[Interview] Big Eyes

Note for our readers : for the ENGLISH LANGUAGE VERSION of the interview, CLICK HERE.

Pendant 15 jours et à bord de son van, Big Eyes s’en va traverser le Midwest pour une tournée intense et propice à la présentation de son troisième album « Stake My Claim ». À cette occasion, Kait Eldridge, meneuse du groupe, revient sur ce projet qui, année après année, entre Seattle et Brooklyn, continue de mûrir et de s’assumer. Il sera alors question de la prise de temps, de la grande nécessité d’assumer ses sentiments et de garder le sens de la dérision.

crédit : Jesse Riggins
crédit : Jesse Riggins
  • « Stake My Claim » est ton troisième album. Trois ans se sont écoulés depuis le précédent. Pouvons-nous dire que « Stake My Claim » est un album plus réfléchi ?

Je pense que chaque album que nous avons sorti a été d’un niveau supérieur par rapport au précédent, car j’ai amélioré ma façon de chanter, de jouer de la guitare et d’écrire des chansons. Je pense que le contenu lyrique de « Stake My Claim » est également plus mature que les précédents albums. Principalement parce que je vieillis et que j’ai donc plus d’expériences de la vie.

  • Tu as pris ton temps pour enregistrer ce disque ? Comment ce choix a-t-il eu une réelle influence sur la production et le processus créatif ?

J’ai écrit les chansons sur l’ensemble de l’année 2014 et la première moitié de 2015. Nous avons travaillé les chansons une tonne de fois avant de les enregistrer. Sur nos albums précédents, nous les avions enregistrés dans l’urgence. Quelques-unes des chansons avaient même été achevées dans le studio lors des deux premiers albums. Pour « Stake My Claim », nous avons enregistré la batterie en octobre 2015 et puis tout le reste au cours des mois d’octobre, de novembre et de décembre. C’était sympa de ne pas se sentir pressé. Je pouvais enregistrer une voix un jour, puis, la semaine suivante, revenir en arrière et le refaire si je voulais. J’ai aussi eu plus de temps pour comprendre les mélodies vocales, les nappes de guitares, pour ajouter des percussions supplémentaires comme les tambourins et le cowbell. C’était vraiment sympa d’être en mesure de prendre notre temps sur cet aspect.

  • La pochette de l’album ne montre que ton visage, au lieu ton groupe et toi comme avant. Et puis, il y a le « My » de « Stake My Claim ». Est-ce un album plus introspectif, personnel et assumé ?

Big Eyes - Stake My Claim

J’ai toujours été la seule compositrice au sein de Big Eyes, mais j’avais l’habitude de me cacher derrière les membres du groupe. Je craignais d’être « à l’honneur ». Je suis devenue plus sûre de moi au cours des dernières années. J’ai aussi commencé à trouver l’idée de continuer à avoir le groupe en entier sur la couverture un peu ridicule, puisqu’il a un peu évolué au fil des ans.

  • À propos de ton album, tu as dit : « Choose Your Own Destiny! No Gods, No Masters! ». « Stake My Claim » est-il définitivement un album révolutionnaire ? Ou au moins un album au sujet de la liberté ?

C’est à propos de « trouver enfin confiance en moi » ! Je me suis mise en retrait pendant des années. J’ai toujours eu d’inopportunes angoisses et j’ai été une grande perfectionniste, ce qui peut te faire sentir faible. Ces qualités peuvent aussi profiter à d’autres, qui jouent sur tes sentiments d’insécurité, avec tes peurs. J’ai finalement tapé du poing et décidé de ne plus jamais me faire marcher dessus.

  • Tu sembles écrire tes textes comme des slogans : courts, vifs et facilement reconnaissables ? Et pourquoi ce choix ?

Je pense que les phrases franches et directes collent aux gens. Elles sont aussi assez vagues pour que tout le monde puisse se les approprier. Je veux juste garder les choses aussi simples que possible, sans que cela fasse trop ringard ou cliché !

  • Musicalement, comment a évolué Big Eyes pour atteindre ce qu’il est aujourd’hui ?

Je pense que nous avons toujours été un groupe agressif, mais de poppy (pop music), mais au cours des deux dernières années, nous sommes parvenus à un son un peu plus lourd, plus hard rock. J’ai écouté beaucoup de hard rock, de heavy metal et de glam rock les deux dernières années, et cela a permis d’améliorer le jeu de guitare et d’atteindre ce qu’il est aujourd’hui. Donc, il y a de la place pour quelque chose de plus rock !

  • Tu es la seule auteure dans Big Eyes, mais comment est composée la musique ?

Je fais des démos de beaucoup de chansons moi-même, et je les montre habituellement au groupe presque entièrement composé. Là, tout le monde ajoute ses propres parties, et nous travaillons en collaboration pour faire en sorte que la chanson soit la meilleure possible. Maintenant que nous avons deux guitaristes, Paul ajoute beaucoup d’ornements que je n’aurais jamais apportés de moi-même. Le duel de guitare optimise notre son et notre atmosphère !

  • Big Eyes, c’est toi avec des musiciens différents à chaque fois. Comment s’insèrent-ils dans le projet ?

L’ensemble des gens avec qui j’ai joué tout au long des années a laissé une empreinte sur Big Eyes. En particulier, les membres originaux, CJ Frederick à la batterie et Mark Bronzino à la basse. Big Eyes a toujours été mon « bébé », mais ces deux musiciens ont certainement apporté beaucoup au son et à l’ambiance initiale du groupe dès ses premiers jours, et depuis tout le reste est resté à peu près fidèle à ce son.

  • Pour « Stake My Claim », Big Eyes est passé de trois à quatre membres. Qu’est-ce que tu attendais de ce changement ?

L’album a en fait été enregistré alors que nous étions encore trois, et au moment où nous l’avons terminé, nous avons réalisé à quel point le son serait beaucoup plus complet avec un guitariste supplémentaire. Paul Ridenour a joué la basse sur l’album, mais maintenant il est à la guitare ! Avec Malcolm Donaldson à la basse, et Griffin Harrison à la batterie.

crédit : Ryan Muir
crédit : Ryan Muir
  • Dans tes vidéos et dans certains de tes messages sur les réseaux sociaux, il y a une grande place donnée à l’humour, à la folie et à la dérision. Pourquoi est-ce important ?

J’ai l’impression que c’est nécessaire de garder le sens de l’humour, même avec quelque chose que tu prends très au sérieux ! Les choses peuvent simplement devenir trop « précieuses » ou prétentieuses si tu ne les fais pas en t’amusant de toi-même et de ton entourage de temps en temps. J’ai grandi juste à l’extérieur de New York, et j’ai été entourée par un grand nombre de personnes qui disaient haut et fort ce qu’ils pensaient et cela permettait de savoir exactement ce qu’ils ressentaient, que ce soit la joie, la colère, la tristesse, etc. Pendant mon séjour à Seattle, j’ai trouvé que la principale préoccupation de beaucoup de personnes de la côte ouest était « Be cool, man. ». Je trouvais ça vraiment étrange et ça n’a pas fonctionné pour moi. Si je suis en colère à propos de quelque chose, ou si je me sens déprimée, je ne devrais pas avoir honte d’en parler. Tu ne peux pas agir comme si ces sentiments n’existaient pas. Si tu es contrarié, tu dois le dire ! C’est un non-sens complet d’agir à travers des comportements « passifs agressifs » (NDLR : des attitudes dites passives qui cachent un sentiment d’hostilité à l’égard d’autres personnes). Il n’y a rien de négatif à exprimer librement tes sentiments.

  • Dans la vidéo pour « Stake My Claim », le temps passe à l’envers : aujourd’hui, que ressens-tu quand tu regardes en arrière, depuis ton premier groupe ?

Depuis mes premiers groupes de lycée, il me semble que mes influences sont restées les mêmes pour Big Eyes. Elles se sont certainement ramifiées un peu, mais beaucoup de rock classique et de punk que j’écoutais au collège sont encore mes principales influences.

  • Vous partez en tournée pour la sortie de l’album. Si le compte est bon : 15 jours, 15 villes et 15 concerts. Il s’agit d’une tournée intense, non ?

Nous avons quelques longs trajets, mais j’espère qu’ils ne seront pas trop fous ! Nous essayons généralement d’avoir un jour ou deux de pause en tournée, mais j’aime le Midwest et il y a tellement d’endroits que nous voulions toucher… Donc, nous allons juste faire ça ! Il y a tellement de route, beaucoup de temps d’arrêt, et très peu d’espace personnel, alors jouer tous les soirs peut, en réalité, être très cathartique. Nous allons également nous assurer de rester hydratés, d’aller à la piscine et de manger assez sainement pour que nous ne perdions pas notre calme !

  • Est-ce que partager l’album avec ton public en tournée est un but, une délivrance ou toute autre chose ?

Nous avons joué beaucoup des nouvelles chansons dans nos concerts ces quelques derniers mois, donc je suis très heureuse que les gens soient en mesure de nous entendre jouer pour eux et de pouvoir enfin mettre la main sur le nouvel album !

  • Vous avez bougé entre Seattle et New York, la côte Ouest et la côte Est ont-elles une façon différente de faire et de sentir la musique ?

Je trouve que le public de la côte Est est généralement plus direct et agressif.

  • « Big Eyes » est aussi le titre d’une chanson de Lana Del Rey pour le film de Tim Burton : pourriez-vous faire une version rock de celui-ci ?

Ah, je ne l’ai jamais entendu cette chanson ! Je suppose que nous pourrions la reprendre. En fait, nous avons pris notre nom de groupe d’après une chanson de Cheap Trick appelée « Big Eyes ».

  • Il semble que l’une des spécificités des Français est que nous aimons parler de nous : que sais-tu de la France, de la musique française ?

Nous avons joué quelques spectacles en France sur notre tournée européenne en octobre 2013, et nous avons passé de très bons moments ! Paris était INCROYABLE ; nous avons joué avec Youth Avoiders à La Mécanique Ondulatoire, et c’était un de mes concerts préférés sur cette tournée. Nous avons également goûté la meilleure nourriture de la tournée à Marmande, mmmm… Et je suis triste de dire que je suis assez ignorante sur le sujet de la musique française, hormis Plastic Bertrand et Jordy, haha !

  • Ma dernière question ! Si demain je devais prendre un avion pour New York, où devrais-je aller pour passer une bonne soirée en écoutant de la musique punk et en buvant une bonne bière ?

Je dirais le Anchored Inn – c’est un grand bar punk, juste à côté de notre salle de répétition !


Retrouvez Big Eyes sur :
Site officielFacebookTwitter


ENGLISH

crédit : Jesse Riggins
crédit : Jesse Riggins
  • Stake My Claim” is your third album. Three years have passed since the previous one. Can we say that Stake My Claim” is a most mature record?

I think every record we have put out has been a step up from the previous one, because I’ve gotten better at singing, playing the guitar, and writing songs. I think that the lyrical content on “Stake My Claim” is more mature than the earlier albums as well. Mostly because I’m getting older and have more life experience.

  • You take your time to record this LP? How this choice has a real influence on the production and the creative process?

I wrote the songs over the entirety of 2014 and the first half of 2015. We practiced the songs a TON before we recorded. On our earlier albums, we kind of rushed into recording them. A few of the songs were even finished in the studio on the first two albums. For “Stake My Claim” we tracked the drums in October 2015 and tracked everything else over the months of October, November and December. It was nice to not feel rushed. I could record a vocal take one day, and then the following week go back and redo it if I wanted. I had more time to figure out vocal melodies, layer guitars, add additional percussion (tambourine and cowbell). It was really nice to be able to take our time on it.

  • The cover of your album shows only your face, instead of you and your band before. And what about the My” on Stake My Claim”. Is this a record more introspective, personal and assumed?

Big Eyes - Stake My Claim

I’ve always been the sole songwriter in Big Eyes, but I used to hide behind my band members. I was afraid of being “in the spotlight”. I’ve become more self-assured over the past few years. I also started to find the idea of continuing to have the full band on the cover a bit ridiculous, since the lineup has changed quite a bit over the years.

  • About your album, you said: Choose Your Own Destiny! No Gods, No Masters!”: Stake My Claim” is definitely a revolutionary album? Or at least an album about freedom?

It’s about finally finding my self-confidence! I had been holding myself back for years. I have always had bad anxiety and been a major perfectionist, which can lead to a low self-worth. Those qualities can also lend themselves to people taking advantage of your insecurities. I finally put my foot down and wasn’t going to be walked on anymore.

  • You seem to write your lyrics as slogans: short, sharp and easily recognizable. Isn’t it? And why this choice?

I think that bold and direct phrases stick out to people. They are also vague enough that anyone can relate to them in their own way. I just like to keep things as simple as possible without anything being too cheesy or overdone!

  • Musically, how has Big Eyes evolved to achieve what it is today?

I think we have always been an aggressive but poppy band, but over the last couple years, we have gotten a bit heavier, more hard rock. I’ve been listening to a lot of hard rock, heavy metal and glam the past couple years, and have gotten better at the guitar as well. So there is more room for more ROCKING!

  • You’re the only songwriter in Big Eyes, but how is the music composed?

I demo a lot of the songs by myself, and I usually bring them to the band almost fully formed. Everybody adds their own parts, and we work collaboratively to make sure the song is coming out the best it can be. Now that we have two guitar players, Paul adds a lot of flourishes that I would never have come up with myself. The dueling guitars really amp up our sound and vibe!

  • Big Eyes, it’s you with different musicians each time. How do they fit in the project?

All the people I have played with throughout the years have all left their imprint on Big Eyes. Especially the original lineup members, CJ Frederick (drums) and Mark Bronzino (bass). Big Eyes has always been my “baby,” but those two definitely added a lot to the initial sound and vibe of the band in the early days, and everything else since then has pretty much stayed true to that sound.

crédit : Jen Cray
crédit : Jen Cray
  • For Stake My Claim”, Big Eyes has increased from three to four members. What did you expect with this change?

The album was actually recorded while we were still a three piece, and by the time we finished it, we realized how much fuller we would sound with an additional guitarist. Paul Ridenour played bass on the album, but now plays guitar! Along with Malcolm Donaldson on bass, and Griffin Harrison on drums.

  • In your videos and in some of your posts on social networks, there is an important place for humor, madness and derision. Why is this important?

I feel like it’s important to keep a sense of humor, even with something that you take very seriously! Things can just become too “precious” or pretentious if you don’t make fun of yourself and your surroundings every once in a while. I grew up right outside New York City, and was surrounded by a lot of loud mouthed people who let you know exactly what they were feeling, whether it was joy, anger, sadness, etc. While I was in Seattle, I found a lot of people’s main concern on the west coast was to Be cool, man.” It just felt really bizarre and didn’t work for me. If I’m angry about something, or feeling depressed, I shouldn’t feel ashamed talking about it. You can’t just act as if those feelings don’t exist. If you’re upset, you should say it! I can’t deal with passive aggressive nonsense. There’s nothing negative about voicing your feelings.

  • In the video for Stake My Claim”, the time flows backwards: now, what do you feel when you look back, since your first band?

Even from my very first high school bands, I’ve found a lot of my influences have remained the same for Big Eyes. They have definitely branched out a bit, but a lot of the classic rock and punk I was into in middle school are still my main influences.

  • You are touring for the release of the album. If I cover the spread: 15 days, 15 cities and 15 concerts. It’s an intense tour, right?

We have a few long drives, but I’m hoping it won’t be too crazy! We usually try to stick in a day or two off on tour, but I love the Midwest and there are so many spots that we wanted to hit…. So we are just going for it! There’s so much driving, a lot of downtime, and very little personal space, so getting to play every night can actually be extremely cathartic. We will also make sure to stay hydrated, go swimming, and eat fairly healthy so we don’t lose our cool!

  • Is sharing the album with your public on tour a goal, a deliverance or anything else?

We have been playing a lot of these new songs in our live sets for the past few months, so I am very excited for people to be able to hear us play them and finally be able to grab the new album!

  • You have moved between Seattle and New York, do the West Coast and the East Coast have a different way of doing and feeling the music?

I find the East Coast to be generally more direct and aggressive.

  • Big Eyes” is also the title of a song by Lana del Rey for the Tim Burton movie: could you make a rock version of it?

Ha, I’ve never heard that song! I suppose we could. We are actually named after a Cheap Trick song called “Big Eyes.”

  • It appears that one of the specificities of the French people is that we like talking about us: so what do you know of France, of french music?

We played a few shows in France on our European tour back in October 2013, and had a really great time! Paris was AMAZING, we played with Youth Avoiders at La Mécanique Ondulatoire, and it was one of my favorite shows of that tour. We also had the best food of tour in Marmande, mmmm…  I am sad to say that I am fairly ignorant on the topic of French music besides for Plastic Bertrand and Jordy, haha!

  • My last question! If tomorrow I had to take a fly for NYC, where should I go for a good evening listening to punk music and drinking a tasty beer?

I would say the Anchored Inn – it’s a great punk bar, right by our practice space!


Connect with Big Eyes
Official websiteFacebookTwitter

Photo of author

Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes