[Focus] ANAO

Petit-à-petit, ANAO est parvenue à s’immiscer dans nos esprits comme un mystère, une énigme que l’on souhaite résoudre sans pour autant la dénaturer. Artiste complète et en quête permanente de nouvelles sonorités à même de compléter un patrimoine musical déjà imposant, elle livre, à chaque nouvelle rencontre, une nouvelle facette de son visage d’insatiable mélomane ; des traits mouvants, d’une beauté ensorcelante, quelque part entre les expérimentations de glorieux aînés français et une ouverture spirituelle et mélodique aux arts actuels. Il était donc vital de plonger plus profondément dans son propos, ses actions, ses impulsions et, avant, tout, l’œuvre d’art globale qu’elle bâtit pierre après pierre, patiemment et avec dévouement et sincérité.

crédit : Patrick Bontant

Entre le Maroc et Paris, ANAO voyage et écrit son journal intime sous forme de chansons, de reprises et de réinterprétations. Baignée depuis sa plus tendre enfance dans les sphères de la composition, elle y a trouvé sa voie ; mais pas celle à laquelle elle aurait pu être destinée. Devenue femme, ANAO s’est écartée d’un conception trop fermée de la création, écartant ses bras pour accueillir ce que les cultures lui offraient généreusement et en toute confiance. Un bref retour en arrière suffit à se faire une première impression du résultat produit par ces rencontres. Sa relecture du « About A Girl » de Nirvana emplit nos âmes de tonalités orientales parfaites pour dessiner le désir, alors qu’elle unit sa voix, feutrée et subtile, à des chœurs dialoguant en totale liberté auprès d’elle, le tout porté par les rythmes et instruments chamaniques d’autres continents. Une relecture qui devient sacerdotale dans sa transmission, des couleurs qui se diluent dans le cadre d’un clip aussi subtil qu’optimiste. Plus que de simplement interpréter, ANAO réécrit une histoire cent fois imitée et jamais égalée ; et – personne ne pourra dire le contraire – elle la surpasse en lui donnant une forme actuelle propice aux fantasmes les plus réalistes.

Plus loin, « Solid Dream », titre original sans fard ni artifice, dévoile le potentiel d’une artiste convoquant la langue française afin d’exprimer son amour et ses désenchantements. Le cœur s’oppose au corps, la pensée à la pulsion. Mais, alors que cette vérité nous éclate en plein visage, la rédemption, tant qu’elle est voulue, est à portée de main : « Célèbres la vie que tu choisis », nous murmure-t-elle dans un tourbillon d’étincelles. Arracher les chaînes d’attitudes trop vulgarisées et répétitives, de visages et d’aspects que l’on nous impose mais qui ne sont pas nous. Le feu et l’eau s’unissent, animent les membres atrophiés d’individus auxquels ANAO tient plus que tout au monde. Un voyage, peut-être vers l’inconnu, mais qu’il ne faut absolument pas refuser. Embarquer, voguer vers sa destinée et la quête du sens fondamental de notre place.

Le Maroc, enfin. On accoste, on regarde, on admire. Et, en bande-son idéale de cette imprévisible résurrection, « Wish You Were Here » de Pink Floyd : une absence sous forme de sacrifice, autant qu’une invitation à rejoindre la femme aimée et à sentir le sang bouillir à nouveau dans nos veines. Les rues et canaux de la cité, les lumières et couleurs du cadre se font sanguins, signes d’une pulsation cardiaque prête à s’emballer, d’un renoncement au paraître pour embrasser l’être. Saisis mais main et suis-moi. Prends enfin la décision ultime, celle qui ne t’apportera que la joie et jamais le regret. Le chant envoûtant et voilé d’une sirène à laquelle on ne peut résister.

Conclusion blessante, autant pour notre héroïne que pour nous-mêmes, l’inédit « Over It’s Over » (que l’on peut découvrir sur son site officiel) délite l’attirance et le contact physique ; mais sans jamais y voir une résignation, un renoncement. Est-ce vraiment un terme, une issue fatale et sans retour ? Faut-il y voir le fait que toutes les invitations sont restées sans réponses ? En attendant, ANAO s’est trouvée, a côtoyé ses différentes personnalités et est parvenue à les apprivoiser. Une lumière que les timbres africains orientent vers une universalité encore plus appuyée, portée par des arrangements de guitare et de claviers nous conviant à une danse de l’extase et de la purification. En quatre chapitres annonciateurs d’un disque en gestation, ANAO a conté les prémisses d’une histoire prête à éclore, à disséminer les pistils et pollens de ses bienfaits. Sa chaleur, son attention, son don demeurent une offrande constante et que l’on ne peut refuser, parlant à nos esprits en invoquant les siens. ANAO est unique. ANAO est femme. ANAO est nous, en nous, pour nous, avec nous. Aux quatre coins de nos mondes.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.