[LP] Avi Buffalo – At Best Cuckold

« Au mieux cocu » si on en fait la traduction, « At Best Cuckold », le titre du nouvel album d’Avi Buffalo, ne cache pas les reflets d’un cynisme envers sa propre histoire.

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Plus de quatre ans après son premier album éponyme, véritable fourmilière de singles mélancoliques et essentiels (What’s In It For?, Jessica, One Last), le quatuor indie-folk de Long Beach en Californie revient avec dix nouveaux titres emballés dans un papier bulle qui se plaira à éclater pour laisser s’échapper la douce et sincère nostalgie des chansons.

Honnête descendant de l’anti-folk d’Elliott Smith, d’Andrew Bird et de Sufjan Stevens, voire de Samuel Beam (Iron & Wine), la voix délicate d’Avigdor Zahner-Isenberg sert de levier pour accéder à la forteresse de tendresse de ce second album.

Entre la peur maladive de grandir et la fuite face aux responsabilités (Can’t Be Too Responsible), noyées dans quelques effluves d’ivresse (Found Blind) et des histoires sans avenir (Memories of You), on pourrait penser qu’Avi Buffalo parle uniquement du mal-être des jeunes d’aujourd’hui.
Ce serait faire fausse route.

« At Best Cuckold » est un disque sublimé par ses chagrins, où chaque ode à la tristesse contemporaine touche à l’intime, avec une sincérité presque pittoresque.

Derrière chaque note fragile vient y rebondir une autre plus chaleureuse, plus habitée, qui permet de soigner les petites foulures et autres douleurs morales pour continuer à avancer.

Avigdor parle de ses maux avec poésie et c’est peut-être ce recul sur la réalité qui nous fait d’autant plus apprécier ce second disque.
Impossible dès les premiers couplets de « So What » de ne pas tomber sous le charme imberbe et innocent de ce grand garçon qui vit sa relation à l’amour comme une malédiction (« I’m only waiting for the star collector / to come and sweep me right up off my feet »).

On est alors touché par la franchise et le caractère paumé de l’interprète malheureux en amour et qui noie son chagrin dans de sublimes accords overdubbés, renforçant d’autant plus le caractère nostalgique de chaque piste. Sans jamais parvenir à nous mettre mal à l’aise à notre tour, Avi Buffalo signe un disque décidément authentique, aux frontières du journal intime. Dès lors, on comprend mieux les quatre ans qu’il a fallu au chanteur de 23 ans pour venir au bout de ce second album.
Alors, merci pour cette douce confidence Avi.

Avi Buffalo par Brittny Moore

« At Best Cuckold » d’Avi Buffalo est disponible depuis le 9 septembre 2014 chez Sub Pop Records.


Retrouvez Avi Buffalo sur :
Site officiel – Facebook – Bandcamp

Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques