[LP] Benito & Birdy Earns – Reality Check

Entre Berlin et San Francisco, les producteurs Benito et Birdy Earns distillent leurs ADN au sein d’un split album chez Hylé Tapes. Au fil de l’écoute, ils accostent sur les rivages incertains d’une electronica abstraite, traversent des vibrations technoïdes et s’amourachent de soundscapes ambient, nous condamnant à suivre les chemins d’une musique où le corps et l’esprit sont en harmonie.

Benito et Birdy Earns - Reality Check
crédit : Richard Francés

Artisans d’une musique numérique aux influences dispersées, qui se rassemble aujourd’hui dans un opus commun se voyant facilement assimilé à l’IDM, Birdy Earns et Benito sont surtout deux pôles qui se conjuguent à merveille et font émerger un dancefloor sensible et harmonique. Distillant leurs tracks depuis plusieurs années sur différentes compiles, albums et EPs au sein de l’underground électronique, leurs projets se retrouvent sur des labels comme WTF IS SWAG ou SICKONASTY. Pour la petite histoire, ils se sont rencontrés il y a peu, en 2015 à Berlin, et ont décidé par la suite de réaliser un projet commun, s’envoyant une ribambelle de fichiers desquels jaillirait « Reality Check », un album-cassette savamment orchestré. La magie du web a opéré !

Dès les premières notes évanescentes de « Re.Surreal », nous entrons dans un espace où les nappes s’enchaînent plus qu’elles ne se superposent et se répondent en échos, avant de sombrer dans le silence et de retentir à nouveau. Leurs effluves numériques sont légers et fluets, s’articulant autour d’une série de beats feutrés, accueillant leur auditeur tout en douceur. Dès le second titre baptisé « Cellular Vortex », leur musique se densifie, utilisant les codes d’une techno minimaliste et lancinante, afin d’accrocher maintenant le corps en plus de l’esprit.

« Smoke Lights. Heavy Bright » retourne plonger tête la première dans une electronica ambiante et s’en suivra toujours la même logique, alternant les phases très physiques avec les mélodies cérébrales, travaillant aussi bien l’épure, comme sur « Berlin Dusk » que la richesse, avec les objets sonores farfelus et délicats de « Moody Blooming ». Mais leurs deux axes vont au-delà de la simple cohabitation et fusionnent sur des tracks comme sur « Getwellsoon » et ses rythmes breakés, afin de proposer une electronica qui fait siennes les prémices d’un genre, tout en parvenant à décliner sa propre personnalité sonore.

Benito et Birdy Earns - Reality Check

Si certaines collaborations ont, en principe, tout pour réussir et se crashent au final avec perte et fracas, cet album collaboratif, arrivé sans prévenir, a de quoi surprendre par tant d’efficacité, de maîtrise des codes de chaque influence et de technique dans l’agencement des sons. « Reality Check » noue un lien unique entre les textures et les harmonies, avec pour credo celui de ne jamais sombrer dans le chaos, parfois salvateur, mais souvent plus difficile d’écoute, d’une electronica avant-gardiste et intransigeante, qui se débarrasse complètement de ses atouts mélodiques. Dans notre époque saturée de mélodies cherchant l’évasion dans la danse et la transe, Benito et Birdy Earns nous livrent une bulle d’oxygène qui réconcilie les amateurs exigeants avec une électronique qui fait hocher la tête. Leurs secousses électroniques battent aussi bien dans la poitrine que dans la tête.

« Reality Check » de Benito et Birdy Earns, sortie le 26 août 2016 chez Hylé Tapes.


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Etienne Poiarez

Étudiant en master d’information-communication à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle. Éternel adepte de Massive Attack et passionné de cinéma, d'arts plastiques et de sorties culturelles.