[Interview] Big Wool

Big Wool est le fruit d’amitiés heureuses qui baignent dans la culture indé avec naturel, constance et une certaine tendresse depuis quelques mois déjà. Réunissant quelques jolis talents issus de maints projets rock et électro-pop angevins ou affiliés (Pony Pony Run Run, San Carol, VedeTT, Coco Grrrls…), cette jeune formation expérimentée nous emmène avec son premier album, à paraître chez Kütu Records début juin, dans les recoins d’une pop timidement orchestrale, nichée sur les hauteurs d’un post-rock, parfois folk, regardant vers l’international. Entretien avec son chanteur, Maxime Dobosz, passager et capitaine à bord de cette embarcation molletonnée, bientôt prête à se jeter dans le grand bain mouvementé des sorties.

  • Salut Maxime ! Avec San Carol, Death Gazer, Meteor et maintenant Big Wool, on peut te voir comme un collectionneur d’esthétiques musicales, un chercheur en quête perpétuelle de nouvelles aventures musicales, voire un essayiste de nouvelles tendances. Qu’est-ce qui fait que ta musique se réinvente au fil des mois, des saisons et des années ?

J’ai un constant besoin de créer, d’essayer de nouvelles choses sans pour autant être dans l’expérimentation pure et dure. J’ai besoin d’écrire et de jouer de la musique : c’est mon moyen d’expression le moins compliqué.

Par ailleurs, tu me connais en tant que boulimique de disques. Je pars tous les jours à la pêche de nouvelles découvertes sur internet ou dans la presse papier et numérique. Je pense que la diversité incite à se réinventer naturellement, car on a plus d’éléments de comparaison ou d’influences. On peut également se perdre assez facilement dans ses idées. J’ai, par exemple, une ou deux idées de nouveau projet ou groupe tous les jours ! Je manque un peu de temps et de talent pour tout faire malheureusement ! J’ai encore quelques années devant moi en théorie pour en faire un maximum.

C’est aussi un besoin de ne pas rester sur des acquis, de continuer à apprendre. J’ai toujours eu du mal à comprendre ces artistes monomaniaques qui font globalement le même disque toute leur vie. Ce n’est pas ma vision des choses. Par contre, je trouve cela très beau. C’est peut-être une sorte de quête de la perfection.

  • Le choix du nom « Big Wool » fait-il référence à un rapport à cette matière (la laine) et à ses multiples caractéristiques : la chaleur, la douceur, la matière, l’origine animale… ? Ou était-ce simplement parce qu’il sonnait bien à l’oreille ?

On voulait que le nom fasse sens avec la musique, mais également nous rappelle un souvenir partagé. Nous avons enregistré notre album en plein hiver au studio de l’île d’Amour à Angers ; une ancienne usine de traitement des eaux. Autant dire qu’il y fait froid en plein janvier. Je crois que cela se sent dans nos chansons.

  • Il y a un côté plus introspectif, plus personnel dans ce premier album. C’est le cas, ou juste une impression ?

Nous cherchons à faire une musique évocatrice plutôt que frontale. Nous n’hésitons pas à étirer les morceaux, faire parler les silences tant que cela nous permet de dire ce que l’on souhaite. L’introspection étant une notion très subjective, l’écriture de nos chansons est un processus assez long. Chaque membre du groupe doit se reconnaître dans la chanson, avoir quelque chose à y exprimer. Lorsque l’on tourne en rond, que cela ne plaît pas à l’un d’entre nous, on ne s’éternise pas et nous passons rapidement à autre chose.

Nous sommes dans une forme d’émotion brute. Dès lors que nous trouvons l’essence de ce que nous cherchons à exprimer, je crois que l’on fonce dans cette direction afin d’être le plus à vif possible. Nous n’avons pas une manière cynique du tout d’aborder notre musique, il faut clairement être sensible et à l’aise avec ses émotions pour l’apprécier à juste titre.

Sur un plan plus personnel, mon expression dans Big Wool est tout aussi introspective que dans mes autres projets : c’est simplement une autre manière de parler parfois des mêmes sujets. Je suis tout autant investi émotionnellement dans chacun des projets auquel je peux participer.

  • Peux-tu me parler des musiciens qui t’accompagnent dans ce nouveau projet : Baptistine Bariller aux violons, Guillaume Lecahain à la basse, Nicolas Zambon à la guitare et Vincent Lechevallier à la batterie ? Certains ne sont pas inconnus de la scène angevine, il me semble.

Big Wool est à l’initiative de Nicolas et Guillaume qui faisaient respectivement partie de VedeTT et Coco Grrrls. Ils cherchaient il y a quelques années un chanteur pour un groupe orienté shoegaze et dreampop et je suis arrivé à ce moment-là. C’était il y un peu plus de deux ans, je crois. Nous avons répété pendant un moment avec plusieurs batteurs et musiciens (dont Simon Sockeel qui joue dans Eagles Gift et La Houle) avant de nous figer peu avant d’entrer en studio. Vincent (qui joue, entre autres, dans Pony Pony Run Run) nous a rejoints quelques mois avant d’enregistrer et nous avons finalement rencontré Baptistine quand nous étions déjà en studio.

  • Ce premier album embrasse des influences majeures telles que Yo La Tengo ou Slowdive, voire Spiritualized et The Cure. L’enfant des 90’s que tu étais ne réalise-t-il pas, d’une certaine façon, le disque qu’il aurait rêvé de créer s’il avait eu 20 ans à cette époque ? Une sorte de « Big » (film familial de 1988 avec Tom Hanks dans le rôle-titre ou l’histoire d’un jeune garçon qui fait le vœu de grandir et se réveille le lendemain dans le corps d’un adulte) en version musicale ?

Beaucoup des albums qui nous lient au sein du groupe sont issus de ces années. Cependant, nous n’essayons pas d’imiter la musique de cette période, car à quoi bon faire toujours référence au passé.
Ceci dit, peut-être que cet album aurait eu plus de sens dans ces années où internet n’était qu’à ses balbutiements. À l’époque, la musique était plus compliquée à acquérir, on n’avait pas encore accès à cette librairie immense et gratuite qu’on trouve en ligne. Donc un album avait d’autant plus de sens qu’il allait être écouté entièrement et digéré sur une longue période. Est-ce que c’est positif ou pas ? Je ne sais franchement pas.
Pour reprendre le film dont tu parles, j’aurais rêvé avoir 20 ans dans les années 70 et ses studios dorés. Avoir les moyens de réaliser tout ce que tu veux sur un album sans limites de moyens, ce doit être une expérience incroyable.

  • Comment t’es-tu nourri de ces multiples références afin de composer ce premier album et de donner vie à ce nouveau projet ?

Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à boire du bon vin en écoutant des bons disques, en faisant découvrir de nouvelles choses aux uns aux autres. Même si la vie d’un groupe à ses moments compliqués, c’est comme un couple à plusieurs, nous sommes avant tout profondément amis et c’est le mélange de tout cela qui nourrit notre musique. Si Big Wool n’était qu’un groupe qui rabâche la musique de ses influences, nous ne serions qu’un bête exercice de style et je pense que notre musique n’aurait pas été très intéressante.

  • Il a de sacrées pépites musicales dans ce premier album éponyme, à l’instar d’« Always Gone Wrong », « The Fall » et de « She » ; des morceaux qui ont besoin nécessairement d’être appréciés dans leur complexité et dans leur durée intégrale, pour en saisir tous les aspects, tous les reliefs. Peut-on dire en cela que ce projet est moins « pop » que ceux auxquels tu t’étais attelé jusqu’ici ?

C’est étonnant, car selon les personnes, l’avis est vraiment différent. On m’a assez souvent dit que c’était mon projet le plus projet accessible (en comparaison à San Carol et Death Gazer). Il est nécessaire d’écouter le disque dans son entièreté et de manière plutôt attentive, mais j’ai envie de te dire que ça devrait être le cas pour n’importe quel disque finalement. Je pense qu’on a un peu trop tendance à consommer de la musique plutôt qu’à en écouter.

  • Tu viens de signer chez Kütu Records, vénérable label clermontois à tendance indie folk, connu pour avoir porté la carrière du jeune Zak Laughed, de Kim Novak, d’Evening Hymns ou des plus connus The Delano Orchestra. Comment la rencontre a-t-elle eu lieu et quels ont été les arguments qui ont pesé pour rejoindre leur catalogue ?

Je rêvais depuis les débuts de Kütu Records de sortir un disque chez eux. Ce que je peux apporter à Big Wool et nombre de groupes que j’écoute résultent de ce que m’ont apporté les sorties de ce label. J’ai été obsédé par les albums « Lonely Twin » d’Hospital Ships, « I See Mountains » de Leopold Skin et « Now That You Are Free My Beloved Love » de The Delano Orchestra. Certains de ces disques sautent quand je les mets dans l’autoradio tant je les ai écoutés.
Nous sommes entrés en contact il y a environ deux ans par l’intermédiaire de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand. Quand l’album de Big Wool fût prêt, je leur ai simplement proposé d’écouter le disque, ils m’ont proposé directement de le sortir. C’est une réelle consécration personnelle et aucun label français n’aurait été plus cohérent que Kütu à mon sens.

  • Ce premier album éponyme sort le 2 juin. Comment gères-tu cette attente ?

C’est un premier album : ce qui est stressant est de finalement passer inaperçu dans la masse de sorties hebdomadaires. On a quelques concerts qui arrivent, c’est ce qui nous occupe le plus l’esprit, en plus de l’écriture de nouveaux morceaux. En tout cas, nous avons hâte d’enfin lâcher cet album dans la nature. C’est l’aboutissement d’un long moment de travail.

  • Pour accompagner cette sortie physique, tu donneras, avec tes acolytes, trois concerts à Paris (le Pop-Up du Label le 2 juin), à Clermont-Ferrand (le 101, le 3 juin) et à Angers (le Joker’s Pub, le 7 juin). On a connu San Carol beaucoup plus rock, plus instinctif, plus intrépide sur scène. Doit-on alors s’attendre, avec Big Wool, à une nette évolution entre le disque et la scène ?

Les morceaux de San Carol naissent toujours en studio contrairement à Big Wool dont les chansons sont longtemps travaillées tous les cinq en répétitions. Attends-toi surtout à écouter de la belle musique jouée avec amour.

  • Un mot sur le troisième album de San Carol ?

Qui ?

  • Pour finir, peux-tu me présenter cinq de tes albums cultes ainsi que cinq sorties récentes, de ces derniers mois, qui t’ont particulièrement marqué ?

Du côté des classiques :

« Agaetis Byrjun » de Sigur Rós : c’est un chef d’œuvre qui me donne envie à chaque envie de fuir en direction de l’Islande.

« Either/Or » d’Elliott Smith : une écriture hors du commun, l’écouter est toujours expérience douloureuse.

« The Magnolia Electric Co. » de Songs: Ohia : un classique d’americana dans la pure lignée de Neil Young.

« Highs, Lows and Heavenly Bows » de Spectrum : mon album de rock psyché préféré. En général, ce que fait Sonic Boom est excellent de toute manière.

« What Color Is Love » de Terry Callier : c’est un disque que j’ai découvert assez récemment, car j’écoutais jusque-là assez peu de soul. C’est d’une beauté très rare.

En ce qui concerne les sorties récentes :

« Pure Comedy » de Father John Misty : il aime être détesté, déjà cela me plaît. De plus, sortir un album aussi ambitieux en 2017, je trouve ça fort.

« Oczy Mlody » de The Flaming Lips : un peu comme Misty, c’est devenu facile de taper sur les Flaming Lips. Il n’empêche que cet album est une tuerie. Oser bosser avec Miley Cyrus est une preuve d’ouverture d’esprit et d’intelligence folle, se réinventer constamment tout en restant fidèle à l’essence de ce qu’ils sont impose encore plus le respect.

« The Machine That Made Us » de Flotation Toy Warning : 13 ans après un des albums les plus singuliers des années 2000, les voici de retour au même endroit qu’en 2004. Toujours aussi bricolé et inspiré, parfait.

« Slowdive » de Slowdive : heureux qu’ils soient de retour, heureux que cela n’ait pas été pour gâcher leur légende.

« Los Angeles Police Department » de Los Angeles Police Department : un petit groupe découvert par hasard qui fait de la pop bien classique, mais superbement écrite, parfois un brin kitsch, mais jamais de mauvais goût. C’est à classer quelque part entre Hospital Ships et Perfume Genius.


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