[LP] Autolux – Pussy’s Dead

Autolux se fait rare, et ce troisième album orchestré de main de maître nous projette hors de toute influence et temporalité. « Pussy’s Dead », ou l’art de mêler le plomb à l’éther. L’alchimie a encore de beaux jours devant elle.

Autolux - Pussys Dead

Cliquetis électroniques, batterie puissante, nappe synthétique massive et brouillée : l’ouverture de « Pussy’s Dead », troisième album en treize ans du trio Autolux, n’augure pas du fascinant voyage que nous allons vivre à l’écoute des titres-escales à venir. Et pourtant… Nous voilà très vite bercés, dans une torpeur moite, par la voix mélancolique de Greg Edwards. « It’s so so sad to be happy all the time », psalmodie-t-il tel un mantra ; et c’est bien d’ambivalence qu’il s’agit tout au long de ces plages pop troubles brillant d’une lumière noire.

Mettant (légèrement) de côté les sonorités noise, le groupe, qui a certes déjà flirté avec les ornements synthétiques, a fait appel, cette fois, à BOOTS, sorcier qui excelle en la matière. Et la magie opère ! Des basses ostensiblement malsaines s’empoignent sous le regard amusé de boucles légères, et c’est les yeux fermés que l’on se balance au bord du précipice sur « Soft Scene », où le chant de Carla Azar frôle l’incantation.

Adoubés par Trent Reznor, partenaires de route de Queens Of The Stone Age et des White Stripes (Carla était derrière les fûts sur la tournée solo de Jack White), le trio arrive à écarter d’un revers de main ces illustres confrères et à tâcher de couleurs inconnues son électro-pop hantée d’esprits malins.

Le temps se fige pendant le calme et beau « Anonymous », vite bousculé par le faussement funky « Brainwasher » et le (dis)tordu « Listen to the Order ». Atterrissage en douceur avec les troubles « Change my Head » et « Becker » aux apparats folk, mais sous le signe de l’étrange, évidemment. Étrangement merveilleux… L’équipage Autolux aura réussi, malgré les turbulences, à piloter nos âmes avec délicatesse et à les vider de tout ce que nous avions entendu jusqu’alors. Nous voici désormais perdus dans ce labyrinthe sans cesse mouvant. Perdus et à la merci de nos émotions.

crédit : Eliot Lee Hazel
crédit : Eliot Lee Hazel

« Pussy’s dead » d’Autolux est disponible depuis le 1er avril 2016 chez 30th Century Records.


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Olivier Roussel

Olivier Roussel

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.