[LP] Alt-J – This Is All Yours

Sombre et introspective, l’incroyable deuxième vague d’Alt-J nous mène désormais vers d’autres terres inconnues. Une fulgurance atteinte par une douceur mélodieuse et purement orchestrale. On est transpercé de toute part.

Alt-J - This Is All Yours

Le messie est là, la tête en épingle et la bouche enchantée. Arrivé à Nara, monde imaginé par Alt-J, « This Is All Yours » prêche la bonne parole devant une assemblée de pèlerins toujours aussi nombreux et jugulant de plaisir face à l’Immaculée Conception. Ce champ lexical ne peut être omis, il est le plus approprié pour parler de cette marche introspective, mélodieuse et sombre que le groupe anglais mène depuis 4 ans. Une déambulation qui brûle, depuis sa première vague, les ailes des plus promues à l’ascension du firmament. Modestement, il n’en pas conscience. Il s’en détache plus ou moins, il s’en donne l’air. On ramène tout (ou presque) à eux. Chaque son, chaque essai, chaque succès. On amplifie cette chaîne monstrueuse, cette pâte colossale que ces quatre bonshommes se sont prises en pleine figure. Ils sont marqués au fer rouge. Ils doivent faire leurs preuves, sans décevoir. C’est la malédiction du génie.

La terre promise de ce nouvel opus s’ouvre en fond de toile. 3 titres pour s’immerger religieusement, une procession vers l’accalmie. On le sent de loin, « This Is All Yours » est moins tonitruant que le premier album « An Awesome Wave » : l’« Intro » est un enjambement de voix, celle du singulier et sirupeux Joe Newman, leader du triangle infernal. Après les « la la la » et les aboiements autotunés, on retrouve les gravillons de leur électro, lourde et moite (celle qui a fait toute leur renommée), suivi de l’exotisme de « Taro » pour ainsi rassurer l’auditoire et montrer que leur renversement et leur évolution est enclenchée. Mais stupeur quand la deuxième partie de cette marche vient joncher notre esprit : le piano et les violons de « Arrival In Nara » viennent subitement recouvrir tout le passé des excités. La contemplation, l’orchestration et la douceur de cette piste annoncent de quoi verser des larmes, ou soulever plus encore notre chair.

Le couvercle se lève sur « Nara », une façon de laisser s’échapper une noirceur assez méconnue des Britanniques, tant les cabrioles de leur premier opus faisaient obstacle à tant de romantisme. Cette piste porte ici le flambeau de leur noirceur : des alléluias cérémonieux, des sons de cloche, un xylophone malade et un piano en chute libre qui donnent vie à leur burnout électronique. Révérence tirée et sueur au front, on retrouve la frénétique « Every Other Freckle » et le rock’n’rolla des ZZ Top dans « Left Hand Free ».

Autre renversement, on tombe maintenant dans un champ de trèfle. Les flûtes de « Garden Of England » nous mène dans un bal musette elfique. Mais détrompez-vous, c’est de l’esbroufe. « Choice Kingdom » est l’apogée de leur sombre douceur, démenée par des synthétiseurs ésotériques et appuyer par la sensuelle « Hunger Of The Pine » bipe mélancoliquement. Le reste déroule une suite de sessions acoustiques sereinement surprenantes, qui serait encore impensables à l’époque de « An Awesome Wave » : « Warm Foothills » fait la part belle à une ravissante voix féminine, des sifflements imaginaires, une harpe fantaisiste et une orchestration féerique. On est d’autant plus bousculé que « The Gospel Of John Hurt » électrise la carrière de l’acteur en question quand « Pusher » prend part à la nonchalance de Kurt Cobain.

La fin offre un rebondissement considérable. « Bloodflood Pt 2 » prend les hautbois à la gorge en les confrontant au dubstep de la piste. On envie de tomber à la renverse. On quittera Nara religieusement, comme on y est rentré, à l’apparat processionnel et culotté, avec leur désir d’alourdir notre perception. Qu’on se le dise franchement, « Leaving Nara » est l’outro d’un chef d’œuvre. On est à court de tout jugement. Le piédestal est levé, les changements se succèdent et marquent une fois de plus une histoire à part. Leur grandeur est insubmersible et encore plus indéfinissable. Les brumes de l’album recouvrent tout. On y perd le nord. Bienvenue dans les Bermudes !

crédit : Gabriel Green
crédit : Gabriel Green

« This Is All Yours » d’ Alt-J, sortie le 22 septembre 2014 chez Infectious Music.


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