[LP] Angel Olsen – My Woman

Début juin, alors que l’été arrivait timidement, la plus hypnotique des songwriter folk américaines annonçait la sortie de son troisième album. Angel Olsen revient avec « My Woman ». Deux ans après son précédent enregistrement, ce projet si attendu s’est dévoilé au fil des chaleurs estivales par la mise en ligne de quelques titres. Plongée dans les tourbillons de l’immense et d’un folk rock intense.

Angel Olsen - My Woman

Angel Olsen est la petite fille de la tradition américaine qui a vu ses terres foulées par les drames, et le folk qui les chante. Elle a d’abord fait ses classes, ou ses armes, avec du punk chrétien puis sous la bienveillance de Bonnie « Prince » Billy, elle a connu les chœurs. Peut-être que de ce parcours lui vient l’équilibre entre le tragique et la douceur. Peut-être que de ces expériences lui vient la nécessité de mêler le vertige à l’aérien. Dans tous les cas, Angel Olsen chante les appels dans le vide, l’abandon et la tempête qui approche, en initiant cette nuance si solaire. Si énigmatique. Sur les rochers d’une mer sombre et glaciale, Angel Olsen est le chant vénéneux des sirènes. Entre mort et fascination, elle fait balancer les marins et nos âmes.

« My Woman » apparaît alors comme un recueil obscur et pur, éclairé par des trésors aux vagues à l’âme sensuels. Le temps de dix titres, Angel Olsen parcourt ses démons et ses manques, par un folk rock orageux qui s’affirme dans l’électrique et le ténébreux. Assumant son insolence et sa force, la jeune songwriter n’est plus la timidité et le susurre, elle devient l’affirmation et la grâce. Vulnérable, mais assurée. Intime, mais assumée. Son chant si pur délivre toute l’intensité vertigineuse de ses textes, et part se lover dans une musique claire, qui sait se faire emporter par les riffs et se calmer par un certain groove langoureux. Sur cet océan faussement calme aux touches quasi électroniques, les remous naissent de sa saisissante voix qui façonne les pics et les creux. Il y a dans les dix titres qui s’élancent avec élégance et finesse, quelque chose de l’ordre de l’audacieux. Une terrible mise à nue qui donne à la fragilité toute sa majesté. Dans une sérénité noire, « My Woman » devient majestueusement rock.

« Intern » est l’ouverture. Cette porte laissant voir les intérieurs. Ce miroir donnant à voir l’intime. Le morceau est magnétique tant il offre le frisson. La voix se répand comme un souffle empoisonné qui s’empare des corps et provoque les souffles coupés. Au-delà des sentiments, Angel Olsen a cette capacité d’intervenir sur nos sensations. Elle écrit pour pénétrer. Elle chante pour saisir. « Shut Up Kiss Me » ou la mante religieuse dévorante. Angel Olsen offre un titre nerveux, pétrifiant et engagé. Le texte s’affirme. Les cordes et la batterie s’envolent. Le chant porte la maturité. Dernier titre sorti sous forme de clip, « Sister » s’installe durant près de huit minutes pour laisser voir tout le danger cristallin de la voix d’Angel Olsen. Elle se répand comme un souffle bleuté remontant les tunnels sans lumière. Ses mots amorcent la remontée à travers un air qui devient peu à peu libérateur. Alors, même dans les plus grands vides et silences, « My Woman » apparaît lumineux et provoque les lendemains.

Angel Olsen

En dix titres, Angel Olsen, reine des drames, des calmes et des vertiges, questionne le folk et le rock dans ce qu’ils ont de plus fascinant : la pureté et l’affirmation. Sirène au chant tragique, la songwriter américaine chante les absences et les espoirs en provoquant l’immense, si ce n’est le sublime.

« My Woman » d’Angel Olsen est disponible depuis le 2 septembre 2016 chez Jagjaguwar.


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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes