[Live] Benjamin Booker au Grand Mix

J’avoue n’avoir jamais entendu parler de Benjamin Booker jusqu’à ce que je voie le clip de « Violent Shiver » projeté sur un mur du Grand Mix (bénie soit la salle pour cette idée géniale de projeter les clips des artistes à venir dans sa prog’ avant les concerts !). Ce morceau et son riff de guitare bluesy qui débouche sur une partition rock à souhait suffisait à me convaincre d’être présent au concert, sans pour autant connaître le répertoire de l’artiste, jeune prodige américain de 25 ans venu de la Nouvelle-Orléans.

C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que je pousse la porte du Grand Mix ce jeudi soir. Et ce n’est pas la prestation d’une grande banalité des Wild Smiles, en première partie, qui me permet de mieux cerner la tonalité de la soirée. Dans la salle, ce n’est pas l’affluence des grands jours, mais on devine un public connaisseur, qui préfère donc traîner du côté du bar en attendant le jeune phénomène de l’événement.

Ce qui frappe lorsque Benjamin Booker monte sur scène, c’est que le bonhomme n’est certes pas très grand mais que, sans rien faire, il dégage un charisme colossal. Il s’approche du bord de la scène et, d’un regard, transperce l’ensemble de la foule pour aller chercher les dernières personnes encore un peu bruyantes au bar, comme pour leur signifier : « Eh les mecs, je suis là, maintenant vous allez m’écouter ! ». Et sans qu’il n’ait rien dit, les mecs s’arrêtent de parler et écoutent.

Ce soir, le concert semble divisé en deux parties. Durant la première, Benjamin Booker ne décroche pas un mot. Lui et ses deux musiciens semblent à la fois faciles et concentrés derrière leurs instruments. Un peu en retrait, son bassiste envoie sans se faire remarquer, tandis qu’à l’opposé de la scène, le batteur, de trois-quarts face au public, s’agite tellement derrière ses fûts qu’à tout moment on le croit capable de rebondir à deux mètres au-dessus du sol. Booker est plus dans la veine de son bassiste, même s’il occupe un peu plus l’espace en se déplaçant sur scène. Yeux fermés la plupart du temps, on le voit vivre sa musique avec intensité. Durant un titre lourd et un peu poisseux, il se tortille tellement derrière sa guitare en la caressant qu’on en devient presque gêné – il y a quelque chose de sexuel dans ces déhanchements. Puis la danse prend une tournure un peu ridicule, presque vaudou.

On est captivé devant l’intensité à la fois rock et blues du show qui nous est livré, mais on se demande s’il ne manque pas un truc. Ça ne mériterait pas un peu d’échange avec le public, tout ça ? À peine a-t-on le temps d’y penser que Benjamin Booker lance à la foule en anglais : « Ça va ? Vous en voulez encore ?! ». Et l’audience de hurler de plaisir alors qu’on bascule dans la deuxième partie du concert, moins en contrôle et plus dans le partage.

Pendant un titre, l’homme s’arrête de chanter et harangue la foule : « Vous ne chantez pas ? Il est pourtant facile ce refrain ! Allez ! ». À la fin du morceau, il lance : « Je ne suis pas content, mais alors pas content du tout ! C’est quoi ce public ? Vous devriez avoir honte de vous, vous avez jusqu’à la fin du concert pour vous racheter ! ». Le public semble se demander un instant si le jeune homme est sérieux ou s’il plaisante, mais la provoc’ fonctionne à merveille. Après tout, on peut avouer que les spectateurs étaient jusque-là un peu trop sages face à une telle énergie sur scène. Et ils ne demandaient visiblement pas mieux que de se laisser sombrer dans un grand moment de rock’n’roll dans ce qu’il a de plus pur et de plus noble.

La performance de Benjamin Booker et de ses musiciens prend encore une autre dimension quand on sait que le groupe était en concert la veille au soir à Copenhague et que les gars sont partis de nuit, juste après leur show, pour faire les 12 heures de route qui les séparaient de la France. Bravo messieurs, des soirées comme ça, on en partage à nouveau avec vous quand vous voulez !


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