[LP] Black Casino and the Ghost – Until The Water Runs Clear

Imposant avec douceur et intelligence une musique hors du temps et venant d’un ailleurs totalement inédit, Black Casino and the Ghost nous offre un disque éthéré et aux multiples visages, entre pop aérienne et folk ambré.

Black Casino And The Ghost - Until The Water Runs Clear

Comment décrire la musique des Londoniens de Black Casino and the Ghost sans sombrer dans la définition gratuite et réductrice ? Une question que l’on est en droit de se poser en découvrant leur nouvel album, « Until The Water Runs Clear », phénomène intemporel et superbe, comme venu d’une autre planète où la musique est la sève de l’existence. Alors, un projet extraterrestre ? On répondra facilement par l’affirmative, tant ces mélopées semblent issues d’un imaginaire intarissable, dépassant toutes les connaissances du vivant et de l’existence. Ni pop, ni rock, ni folk ; il faudrait parvenir à trouver une nouvelle définition, tant espérée et ici personnifiée, pour introduire l’auditeur à un art à part, indécent et tendre. Un romantisme entre lumière et ténèbres, si tant est que cela soit possible et ne réduise pas ce LP à de simples mots.

Aucune tendance ne vient étouffer l’autre, mais plutôt l’étoffer. De la délicatesse magnifique de pistes sur lesquelles on glisse comme sur la plus sensible des vagues (The Pool, Tarjeteros) à des passages psychédéliques plus matures (Soul Mall), le groupe ne se contente pas d’ancrer ses compositions dans des carcans bien définis ; il les surmonte et les embellit, au fur et à mesure d’une progression allant parfois vers l’abysse, parfois vers la clarté d’un ciel cependant toujours menaçant. Et quand les guitares se lâchent (Veggie Tarantula), accompagnées d’instants plus mathématiques et pulsés (Mr Puppeteer), elles englobent la totalité du cerveau de l’auditeur, l’enserrant dans une chape de poussière et de grisaille. Sans pour autant l’abandonner sur des landes désertes, car le réchauffant sur des titres plus sereins et sublimes (Bitter Beast, Cassiopea), pour mieux l’égarer dans ces tunnels où la clarté devient une bénédiction.

Chacun se retrouve ainsi maître de l’univers si particulier de cette entité qui ne se soucie d’aucune norme ; et grand bien lui fasse, d’ailleurs. Car apprivoiser la musique de Black Casino and the Ghost revient à profiter d’un voyage atmosphérique aussi puissant que superbe, jamais lassant mais, au contraire, éveillant les sens lors d’un éveil à la mélodie comme on en a rarement vécu. Les impressions s’enchaînent et se bousculent devant ces tableaux d’une exposition où tous sont invités, contemplant ces esquisses où les couleurs primaires s’unissent et dessinent les contours obscurs de figures impressionnistes et abstraites. Les dessins sonores s’animent, se suivent et ne se ressemblent pas. Baissant notre garde devant eux, nous pénétrons alors au sein même de la création, du fusain qui, peu à peu, nous intègre dans ce chef-d’œuvre inconnu et passionnant. Indispensable et doux-amer, là où l’eau devient enfin plus claire, ce schéma narratif, cette musique de chambre noire nous éprouvent et nous bercent, pour mieux nous posséder. Magique, chimérique et onirique.

Black Casino And The Ghost

Un disque qui bouleverse les codes et joue avec nos âmes ; une véritable matière malléable et éternelle, qui nous hante et nous transcende.

« Until The Water Runs Clear » de Black Casino and the Ghost est disponible depuis le 16 novembre 2015 chez Lucky Machete Records.


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