Black Casino and The Ghost, rencontre au cœur du brouillard londonien

Black Casino and The Ghost est un groupe londonien fascinant formé autour de la charmante vocaliste et pianiste Elisa Zoot et du guitariste Ariel Lerner.
Suite à une mise en lumière par Rod du Hiboo à travers deux sessions lives capturées dans leur repère à Londres, j’ai entrepris de les contacter à la fois pour réaliser une interview en leur compagnie et leur proposer de participer au onzième épisode de notre compilation we are indie. Vous vous doutez bien sûr de la suite ; BCATG a répondu positivement à mes deux propositions.
Je vous invite donc maintenant à faire la rencontre du jeune quatuor londonien à travers la parole donnée à ses deux membres fondateurs.

Découvrez également après l’interview en français, l’originale en anglais.

Photo : Agnes Jones
  • Bonjour Black Casino and The Ghost, comment allez-vous ?

Salut !  Nous allons très bien, merci. Merci de nous recevoir et de nous faire figurer sur votre compilation !

  • Qui a eu l’idée du nom du groupe ?

Z : L’idée du nom du groupe est venue de nos premiers mois de vie à Londres.
Nous nous sentions assez aliénés, comme des fantômes épiant des joueurs de casino dans un coin.

  • Vous vivez à Londres. Quelle est la particularité de cette ville ? Est-ce une partie intégrante de votre musique ?

A : Notre musique entretient une relation très proche avec cette ville. Vous ne pouvez pas éviter d’être inspiré par le brouillard sombre et l’atmosphère chargée d’histoire, mélangé au bruit assourdissant de la folle fourmilière créée par le mouvement de cette foule tout excitée… Chaque individu est dans une recherche incessante de quelque chose dans un mouvement instable et tonitruant.
Il y a des coins très sombres dans cette ville, et même les lieux les plus éclairés, lumineux, dans les espaces de verdures et les parcs les plus colorés ont quelque chose d’un glauque profondément mélancolique et prêt à exploser. Nous aimons cela !

Z : Londres et l’Angleterre ont influencé en grande partie notre musique.
J’ai grandi en Italie d’une mère Anglaise, et chaque été – étant enfant – j’attendais avec impatience de m’envoler des rues de Rome aux vapeurs fumantes pour la campagne anglaise (la New Forest et la côte jurassique), et j’y avais à chaque fois l’impression de me retrouver. Les paysages sauvages sont une véritable part de qui je suis, tout comme le sont mon excessif contrôle de soi et mon amour du whisky.
Aussi, j’ai grandi en écoutant de la musique anglaise (Pink Floyd, Radiohead) qui m’a influencé bien évidemment.

  • Black Casino and The Ghost existe depuis 2010, quelles ont été les grandes étapes de l’évolution de votre projet ?

Z : Nous avons démarré ce projet en tant que duo ; Ariel et moi écrivions les arrangements et produisions tout par nous-mêmes et seulement dans une étape suivante nous avons intégré d’autres musiciens à ce projet. C’est ainsi que nous avons travaillé sur notre première sortie, l’EP Falling into pieces.
Ce projet est maintenant devenu un groupe complet, avec l’arrivée de notre batteur Paul Winter-Hart et de notre bassiste Gary Kilminster, en décembre dernier.
Le son est devenu bien plus live, et l’écriture a évolué dans cette direction.
Nous aimons cette nouvelle étape au sein de ce projet, c’est très organique et inspirant, et cela crée un équilibre plus sain entre la volonté de capter l’énergie brute d’une chanson et notre passion pour le studio d’enregistrement éloigné de toute autre chose.
« Wolf is howling » est notre premier morceau en tant que groupe au complet. Nous avons vraiment aimé l’enregistrer ensemble et l’énergie de l’enregistrement live.

  • Vous avez donc sorti un premier EP en novembre 2011 intitulé « Falling into pieces ». Comment pouvez-vous me décrire ce premier disque ?

« Falling into pieces » est notre première réalisation, un mélange de rock alternatif, de western spaghetti, de musique psychédélique et punk, je pense. C’est en quelque sorte une présentation brève de qui nous sommes. Comme le titre le suggère, quand nous étions en phase d’écriture, nous traversions une période assez turbulente dans nos vies.
Comme nous l’avons mentionné plus tôt, nous venions d’arriver à Londres, nous étions épuisés et très stressés, et cet EP est une photographie assez fidèle de ce que nous avions en face de nos yeux à l’époque : une énorme salade caléidoscope d’émotions.

Le parcours a été difficile et s’installer n’a pas été simple, mais la musique nous a vraiment aidés à trouver un endroit où on se sente bien. Nous avons autoproduit cet EP du début à la fin dans notre studio dans le nord de Londres, en entassant les violoncellistes et les joueurs de cuivres dans notre cabine vocale de deux mètres carré… c’était très amusant !

  • Avez-vous un lieu privilégie pour l’écriture de vos chansons ? Un lieu idéal pour enregistrer ?

A : Notre studio au nord de Londres est le lieu de naissance de bon nombre de nos chansons. Il est situé dans un bâtiment atelier, où durant la journée vous pouvez croiser des photographes, des artisans du bois, des fabricants de harpes et des pâtissiers… mais la nuit c’est un autre monde.
C’est absolument calme et tranquille. Une forteresse solitaire au milieu de la violence, et des règlements de comptes à la dure du nord de Londres.
L’inspiration vient directement, sans avoir besoin de l’appeler ou des rituels bizarres ou des choses du genre… C’est un lieu idéal.

Z : …et ça ressemble un peu à Gotham City.
Alors bien sûr, parfois des chansons ne veulent pas attendre d’être dans le studio pour se révéler… avec moi, elles semblent aimer les douches et les éviers de cuisine. Laver des trucs semble être une activité créative prolifique pour une raison que j’ignore.

Photo : Neil Anderson
  • Prévoyez-vous de sortir un album après cet EP ?

Nous allons sortir notre premier album d’ici la fin de l’année, après l’été. Nous sommes en train de finaliser les dernières chansons du disque actuellement et le single est déjà prêt !

  • Vous êtes très connectés sur le web, avec un site, une page facebook active, un compte twitter, une page bandcamp… Pensez-vous qu’internet soit devenu indispensable pour se faire remarquer en tant que groupe ?

Nous avons toujours été très actifs sur le net et toujours partant pour l’utiliser. C’est un instrument génial pour entrer en contact avec d’autres artistes, des studios, des directeurs, des photographes, etc.
Ça nous permet de présenter notre projet très efficacement, autour du monde, à n’importe quel moment, et découvrir un tas de personnes et d’idées créatives.
Cela dit, en ce qui concerne la connexion entre les artistes et le public, nous aimons vraiment le mystère qui entourait les groupes par le passé. Nous avons un peu de nostalgie pour les albums sans visage qui vous font voyager (nous sommes un peu à l’ancienne dans ce sens).
En tant qu’amateurs de musique, nous apprécions la distinction entre le monde créé avec l’art, et les gens qui l’ont créé. On aime que les coulisses restent mystérieuses.
Cela offre à notre imaginaire bien plus de liberté quand nous plongeons dans un album.
La culture de l’internet moderne tue ce mystère et cette poésie ; vous pouvez en apprendre davantage sur la couleur de caca matinal d’un musicien via Instagram. Et ce n’est pas très poétique. Trouver le bon équilibre est difficile.

  • Votre musique parle d’isolation, de désorientation et de luxure. Pourquoi avez-vous été porté vers ces sujets ?

Ces sujets nous ont choisis (rire).
C’est en partie comme nous l’avons mentionné auparavant que nous nous sentions un peu désorientés au moment où nous avons composé l’EP.
Alors bien sûr, une grand part de celui-ci pourrait laisser croire que nous sommes de vieux cons grincheux et misanthropes.

  • Que pouvez-vous me dire au sujet de votre label Lucky Machete? Est-ce le label de votre groupe ?

Lucky Machete, c’est notre propre label. Son existence a été permise grâce aux personnes qui ont cru en son existence et en notre musique. C’est un peu comme une petite famille.

  • Avez-vous déjà joué à l’extérieur ou prévoyez-vous de jouer ailleurs pour faire découvrir votre musique, aux Français particulièrement ?

Nous n’avons jamais joué à l’étranger avec ce projet pour l’instant, mais nous avons hâte !! Un de nos buts dans un futur proche est vraiment de partir en tournée à travers l’Europe, et la France sera certainement être un lieu idéal pour la démarrer !
Elisa revient tout juste d’un concert incroyable à l’Olympia où elle faisait la première partie de Roger Daltry, en assurant les chœurs pour une incroyable chanteuse, Juju Sophie, de l’excellent groupe d’Oxford ; Little Fish (allez voir ce qu’ils font si vous ne connaissez pas !). Elle a hâte de revenir en France où elle a passé un moment incroyable.

  • Quelles sont vos derniers albums et films coups de cœur ? Ont-ils une influence quelconque sur votre propre musique ?

Dernièrement, en sortie musicale récente, nous avons écouté Villagers (ce type est un génie), Last Shadow Puppets (pas si récent, mais excellent) et aussi les Black Keys et Seasick Steve. Nous aimons la manière par laquelle ces gars ont amené le blues dans le nouveau millénaire (ce que Jack White a fait d’une manière formidable). Je pense que chaque chose que tu écoutes, tu l’absorbes d’une façon parfois très inconsciente.
Parfois tu es inspiré par le simple son que tu entends sur un disque ou juste un air, ou un texte…
Pour les films, nous avons adoré « The Wrestler », « District 9″,  » Père Noël Origines » était fou, et nous attendons avec impatience « Bilbo le Hobbit » (quand va-t-il sortir ?)

  • Merci infiniment et à très bientôt !

Merci encore de nous avons invité ! Bonne continuation à vous !

blackcasinoandtheghost.com
facebook.com/blackcasinoandtheghost



Photo : Agnes Jones

  • Hello Black Casino and The Ghost, how are you ?

Hi! We are very well thanks. Thanks for having us and for featuring our track on your compilation!

  • Who got the idea of the band name?

Z: The idea of the band name came from our first few months living in London. We were feeling pretty alienated, like ghosts watching gamblers from a corner in a casino. (laugh)

  • You live in London. What is special about this city? Is it a part of your music?

A: Our music has a very close relationship with the city. You can’t avoid getting inspired by the foggy, dark and history-full atmosphere , mixed with the constant white noise created by the crazy « ant like » mass movement of a huge impatient crowed… Every individual in an incessant search of something , forming as a multitude a thunderous and unstabilysing movement .
There are some very dark corners in this city and even the brightest spots, in the greenest and most colorful parks ,reserve somewhat melancholic, thunderbolt ready and deeply gloomy. We like that!

Z: London and England in general have definitely influenced our music a lot. I (Zoot) was raised in Italy by a British mother, and every summer -as a kid- I would fly from the steaming hot streets of Rome to the English countryside (the New Forest and the Jurassic coast).
I felt like I was finding myself, every single time.
The wild landscapes are a massive part of who I am, as is the excessive self control and love of whiskey. (laugh)  Also, I grew up listening to British music (Pink Floyd, Radiohead) so that’s influenced me too of course.

  • Black Casino and The Ghost exists since 2010, what were the main stages of evolution of your project so far?

Z: The project has started as a duo, Ariel and I were writing arranging and producing everything ourselves and only involving additional musicians at a later stage. This is how we have worked on our first release, the Falling into pieces EP.
The project has now turned into a full band, with the arrival of drummer Paul Winter-Hart and bass player Gary Kilminster, last December.
The sound has become much more live, and the songwriting has evolved accordingly. We are loving this new stage of the project, it feels very organic and inspiring and it creates a healthier balance between trying to capture the raw energy of a song and our passion for being in the recording studio working away on things for ever.  « Wolf is howling » is our first release as a full band. We really enjoyed recording it together and the energy of live tracking.

  • So you released an EP in November 2011: « Falling into pieces ». What can you tell me about this first disc?

« Falling into pieces » was our first release, a mix of alternative rock, spaghetti western, psychedelic and punk, I guess. It was a sort of brief presentation of who we were.
As the title track suggests, when we wrote it we were going through a pretty turbulent period in our lives (laugh).
As I mentioned before, we had just moved to London, we were of course broke and very stressed, and the EP is a pretty faithful photograph of what we had in front of our eyes at the time: a massive, kaleidoscopic salad of emotions. It has been a tough journey and settling down hasn’t been easy, but the music has definitely helped us find our comfortable place.
We produced the EP ourselves from  start to end in our North London studio, cramming cellists and brass players in a 2X1m vocal booth… it’s been fun!

  • Do you have a privileged place for writing your songs? A ideal place for recording?

A: Our studio in north London is the birth place of many of our songs. It is located in a very busy workshop building, where during the day you find, photographers, wood workers, harp builders, and cake makers…but at night it’s a different world. Its totally quiet and untroubled.
A lonely stronghold in the violent , nasty gangland part of North London .
Inspiration comes directly without need to call for it or evoke it with funny rituals or such… It becomes the ideal place.

Z: …and it looks a bit like Gotham City. Then of course sometimes songs won’t wait for you to be in the studio to reveal themselves… with me they seem to like showers and kitchen sinks. Washing up stuff seems to be a creatively prolific activity for some reason.

  • Have you already planned to release an album after this EP?

We will release our first full length recording later this year, after the summer. We are completing the new album songs at the moment and the single is ready to go!

  • You are highly connected on the net, with a website, an active facebook page, a twitter account, a bandcamp page… Do you think that the Internet has become essential to get noticed as a band?

We have always been very active online and very fond of using the net. Is it a great instrument to connect with other artists, studios, directors, photographers etc.
It allows you to present your project very quickly, all over the world, at any time, and to come across a lot of great creative people & ideas.
This said, for what regards the connection between artists & audience, we still like the mystery that used to surround bands in the past. We have a bit of nostalgia for faceless albums that take you places (we’re a bit old fashioned in that sense).
As music listeners, we seem to like the distinction between the world that is created with art, and the people that  created it. We like what’s behind the scenes to stay behind the scenes. This allows us and our imagination to have more freedom as we dive into an album. The modern internet culture kills that mystery and its poetry, you can learn about the colour of a musician’s poo by their Instagrammed morning trip to the toilet. And that’s not very poetic. It’s difficult to find the right balance.

  • Your music is about isolation, disorientation, lust. Why did you choose to write about these topics?

These topics chose us (laugh)
Part of the reason is that, like I mentioned before, we felt a bit disorientated at the time when we were writing the EP. Then of course a big part of it is that we are misanthropic, grumpy old farts.

  • Can you tell me something about your label Lucky Machete? Is it your band label?

Lucky Machete is our own label. Its existence has been allowed by the people who believed in it and in our music. It’s a bit like a small family.

Photo : Rod / Le Hiboo
  • Have you ever played abroad or are you planning to play there to show your music to the French in particular?

We have not played abroad with this project yet, but we can’t wait!! One of our goals for the very near future is definitely to tour around Europe, and France would be certainly a fantastic place to start from!
Elisa just came back from an unbelievable gig at the Paris Olympia supporting Roger Daltry where she backed incredible singer Juju Sophie from the amazing Oxford band Little Fish (check them out if you don’t know them!) She can’t wait to come back to France where she had an incredible time.

  • What are your latest favorites music and film? Do they have some influence on your own music?

Lately , as for new music, we’ve been listening to the Villagers (that guy is a genius), Last Shadow Puppets (Not very recent but great) and also to the  Black Keys and Seasick Steve. We love the way those guys bring the blues to the new millennium (something Jack White has done in an incredible way).
I think everything you listen to , you absorb in a way, usually in a very unconscious way.. Sometimes you get inspired by a single sound you hear on records or just a vibe, or a lyric…
As for films we loved « The Wrestler » , « District 9 »,  « Rare exports : a Christmas tale » was crazy and are looking forward with impatience to « The Hobbit » (When is it out?)

  • Thank you very much and see you soon!

Thanks again for having us! All the best!

blackcasinoandtheghost.com
facebook.com/blackcasinoandtheghost

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