[Clip] Antony Bellicourt – À l’abri de nous

Chaque nouveau clip d’Antony Bellicourt est un événement en soi, l’artiste choisissant toujours scrupuleusement la meilleure manière d’illustrer ses textes grâce à l’image. Et, avec « À l’abri de nous », il franchit un cap supplémentaire en nous contant, dans une intimité brillante et chargée de sens, une véritable épopée intérieure, conviant les tourments de la relation et les danses de la séduction et de l’union. Une œuvre envoûtante et essentielle.

L’art, sous toutes ses formes, peut rapidement devenir le prolongement de celui ou celle qui le crée, que ce soit par le son, la peinture, la sculpture, la photographie ou toute autre forme d’expression, y compris corporelle – fait flagrant dans ce qui va suivre – de la psyché. Dans le cas d’Antony Bellicourt, les vidéos qu’il nous donne à contempler (on parle bien, ici, d’admiration et de poésie) semblent issues de ses interrogations et de ses fêlures autant que de ses ambitions. « Je suis un séducteur » dissimulait, sous une fausse apparence ironique, une sensibilité à fleur de peau, que le compositeur et chanteur a toujours dévoilée sans jamais essayer, un seul instant, de l’occulter. De même, le noir et blanc cathartique et vibrant du sublime « Il est dix heures sur Terre » dépassait l’hommage pour personnifier la douleur du conflit mondial. Aujourd’hui, « À l’abri de nous » plonge dans un songe aussi puissant que troublant, nous rappelant l’état moral et émotionnel dans lequel l’union avec l’autre peut nous immerger, nous paralyser ou, au contraire, nous permettre de nous mouvoir, habités d’une énergie nouvelle. Une chorégraphie de la recherche, de l’hypnose et d’une mélancolie tour-à-tour charmante et troublante.

La dispute, déclencheur de toutes les images subliminales que propose ce formidable film, s’emporte dans le hurlement avant de s’installer au creux du couple, celui-là même que forment Antony et Eva Trixie Lhomme, complices foudroyants et habités par leurs rôles respectifs. Car les statues dorées et argentées qui nous invite à observer cette scène brutale et onirique, admirablement réalisée, une nouvelle fois, par Jérémie Douchy, se fissurent et laissent entrevoir l’éclat de la colère et du rejet, suivi par les gestes sauvages et séduisants de nos deux héros. Une lutte entre amour et haine, où chacun désire protéger l’autre de ses faiblesses et de ses pulsions tout en ne le trahissant pas. Mise à mal mais subjuguante et introspective, la vision de la relation se voit tantôt traumatisée, tantôt embellie par le pardon et l’acceptation de ce qui fait de nous, au final, de réels êtres humains. Les éclairages bleus et rouges témoignent de ce paradoxe ; « On se laissera le temps de tomber pour mieux nous relever à l’abri de nous ». Le désespoir et le combat cèdent la place à l’attraction, à la dépendance. Rien n’est jamais acquis, lorsqu’il s’agit d’amour. Tout est à prouver, et « À l’abri de nous » assume de main de maître ses manques et ses absences sensitives autant que ses retrouvailles. Une beauté rare et exceptionnelle, que l’on savoure sans pouvoir la quitter des yeux.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.