtemps. Mais « The Outpost » est autre, chargé de hargne et de mélancolie, alternant le silence et la fureur avec une précision irréprochable. Un disque rare, précieux et immense.
Cette colère inhérente, on la retrouve dans l’explosion centrale de « From Beyond », ouverture en forme de pont entre passé et présent. Car le reste de l’album se veut beaucoup plus ténébreux, voire mystique, en ne laissant jamais entrevoir le moindre indice quant aux événements sur le point de se produire. « Ghost » est un interlude électro-pop inattendu, tandis que « Hypnos » laisse à chaque instrument sa place dans un maelström entre post-rock et ambient, sans structure précise ou particulière, voire dans une totale improvisation. Calmant les esprits avec « Rats In The Wall » et le synthétique « Glades », Blueneck n’en oublie jamais pour autant ses racines électriques, lâchant la bride pour une cavalcade au soleil couchant avec « The White Ship ». Mais le virage artistique voulu par les Bristoliens se dévoile au travers de deux ultimes titres à la beauté fulgurante, « Hive » et « Other Gods », synthèses parfaites du désir croissant pour nos musiciens de chercher, dans les nappes de claviers et les envolées guitaristiques et rythmiques, une rédemption que l’on attendait avec impatience, autant qu’un regard neuf vers de nouveaux horizons.
« The Outpost » devient, au terme de 48 minutes de tumulte et d’apaisement, ce poste de garde solitaire, loin de tout et de tous mais pourtant stratégique. Appelant aussi bien à l’isolement et à la solitude qu’à l’ouverture aux autres âmes perdues qui auront décidé de fréquenter ces lieux froids et brumeux, il nous guide dans les moments de peine et de doute, changeant régulièrement de visage sans pour autant nous effrayer une seule seconde. Car on s’y sent bien, comme dans un refuge isolé au milieu de nulle part, mais où la volonté de se retrouver devient plus forte seconde après seconde. La bande-son idéale pour nos esprits tourmentés et en quête constante de réponses ; Blueneck nous en dédie une de l’ordre du sacré et de l’inoubliable, qu’il ne faut surtout pas manquer, tant sa pureté est conséquente et vivifiante. Avec quelques larmes, malgré tout ; de joie et de soulagement, évidemment.

« The Outpost » de Blueneck est disponible depuis le 25 novembre 2016 chez Denovali Records.