[LP] Blaenavon -That’s Your Lot

Mélangeant les atmosphères dans un maelström sonore à la fois fascinant et riche, Blaenavon signe un album flirtant aussi bien du côté de l’ambient que de la pop et du rock, insufflant à chacune de ses compositions une évolution dramaturgique puissante et d’une beauté à couper le souffle. Un plaisir mélancolique qui nous émeut, mais prouve avant tout que le trio cherche autant à surprendre qu’à pousser ses ambitions harmoniques le plus loin possible, pour notre plus grand plaisir.

Difficile de définir tous les sentiments contradictoires qui nous traversent à l’écoute de « That’s Your Lot », disque aux senteurs musicales aussi enivrantes qu’âcres que nous offre les Anglais de Blaenavon. En effet, tout ici a l’air de sortir d’un rêve innocent, transmet cette phase de semi-coma entre le sommeil et l’éveil, tandis que les bribes de songes profonds sont encore inscrites dans notre subconscient et que nous ouvrons les yeux, la lumière du jour nous rappelant à la réalité. Sauf que l’onirisme que nous avons traversé pendant notre repos ne va pas nous lâcher, loin s’en faut ; il va nous poursuivre, nous hanter, changer nos regards sur le monde qui nous entoure. La force intègre et fédératrice, ce tourbillon de souvenirs embrumés qui, malgré tout, demeurent en totale harmonie avec le changement intérieur qui s’opère en nous, psychiquement et viscéralement. Ni rock, ni pop, mais avant tout superbe et proposant une vision artistique totalement inédite, le présent ici délivré par Blaenavon grave ses intentions dans le marbre du spirituel agissant sur le corporel. Un antidote à la fatalité.

Déni primordial d’une quelconque facilité mélodique, le souffreteux « Take Care » s’unit à la puissance narrative et rythmée de « Let’s Pray » pour démontrer la grandeur d’âme de nos trois compositeurs. Une alternance de mots, de sons, de bruits acoustiques ou électriques sur lesquels les effets se font discrets mais nécessaires (« Let Me See What Happens Next », d’une beauté sidérante), unis par les liens sacrés du spleen avec d’autres créatures plus énergiques et électriques, amenant à l’ensemble une cohérence sonore et verbale indéfectible (« My Bark Is Your Bite », ou la noirceur foudroyante de « I Will Be The World »). Entre ivresse et sagesse, « That’s Your Lot » oppose la sincérité d’un discours toujours à vif à la vacuité cérébrale qui nous permet parfois de souffler, de respirer, de nous retrouver. Conjuguer ces deux aspects d’un seul et même être peut paraître impossible ; pourtant, le fabuleux diptyque « Alice Come Home »/ »Swans », complainte entre dépression et espoir, résume à lui seul cette histoire de rédemption et de regrets, que l’on observe avant de traverser l’écran et de trouver notre place au sein de la scène qui se jouait, quelques instants auparavant, sur le drap blanc de nos fantasmes et désillusions.

Si le ciel et l’enfer devaient se croiser au hasard de leurs chemins, ce serait autour du feu de camp allumé par Blaenavon avec cet opus tantôt narcotique, tantôt empli d’une vérité artistique rare et étonnante. Une lumière dans le combat que notre âme se livre chaque jour à elle-même, répondant à la science et à la connaissance de soi en contant les mésaventures et expériences de tout un chacun. C’est notre lot, après tout ; autant l’accepter comme tel. Mais, dorénavant, il n’est plus un fardeau ; il demeure bel et bien le moteur d’une nouvelle machine humaine qui fonctionne, enfin, à plein régime.

« That’s Your Lot » de Blaenavon est disponible depuis le 7 avril 2017 chez Transgressive / [PIAS].


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