[LP] BirdPen – In The Company of Imaginary Friends

La réussite d’un grand album ne tient-elle pas finalement à l’émotion inédite qu’il procure ? Celle qu’on ne trouve pas ailleurs, qui fournit des sensations au-delà du sensible, des frissons au-delà de leur caractère physique, quand l’harmonie des textes et des mélodies dépasse le perceptible pour atteindre les sphères de l’inexplicable. Quand l’émotion devient panoramique et vertigineuse.

BirdPen - In The Company of Imaginary Friends

« You can’t run, You can’t hide, you can’t dance, you can’t smile, you can’t breathe… » (Like A Mountain). Ainsi commence l’expérience du nouvel album de BirdPen, projet initié dès 2003 par Dave Pen (Archive) et Mike Bird.

Douze ans après leurs débuts, « In The Company of Imaginary Friends » vient apporter une nouvelle preuve du talent de composition et d’écriture des deux virtuoses anglais, édifiant au fil de l’écoute une architecture si imposante qu’elle s’envolerait au-delà des cieux ; un arbre aux bourgeonnements permanents, une fleur à l’éclosion infinie.

Derrière son caractère solennel, presque austère, le projet est parcouru d’une tension vive, électrique et sidérante qui nous lie avec force à sa narration haletante et fascinante, dont la clé réside autant dans la posture vocale de Dave Pen que dans le travail instrumental industriel et brumeux du duo (Tcttya).

Entre cavalcades et escalades, chaque piste gagne en intensité, en puissance, en conviction au fil des minutes. Tout est affaire d’attente, aussi plaisante soit-elle, pour accéder au meilleur des titres, quand les voix et les instruments prennent leur plus bel envol, leur plus grande impulsion (« Into The Backlight » et son final post-rock monumental, l’abyssal « Somewhere », la furie « Alive » ou la tempête « Lifeline »).

Véritable concentré de puissance émotionnelle, l’œuvre de Dave Pen et Mike Bird s’offre également quelques moments de perdition et d’abandon (« Lost It » et « Cell Song »), venant apporter un caractère solennel et gracieux à ces instants perdus.

Concluant leur troisième album sur l’époustouflant « Equal Parts Hope and Dread », nous resterons soufflés par l’impression d’un projet absolu défendu par BirdPen.

Comme l’exploration d’un tableau de M. C. Escher, en déroulant le fil invisible de son écoute, « In The Company of Imaginary Friends » nous fait perdre le sens des réalités, de la gravité et des axes, pour une expérience quadridimensionnelle inouïe, fourmillant de détails et de reliefs à ne plus savoir où donner de la tête.

crédit : Rahi Rezvani
crédit : Rahi Rezvani

Un disque brûlant, haletant et intense. Un baromètre en plein dérèglement climatique.

« In The Company of Imaginary Friends » de BirdPen est disponible depuis le 18 mai 2015 chez Jar Records.


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