[LP] Anastasia Minster – Hour of the Wolf

Se sentir foudroyé par un album d’une beauté aussi sombre qu’éclairée, où la passion et l’amour transpirent de chaque note, chaque chant, chaque mélodie. « Hour of the Wolf » d’Anastasia Minster est une œuvre inclassable, cristalline et humaine, nous plongeant avec délice et contemplation dans les méandres de nos sensations les plus secrètes. Une parole de vie, pure et chaleureuse, qui ne cesse de nous émouvoir au fil des écoutes.

La divinité de l’art. Celle qui nous bouleverse, nous remue, nous inspire et fait couler les larmes. Cette voix venue d’ailleurs, dépouillée de tout artifice pour n’exister que grâce à elle-même, à sa fragilité autant qu’à la conscience inébranlable de son pouvoir. On attendait impatiemment « Hour of the Wolf », disque désirable et prometteur d’Anastasia Minster. Le moment venu, l’album s’offre, se répand et fait écho aux tourments de nos cœurs meurtris, sans pour autant tomber dans le mélodrame. L’heure est à l’obscurité, à la nuit tombante et à ses esprits rassurants et connaissant les vérités que nous voulons partager avec eux, en les honorant et en les écoutant presque religieusement. Puis, Anastasia s’exprime, douce, aimante, confidente. Et l’on sait que plus rien ne sera jamais comme avant.

Quelques accords de piano, des harmonies aussi éclatantes qu’une rosée clairsemée sur les fils de la vie ; « Waiting for the Lion » s’allume, chandelle dans les ténèbres, blues surréaliste et intemporel qui trouvera son expression la plus intense dans les rythmes chauds de « Sleep Sleep », heure du don de soi et de la communion instrumentale. Là où certains ne verront qu’un mystère à identifier afin de mieux le cerner, d’autres, paralysés par le pouvoir de fascination que ces odes exercent sur nos pensées, préféreront errer au gré des ambiances, dans un folk bientôt métamorphosé en incantation (« Shamaim ») ou au sein de la mélancolie d’une conversation entre clavier, chant et cordes (« With the Wind »). Des rêves précieux, des songes pour lesquels l’état second est de mise, réconfortant tout d’abord par des gestes harmoniques subjuguants (« Warmheart ») ou lorsque que le constat, non pas amer mais réaliste et onirique, devient matière et évidence, sans peur ni appréhension (magnifique « When I Die »). Conjonction de cette veillée hors de l’espace et de la terre, « Hour of the Wolf » clôt notre méditation avec un sourire attirant et mémorable ; un visage qui reste gravé sur nos rétines bien après le lever du jour.

On pense à la poésie horrifique mais sublime d’Ingmar Bergman dans son film de 1968, dont l’album partage le titre. Mais Anastasia Minster dépasse le cadre cinématographique en personnifiant les héros damnés d’une intrigue palpitante et poétique, comme si elle devenait la conscience de chacun d’entre eux. Et, par la même occasion, la nôtre ; car « Hour of the Wolf » nous ressemble, fouille dans la matière noire de nos tristesses et de nos craintes et enflamme l’obscurité en la rendant accueillante et amicale. Une prouesse que l’on étreint toujours plus, que l’on expérimente et à laquelle on ne peut que s’attacher, jusqu’à volontairement s’y noyer.

« Hour of the Wolf » d’Anastasia Minster est disponible depuis le 22 septembre 2017.


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