[EP] Bebly – ULDO

Très rapidement, au fil de ses cinq pistes, « ULDO » expose son identité tour à tour ombrageuse et confidente à la faveur d’éclats harmoniques et poétiques charriant autant de rage que de chagrin.

Débuter son nouvel opus par un titre nommé « Le facteur chance » alors que ce qui va suivre pourrait relever de tout, sauf du hasard, a quelque chose de provocateur, voire kamikaze, selon le point de vue duquel on se place. Pourtant, Bebly a osé, et c’est bel et bien ce qui donne envie, dès les premiers riffs portés comme les coups de poings ensanglantés au visage de l’auditeur (ou à l’oreille, façon Mike Tyson), de prolonger l’effet produit : cette sensation d’entendre une musique rugueuse, subtile dans son agressivité, lyrique dans sa puissance sonore. « ULDO » déploie les ailes noires de ses histoires d’amour perturbées dans leur for intérieur par l’égoïsme, le mensonge et la déception. Une sensibilité qui aurait pu sembler paradoxale mais qui, justement, incite à la révolte pour se faire entendre de l’autre, pour changer la soumission en domination.

« ULDO » est un chemin intérieur chaotique, tortueux mais également volontaire dans sa sauvagerie. Sans succomber à l’appel de la complainte haineuse, trop souvent marquée dans le rock à consonance nombriliste et larmoyant, Bebly crie sa déception, ses regrets, ses sensations. « À l’évidence » griffe la fausse incompréhension et les excuses banales qui font le sel (sur les plaies) de la rupture, avant que le titre éponyme n’erre sur le terrain vague d’une solitude injuste mais voyant pourtant son narrateur rester debout, apeuré, solitaire. Quand la violence verbale et introspective pourrait prendre le pas sur la raison, dans ces montées guitaristiques courtes mais marquantes, une forme de sagesse insoupçonnée vient contrebalancer la matière noire d’un rock aiguisé et tranchant. Jusqu’à assumer une part de responsabilité qui changera tout pour les heures à venir (« Ce que la vie me confisque ») ; un mea culpa d’une incroyable force d’évocation et mettant en avant, par sa mélancolie sous-jacente, la faiblesse assumée des reproches faciles et de la malédiction propre à chacun d’entre nous, mode de défense somme toute rapide et gratuit. Ultime regard en arrière sur une année symbolique écoulée au creux de la lave de la passion et de l’illusion, « Erreurs de jeunesse » s’apaise, s’allonge et s’endort pour ralentir la douleur, l’espace de quelques instants.

crédit : Davina Muller

Bebly a su imprégner son art d’un discours fort et audacieux, à l’image de ses compositions elles-mêmes : subtiles et émouvantes dans leur férocité. « ULDO » marque un changement radical dans l’appropriation de sujets en apparence éloignés du rock, ce qui le rend unique et indispensable !

« ULDO » de Bebly, sortie le 21 février 2020.


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