[Live] Ben Harper & The Innocent Criminals à Jazz à Vienne

Pour la première fois de ses 39 ans d’existence, Jazz à Vienne avait été contraint d’annuler le concert de Ben Harper – initialement prévu le 1er juillet – à cause de conditions météorologiques exceptionnelles. Mais grâce à la concordance de l’artiste et de l’organisation du festival, ce qui devait être l’un des premiers lives de cette édition s’est mué en cérémonie de clôture devant un Théâtre Antique plein à craquer.

crédit : Kevin Cary

Et qui dit nouvelle date, dit également nouvelles premières parties. Avant le blues-rock assez convenu du groupe Rosedale, c’était Olivier Gotti qui était en charge du warm up de cette ultime soirée. Seul sur scène, en homme-orchestre, l’Aixois d’origine – flatté d’ouvrir pour Ben Harper – n’est pas resté timide, incitant plusieurs fois le mur des 7 500 personnes face à lui à l’accompagner dans sa prestation.

Auteur d’un blues moderne, le jeune musicien s’est montré particulièrement convaincant dans son jeu au bottleneck, guitare couchée sur les genoux. Dans son timbre, l’amour de cette musique plaintive née aux États-Unis est sensible, tout comme la filiation avec d’autres artistes ayant su se servir de leur goût du blues pour le réinventer. On pense ici à la voix du leader de John Butler Trio ou, de façon plus évidente encore, au style du talentueux norvégien Bernhoft, lui aussi homme-orchestre. Cela s’exprime, jusque dans les effets vocaux, sur le morceau « No Flowers No Crown » ainsi qu’au fil du très convaincant « You Better Run », où s’exprime pleinement l’hybridité d’un blues originel et d’un beat moderne porté par l’utilisation de pads.

On souhaite au jeune chanteur français de connaître la même réussite que les artistes précédemment cités. Après avoir été salué pour sa participation dans plusieurs tremplins blues nationaux et internationaux, Olivier Gotti fera entendre son second album « A Way to Win » lors d’une tournée française.

Une fois le soleil couché, c’était au tour de Ben Harper – accompagné de son groupe, The Innocent Criminals – de faire une entrée tout en délicatesse sur « Excuse Me Mr ». Jouée de façon plus lente que sa version live habituelle, la chanson, sortie il y a presque 25 ans, renoue avec le low tempo originel de l’enregistrement studio et s’impose comme une introduction toujours exquise. 25 ans, c’est l’âge auquel le Californien sortait déjà son troisième album ; c’est aussi autant de temps qu’il a passé en tournée depuis, comme il se plaisait à le rappeler en évoquant ses souvenirs de tournées en France.

Tranquillement installé au milieu de trois tapis, comme dans son salon, Ben Harper poursuit son voyage au cœur de l’album « Fight For Your Mind » et nous invite sur « Burn One Down », l’un de ses titres les plus souvent joués, au road trip tant physique que spirituel. Très vite, les lumières habillent la scène des couleurs rastafari. Et pour cause, le superbe « Jah Work » poursuit l’exploration des sonorités blues-rock teintées de reggae, et permet au chanteur californien de libérer son chant plaintif.

Suivront quelques interprétations un peu trop linéaires, où Ben et ses musiciens ultra rôdés ne chercheront que rarement à faire sortir le public – pourtant volontaire – d’une posture sage et attentive. Plus le temps passe, plus l’on vient penser qu’un lieu plus intime siérait davantage au partage de certains titres doux, à l’instar de « Walk Away », et l’on s’inviterait bien sur les élégants tapis de notre hôte du soir, juste à ses côtés, pour l’écouter avec une implication décuplée.

Fort heureusement, plusieurs jams permettront aux Innocent Criminals de s’exprimer avec plus de vigueur, et aux spectateurs d’entrevoir quelques occasions de se déhancher. On retiendra notamment le feu qui se dégage du solo de basse de Juan Nelson, affrontant Ben et ses impros de guitare sur « Fight For Your Mind » le temps d’un court battle. Plus particulièrement encore, on se souviendra de la beauté d’un passage sans micro où l’interprète américain réussit à rendre le théâtre entièrement silencieux et – se servant de son acoustique – laissera envoler ses cris du cœur sur « Diamonds on the Inside », avant d’offrir un final à nouveau électrique qui évoque la légèreté d’une fin d’été en Californie.

Même au détour d’une reprise de Stevie Wonder et du tempo plus enlevé de « Superstition », Ben Harper continuera de faire montre de sa force tranquille, nous laissant aisément l’imaginer se muer en vieux sage dans la décennie à venir.

C’était également l’heure du bilan pour le festival isérois qui peut se réjouir d’une effervescence toujours aussi sensible. C’est environ 229 000 festivaliers qui se sont pressés dans la ville aux vestiges gallo-romains, soit 4% de plus qu’en 2018 malgré une baisse de la fréquentation du Théâtre Antique, où les plus grosses affiches ont lieu (74 500 spectateurs contre 82 000 l’année précédente). Cela s’explique notamment par la fréquentation toujours plus élevée des scènes gratuites, qui permettent d’offrir 75% des concerts en entrée libre et de jouer un rôle notable dans l’activité estivale de l’agglomération.

L’année 2019 a également été l’occasion de constater la diversité toujours saisissante du festival qui parvient à convier en son sein un public venu du monde entier – plus de 30 nationalités différentes auraient été recensées – et le plaisir tout particulier que les artistes ont à évoluer dans les vestiges d’un superbe écrin. On appréciera également les rencontres publiques, créées cette année, qui ont permis à tout un chacun d’assister à des mini-conférences intimes en compagnie, chaque jour, d’une poignée des principaux artistes invités.

La prochaine édition de Jazz à Vienne se tiendra du 25 juin au 11 juillet 2020.


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