Anciens des givrés de Fly Pan Am et habitués du lieu, les Québécois endiablés de Avec le Soleil Sortant de sa Bouche étaient de passage au Sonic de Lyon, en pleine tournée française, pour défendre « Zubberdust!», un premier album enlevé, partagé entre diverses influences complémentaires.

C’est à un groupe lyonnais que revenait l’honneur d’ouvrir pour les joyeux drilles de Montréal. Abschaum, c’est son nom, est un duo masculin constitué d’un très joli batteur barbu qui cogne plutôt fort et d’un guitariste / chanteur / bricoleur qui élabore des boucles avec sa pédale d’effets et balance de temps en temps des gros beats électro pour restructurer son rock planant. Fait peu commun pour le Sonic, le concert de Abschaum, pourtant étiqueté « première partie », dure environ une heure pour 6 morceaux – ça vous donne une idée de l’ampleur des compositions. Globalement c’est très bon, très planant, mais on déplorera quelques imperfections dans l’exécution (certains morceaux étant des inédits, sans titres, que le groupe affûte encore), notamment dans le jeu du batteur qui envoie ici et là quelques pains, ou dans la synchro parfois un peu aléatoire avec les beats envoyés par l’ordinateur du guitariste. Si l’influence d’un certain rock psychédélique contemporain – difficile de ne pas penser à Spacemen 3 devant les nappes planantes créées par les boucles de guitare – est évidente, on regrettera un manque d’originalité et de variété dans la structure des compositions, très binaire. On passe néanmoins un excellent moment devant ce concert, idéal pour se mettre en bouche avant le plat de résistance.

La soirée est donc déjà bien avancée puisqu’il est onze heures moins vingt quand les quatre Canadiens d’Avec le Soleil Sortant de sa Bouche prennent place. Première surprise, il n’y a pas de claviériste ou d’ordinateur sur scène, alors que sur leur premier album « Zubberdust! », leurs suites complexes sous forme de jams sessions bien orchestrées sont agrémentées de tout un tas de bruitages étonnants et de nappes de synthés réjouissantes et résolument kitsch. On s’interroge alors sur la tournure que prendra le concert, d’autant que le premier morceau, un titre inédit qu’un des musiciens me décrira comme « la 2 » sur le futur deuxième album du groupe, est très rock et très puissant. Le son est ample, à très fort volume et les musiciens – en particulier le bassiste Jean-Sébastien, donnent tout d’emblée. L’assaut inaugural dure une bonne dizaine de minutes et installe le style général du groupe : répétition de type motorik sur une base rythmique donnée ornementée de variations assez complexes. Mais ce morceau fut pour moi un petit faux départ : en effet, berné que j’étais par mon attente de voir l’album joué, j’ai cru que le groupe venait de condenser les vingt minutes de la suite « Face à l’instant », et j’étais un peu déçu.
Après avoir joué ce premier morceau, les musiciens s’adressent à nous, font des blagues sur leur errance dans Lyon, une ville très fournie en ponts, et nous préviennent qu’ils vont aborder la partie funk et dansante de leur concert. Et en effet, ça danse au Sonic alors que le groupe démarre l’imparable « Super Pastiche Fantastique », la deuxième suite de vingt minutes sur laquelle s’articule le premier album. Et quelle suite ! L’énergie du groupe est fantastique, le jeu de batterie formidable, la musique funky et dansante à souhait, comme si CAN et Battles se retrouvaient, à quarante ans d’écart, pour jammer ensemble. Et le public, bien que moins nombreux que pour la première partie (donc les musiciens avaient rameuté leurs amis), est au diapason et gesticule allègrement. On retrouve les chœurs caractéristiques du groupe, qui à mesure que le morceau progresse, gagnent en violence et se transforment en hurlement. Jean-Sébastien, toujours aussi survolté, prend des poses de guitar-hero tout en martelant sa basse, c’est aussi plaisant à regarder qu’à entendre. Après cette déflagration sonore, le groupe annonce qu’il va jouer un dernier morceau, soit le troisième depuis le début du set, il y a plus d’une demi-heure. C’est bien sûr « Face à l’instant », dont je reconnais cette fois immédiatement le riff ravageur inaugural, qui refera son apparition de loin en loin. Je guette avec ferveur l’apparition des chœurs vers la septième ou huitième minute, mon moment préféré de l’album, et quand ils arrivent, je m’époumone avec eux. Rarement ces dernières années un groupe n’aura su être aussi convaincant avec seulement des « Oooooh Ooooooh », sans être ridicule. Quelque chose de vraiment solaire (c’est le cas de le dire) irradie de cette musique, pourtant foncièrement abstraite et répétitive. C’en est grisant, et on voit tout de suite que l’on a affaire à des musiciens particulièrement chevronnés. Lorsque la suite s’achève, une vingtaine de minutes plus tard, on pense que le groupe a fini de jouer, mais devant les applaudissements nourris d’un public pourtant clairsemé, les musiciens décident de jouer un rappel. Il durera un quart d’heure, facile, et consiste en une autre version de travail d’une chanson du futur album, intitulée pour l’instant « la quatre » (surréaliste échange post-concert au stand de merch avec le très sympathique Sam, encore dégoulinant). Là encore, le morceau développe un son hybride, dansant, mais complexe et qui ne sacrifie rien à l’esthétique musicale du groupe – il promet, ce second album. Au fait, les synthés et bruitages rigolos étaient bien là, le groupe jouait synchro sur du sampling contrôlé en pédale par le bassiste, et ils étaient parfaitement en place.

Minuit sonne, le groupe a joué plus d’une heure, le public est ravi et les musiciens aussi, on fait un tour au merch pour discuter avec eux et puis c’est l’heure de repartir. La soirée fut belle, riche en émotion, faisons-en sorte qu’il y en ait d’autres, semblables au Sonic, en danger de fermeture.
Retrouvez Avec le Soleil sortant de sa Bouche sur :
Site officiel – Facebook