Entre leurs balances et leur concert le soir même au Chabada en première partie de BB Brunes, les quatre musiciens de Bengale m’ont accordé un peu de leur temps pour me parler d’eux, de leur rapport à la scène pop française comme à la scène sans oublier d’aborder leurs projets : un premier album et plus encore !

- Bonjour Bengale, comment allez-vous ? C’est la première fois que vous venez à Angers ?
Oui, absolument. C’est une grande première. Et même pas que pour jouer, c’est la première fois tout court ! Et c’est cool !
Et je suis content, car il y a des groupes de rap mythique qui sont d’Angers comme Soul Choc et Méridien Ouest. Pour moi le meilleur rap indé de France.
- Je me suis un peu renseigné, les gars vous êtes de Bordeaux et Marine tu es de Caen.
Oui, c’est bien ça !
- Vous venez finalement de deux scènes qui aujourd’hui brillent au niveau de leurs artistes pop de Pendentif à Granville pour citer quelques noms.
Oui, c’est ce qu’on nous a déjà dit. Sauf qu’on n’a peu de choses à voir avec ces groupes-là. C’est des copains pour la plupart, des gens qu’on connait bien, mais au niveau du style, on n’a pas grand-chose à voir avec eux.
- Vous avez votre propre style… D’ailleurs, comment le définiriez-vous ?
Le hip-pop, c’est un bon consensus. Il y a un côté rap avec Mickaël, et pour un Marine un côté soul et funk. Du coup, on est comme la nouvelle génération de cette génération-là. On a un peu tout englouti, mais on n’a pas englouti que la pop française. On mélange la chanson française, la pop électro, le rock sur certains morceaux et le rap.
En gros, on a un fil conducteur et on fait au final pas mal de diagonales artistiques. Hip-pop, c’est pas mal donc !
- Vous êtes quatre musiciens dans le groupe aujourd’hui, vous étiez six auparavant. Écrivez-vous et composez-vous à quatre ou Bengale repose-t-il sur des têtes pensantes ?
Les deux têtes pensantes, c’est quand même Mickaël et Romain. On a la chance d’être voisins tous les deux et on se voit donc souvent.
Tous les jours, on bosse à la maison. Des fois, juste trois-quatre heures. Des fois, on ne parle même pas de musique, on en met juste et on se dit, ah tiens, qu’est-ce que tu penses de cette idée ?

- Y a-t-il des chefs dans Bengale ou c’est plutôt la démocratie qui règne au sein du groupe ?
Nous, on n’impose pas. Disons que par la force des choses, on n’est finalement que deux à composer parce qu’on est deux à la maison, à avoir le matos. Je pense que si Marine était à Bordeaux, elle participerait plus au truc.
Après Marine apporte des mélodies sur les nouvelles compositions, mais c’est vraiment aujourd’hui dû à l’aspect purement logistique, et donc géographique.
On a une vision assez précise du premier album, des morceaux et tout, et moi (Mickaël), j’ai eu une expérience ultra démocratique au sein de mon précédent groupe et le résultat n’était pas bien.
- Vous vous êtes fait connaitre avec votre titre « Dernier Tramway ». Quelle est l’histoire de ce morceau ?
L’histoire du morceau ? En fait, ça raconte l’accompagnement de fin de vie d’un ami à moi (Mickaël) qui a perdu son amie d’un cancer généralisé. Tout le champ lexical du tramway est un accompagnement imagé de façon poétique.
C’est un peu dans le même esprit que les Rita Mitsouko qui abordent la mort sur des thèmes dansants. C’est pas naïf, c’est pas faussement naïf, c’est juste poétique et un peu littéraire.
On déteste les textes niais ou faussement naïfs.
Par contre, on aime bien offrir plusieurs lectures.
- On peut donc voir vos chansons de manière plus heureuse, plus positive si on en a envie ?
Oui, absolument. Et c’est en ça que c’est intéressant. On n’a rien contre que les gens prennent la chanson au premier degré et dansent dessus s’ils le souhaitent. Bien au contraire même !
Moi (Romain), j’adorerais qu’on danse sur une chanson qui parle de mon accompagnement de fin de vie.
C’est une façon de conjurer le sort, comme un rituel festif. C’est très occidental finalement de s’apitoyer sur son sort.
- Et pourquoi le choix du tramway plutôt que le bus ou le train ?
Je pense (Mickaël) que c’est avant tout géographique. Si on avait habité à Paris, ça aurait été plutôt le dernier métro.
- Parler d’une pop française élégante à votre sujet, ça vous va ?
Oui, ça nous plait, c’est ce qu’on essaye de faire.
- À côté de vos propres titres, vous avez sorti en décembre dernier un EP de remix. Le remix, c’est quoi pour vous : une passion, un hobbie ?
Oui, en digital, effectivement. Six remixes sur bandcamp avec Tellier, Disiz, All Cannibals, groupe de Caen ou encore Be Quiet, groupe de Bordeaux.
Et du coup, pour répondre à ta question, le remix c’est un exercice qu’on adore. On a notre style qui consiste à ne pas toucher à la structure initiale : on garde toute la voix, l’a capella, et on propose une relecture du titre au niveau de l’instrumental.
C’est d’abord laboratoire pour nous, car ça nous permet de nous mettre en danger, car on a la pression de ne pas décevoir l’auteur de l’original, et de notre côté, ça nous permet de tester des choses qu’on n’aurait pas testées ; plus d’électro ou d’ambiances western dans certains trucs. Finalement, c’est notre terrain de jeu avant d’attaquer nos propres compositions.
- Vous le faites régulièrement, car là vous venez de présenter un nouveau remix : celui de « Rumblin » d’Erotic Market.
Oui, on en fait tout le temps. Là on vient aussi de finir le remix d’Oxmo Puccino, et on a des propositions de remix qui arrivent. On a Daisy Lambert à Lyon.
Et moi (Mickaël), j’aimerais bien faire un remix de Lily Wood and the Prick.
- Finalement, vous avez dévoilé plus de remix que vos propres titres sur le net. Pourquoi ?
Ça permet avant tout de ne pas dévoiler nos propres titres, mais de montrer notre travail.
C’est comme les dj set même si on n’en a pas encore fait beaucoup.

- Et le fait de n’avoir pas encore dévoilé vos morceaux, c’est pour attiser la curiosité de gens en concert ? Pour les surprendre ?
Il y a un peu ça, mais c’est aussi, car la plupart des morceaux actuels ne sont pas encore finis. Là, on refait des sessions studio.
- Car vous avez dévoilé pour le moment « Dernier Tramway » et plus récemment « Playground » qui est un featuring avec Mélissa Dubourg de Granville.
Là, on va ressortir très bientôt deux morceaux accompagnés de deux clips. Un premier pour mi-novembre, début décembre, en tout cas avant Noël, et un second pour janvier-février.
- Et ne pas révéler vos titres, c’est pas un moyen d’éviter que les groupies chantent avec vous ?
Ah non, bien au contraire, attends ! (rire)
T’inquiètes que ce soir, on va les faire chanter, même s’ils ne connaissent pas les paroles.
- Malgré la jeunesse du projet, un peu plus d’un an si je ne me trompe pas, vous êtes déjà sacrément bien entourés : manager, bookeur, chargé de promo. Qui sont ces gens ? Les avez-vous convaincus ou comment sont-ils venus à vous ?
Guillaume alias Eugene, notre manager est un pote à nous. Le projet a débuté avec lui. Le réalisateur du disque, on le connaissait d’un pote. Le tourneur a été trouvé grâce à Eugene et Micka le connaissait.
L’éditeur, Micka l’a rencontré dans un bar. Et notre ingé son, c’est un pote qu’on connait depuis notre enfance.
- Sur votre page Facebook, vous mentionnez « Pas encore » au sujet d’une maison de disques. Ça veut dire pour bientôt ? Avez-vous déjà eu des prises de contact ?
On a eu des prises de contact. Mais ça on ne s’en occupe pas trop. On laisse ça justement à la charge de notre manager.
Et justement, vu que la formation est récente, on se concentre sur le live, sur les chansons, sur notre « job ». Après, de temps en temps, on a des échos de notre éditeur ou de notre manager selon lesquelles telle ou telle personne d’une maison de disque était là tel soir.
Mais nous, on se met pas la pression à ce niveau. On fait confiance à notre équipe. On leur remet cette responsabilité entre leurs mains, car ils le font extrêmement bien, et probablement mieux que nous.

- J’ai cru comprendre que vous préparez votre premier album pour cet automne. Où en êtes-vous ?
On retourne en studio du 15 au 30 octobre pour finaliser des morceaux qu’on a déjà entamés avec notre réalisateur ; une dizaine. Et on va essayer d’enregistrer encore quatre ou cinq titres qu’on a écrits entre cet été et maintenant.
- « Dernier Tramway » sera sur cet album ?
Il y aura sûrement une version 2014 du titre. « Playground », par contre, on ne pense pas.
- Ce soir, vous jouez au Chabada, un live de Bengale est-il différent de ce qu’on peut entendre sur disque ?
Oui, comme tu as pu l’entendre déjà en balance. Pour moi (Romain), le live et le studio sont deux choses totalement différentes. Le live, ça doit être une expérience de fête.
Et on n’est pas des gros fans des groupes qui jouent exactement le disque. Il n’y a pas un grand intérêt, même en tant que musicien. On a besoin de changer les structures, de proposer des coupures, des breaks dans le live qu’on n’aura pas sur le disque.
- Êtes-vous plutôt grande scène ou petit bar ?
Moi (Romain), franchement, plus c’est grand plus ça me parle.
Alors que moi (Ben), j’aurais une préférence pour les petits bars plutôt que les grandes scènes. L’idéal, c’est un petit bar sur une grande scène.
Moi (Mickaël), de par mon expérience des petits bars, je suis aujourd’hui plus tenté par les grandes scènes. Mais si on n’avait enchainé les grandes scènes, peut-être que je serais plus demandeur de jouer sur des plus petites scènes.
Et finalement, tant que l’ambiance est là ! Un bar blindé, c’est génial aussi niveau ambiance !
- Et tant que l’équipe technique suit, c’est tout bon !
Oui, et d’ailleurs comme là, c’est mortel.
- On peut faire un big up à l’équipe du Chabada !
Ils sont impeccables. Et en plus, on nous l’avait dit. Deux ou trois mecs me l’ont dit, et effectivement, ça l’est !
D’ailleurs, Fréd, comment on appelle les habitants d’Angers ?

- Les Angevins.
Eh bien, bravo les Angevins ! Et les Angevines, c’est bien ça ?
- Oui, c’est ça !
Comme les Poitevins et Poitevines.
- Vous avez fait de nombreuses premières parties et quelques soirées avec la fine fleur de la pop française d’aujourd’hui. Rêvez-vous du jour où vous serez la tête d’affiche ?
Ça serait cool ! Si on bosse, logiquement on y sera.
Personnellement, c’est pas un rêve, mais ça serait top (Romain) ! Pour le moment, on est des « outsiders », mais ça nous évite le trop de pression et d’attente. Comme ça, moi personnellement (Mickaël), ça me va bien ! On n’est pas attendu, mais on peut surprendre !
Quand tu es attendu, tu es jugé, ça peut être difficile.
- Si vous deviez amener un groupe en tournée avec vous, à qui penseriez-vous ?
Moi, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour We Are Match (Marine).
Mia ou Peaches, j’aimerais bien (Romain). Oui, moi aussi pour Mia (Mickaël).
Finalement, on aimerait bien sinon faire une tournée avec des copains différents sur chaque date (Ben).
- Une tournée de Bengale au Bengale (donc en Inde et au Bangladesh), c’est une idée un peu folle que vous pourriez envisager ?
Non, ça serait bien ! François and the Atlas Mountains, des amis à nous de Bordeaux en ont fait en Afrique, en Colombie.
On a également des copines bordelaises du groupe April Shower qui vont faire un déplacement en Chine.
Et du coup, ça serait carrément envisageable pour nous de faire Dacca, la capitale du Bangladesh et puis d’aller sur New Delhi. Après, ça serait compliqué de passer du Bengale Occidental au Bangladesh, donc ça sera l’un ou l’autre.
En tout cas, Bengale au Bengale, ça serait génial !
C’est comme Granville à Granville. (rire) Bon, c’est moins fou !
- À Angers, la tradition veut qu’on se fasse quatre bises, qu’en est-il de Bordeaux et de Caen ?
À Bordeaux, deux (Mickaël).
À Caen, c’est quatre, comme à Angers, car on est plus chaleureux ! (Marine)
- Merci Bengale et à ce soir pour votre concert !
Merci Fréd !
Et ravis de te rencontrer enfin !
- Le plaisir est partagé !